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le cabinet de M. de MoUke, tandis que nous, presque surpris bien qu'agresseurs, nous étions arrêtés dès les premiers pas par l'incapacité de notre intendance, l'absence de plans concertés, l'insuffisance des officiers, lindiscipline effrayante des soldats. Non, malgré le formidable armement de l'Allemagne, gardons-nous de confondre l'effet avec la cause et de nous croire vaincus par le nombre ou par les canons. Si ce peuple a pu triompher de nous, c'est par son admirable entente à s'assouplir d'avance à toutes les exigences d'une question pour lui nationale, à tous les sacrifices qui profitent à la patrie, pendant que nous semblions, au contraire, nous désintéresser de la chose publique.
J'admets que le tempérament soit pour beaucoup dans ces phénomènes : le nôtre est fantaisiste; l'ordre et la méthode nous répugnent; nous avons l'horreur des détails et du travail persévérant ; en politique, nous sommes hommes de partis et non pas d'action ; il nous faut des topiques souverains, immédiats ; un développement progressif ne plaît à personne, et nous nous lançons sans étude dans les exagérations de tous les systèmes. L'esprit germanique est, au contraire, spéculatif, pratique et persévérant; il sait entrevoir la grandeur d'un but, et, malgré son utilité lointaine, se plier à la lenteur des moyens ; il saisit merveilleusement les lois de la solidarité, et je n'en veux pour ex-rmple que l'aspect de l'Allemagne en 1870. Au premier bruit de guerre, tous les cléments intérieurs de
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discordes se sonc effacés, toutes les résistances locales à l'absorption prussienne se sont évanouies ; contre l'ennemi commun, tous ces éléments si divers, Saxe, Hanovre, Nassau, Hesse, Bade, Bavière, Wurtemberg, se sont retournés avec une foudroyante unanimité. Quinze jours ont suffi à transformer en un camp immense cette vaste confédération, qui, depuis quatre années , achevait en silence , sans troubler les travaux de la paix, la puissante organisation militaire sous laquelle nous succombons.
Si les tempéraments des peuples diffèrent et constituent entre eux des infériorités, c'est à leur éducation nationale de profiter des qualités propres à chacun d'eux pour maintenir un équilibre nécessaire à la liberté des nations. Il y a là matière à de longues études qu'il ne m'appartient pas d'aborder; mais la moralité qui, pour moi, se dégage de notre infortune, c'est que la base de notre éducation politique doit être désormais l'instruction primaire ; c'est aujourd'hui le cri de toutes les consciences; elle seule peut faire des hommes de devoir, citoyens ou soldats, et lear donner la liberté durable; elle seule peut faire la grandeur d'un pays et son indépendance; elle seule a fait la supériorité de l'ennemi qui nous écrase. Nos désastres sont incalculables, mais de tant de mal il peut sortir un grand bien si nous savons nous humilier devant les enseignements qu'ils nous donnent. Il n'est pas facile, je le sais, de nous faire encrer da'is l'esprit que les leçons
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sonc faites pour nous; nous admcctons volontiers que nous sommes le premier peuple du monde; nous nous payons de déclamations sonores qui flattent notre vanité. N'est-ce point assez d'illusions! Quand donc nous verrons-nous tels que nous sommes, je veux dire en retard vis-à-vis des peuples qui grandissent à nos côtés.
Telle est aujourd'hui notre situation :
Un tiers de la France est envahie ; Paris a capitulé ; L'indiscipline est dans les camps ; L'ignorance est partout.
Nos intendances!... il n'y en a plus.
Ecrasée sous ses défaites, la nation va courber la tête; vaincue, mais non plus sans honneur, il lui faudra peut-être subir une loi sauvage et marquer sa frontière au premier champ de la Lorraine; des régions françaises vont nous être ravies; mais la force est éphémère et le droit est éternel ; ces provinces nous reviendront après de nouveaux combats auxquels il faut se préparer. Retrempés dans nos épreuves, instruits par une épouvantable expérience, faisons converger nos forces vives vers un seul but que chacun définit en sa conscience par cette double formule : relèvement moral et réorganisation militaire.
Les premiers pas à faire dans cette voie me paraissent clairement indiqués et sont pour moi la conclusion naturelle de ce récit; je les résume en ces termes :
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L'inscruccion primaire obligatoire;
Le service militaire obligatoire, sans remplacement ;
Le rétablissement, par tous les moyens, de la discipline militaire ;
La réformation radicale de nos intendances.
Si toutes les conditions de ce programme sont rigoureusement acceptées et remplies, la France, à l'heure fatale de la revanche, pourra se présenter devant les spoliateurs allemands avec tous ses fils, et, ce jour-là, la première armée nationale française, formée de citoyens appartenant indistinctement à toutes les classes de la société, vaincra, parce qu'elle aura pour bouclier le Droit et pour glaive le Devoir!