‹ De DieuChapitre 2 sur 11 · L IDEE DES DIEUX BONS · texte numérisé non relu

L IDEE DES DIEUX BONS

La civilisation naquit, se déveîoppa. Le genre humain goûta un peu de bien-être. Une idée nouvelle lui vint, que j'appelle nouvelle quoiqu'il ait dû l'avoir déjà un peu, auparavant, mais que j'appelle nouvelle parce qu'auparavant elle ne pouvait être que faible et confuse. Cette idée était qu'il y avait du bon dans le monde, que la vie est en partie bonne, que le soleil est le plus souvent bienfaisant, que la source est fraîche, douce et insalubre, que l'arbre donne des fruits, que la terre est nourricière. De là l'idée de dieux bons.

De même que derrière les puissances dévastatrices il y a des êtres

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méchants, persécuteurs, ennemis de l'homme, jaloux de l'homme ; peut-être, de même, i] faut bien qu'on le reconnaisse, il y a des êtres animés, bons aristocrates, qui aiment les hommes et qui se plaisent à faire quelque chose pour eux.

Mais voici une réflexion. Parmi ces bienfaits du monde à l'égard de l'homme, beaucoup, la plupart peut-être, proviennent des forces de la nature aidées' pdiV l'esprit et le travail de Ihomme. Le soleil est vivifiant par lui-même, la source par elle-même fraîche et salubre, mais l'arbre ne donne de bons fruits que cultivé par l'homme ; le feu n'est domestiqué et bienfaisant, au lieu d'être terrible, que provoqué ou conservé par des procédés dus à l'invention humaine ; la terre n'est largement nourricière que travaillée par l'homme.

De là cette idée que les êtres qui ont mis des forces naturelles an service de l'homme sont des

dieux bons (Prométhéc, Cérès) ou des hommes dont on ne peut pas savoir s'ils sont des dieux ou des hommes, ont dû s'élever, par les services rendus, à la dignité de dieux.

Les dieux, dès lors, sont très mêlés. Les uns sont bons, les autres sont méchants; les uns (tous peut-être) sont jaloux des hommes trop forts et trop glorieux de leur force, les autres sont indulgents ; les uns sont des dieux, les autres sont des hommes qui ont plus d'esprit, plus de force et plus de vaillance et plus de bonté que les autres hommes.

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