PORTS CONTINENTAUX
I. Packhot. — Ce port est situé au pied de falaises dans une petite presqu'île du golfe du Tonkin et a été ouvert au commerce international par la convention de Tché-fou (1876). La profondeur de la mer en permet l'accès en tout
temps aux bâtiments du plus fort tonnage. Jusqu'à l'époque actuelle, Packhoï {mer blanche), qui est le port de Lien-chau, marché important de la province du Kouang-toung, n'a guère été qu'un point de relâche, mais son commerce pourra se développer par suite de notre établissement au Tonkin. Pendant la guerre, des renforts en hommes et en munitions, destinés à l'armée impériale du Kouang-si étaient débarqués à Packhoï et dirigés par terre sur Langson. La ville, peuplée de 15,000 habitants environ avant l'expédition du Tonkin, a près de 30,000 habitants maintenant. On exporte de Packhoï du thé, du sucre, du coton, de l'huile et du riz, et on y importe de l'opium et des marchandises manufacturées.
Malheureusement c'est par Packhoï que se fait la plus active contrebande d'armes de guerre et d'opium à destination du Tonkin. Il importe au plus haut degré que le cabinet de Pékin fasse cesser, sur notre demande, cet état de choses si préjudiciable à notre établissement du Tonkin. Le jour où il en sera ainsi, les pirates du Fleuve Rouge et de la frontière de Chine seront bien malades. M. le capitaine Devrez a très bien mis en
relief l'importance de Packhoï dans les lignes suivantes :
« Toutes les marchandises qui transitent par Packhoï ne sont pas destinées seulement au Yunnan ; une certaine partie s'écoule dans la province du Kouang-si, dont Packhoï se trouve être en quelque sorte « la porte de côté », suivant la pittoresque expression de M. Allen, consul anglais de ce port.
« Quelques chiffres suffiront pour faire ressortir l'importance de Packhoï, dont le commerce n'a cessé de se développer, depuis que cette ville a été ouverte au commerce européen.
« Le tableau ci-après donne, en francs, le total des importations et des exportations effectives pendant les années 1888 et 1889.
Importations. . . 19,066,825 fr. 21,274,850 fr. Exportations. . . 5,758,000 6,077,155
Totaux. . . . 25,424,825 fr. 27,357,005 fr.
« Ajoutons que le commerce total a été respectivement :
De 2,350,000 fr en 1879
12,500,000 . en 1881
16,500,000 en 1885
« Ces chiffres répondent victorieusement à ceux qui prétendent impossible de détourner sur une route donnée un courant commercial. Ce qui a été fait à Packhoï, nous pouvons le réussir au Tonkin avec de bien plus grandes chances de succès, car nos routes sont plus courtes et plus commodes.
« Les Anglais se préoccupent déjà de la concurrence dont notre colonie menace le port chinois, et tous leurs efforts tendent en ce moment à obtenir du vice-roi de Canton la construction d'un chemin de fer reliant Packhoï àNanning-fou ; mais jusqu'ici ils n'ont pas réussi et le vice-roi y regardera à deux fois avant d'autoriser la création d'une ligne ferrée, qui ferait de Packhoï un port rival fort dangereux pour Canton 1 .
1. Rapport du consul anglais Allen sur le commerce de Packhoï (North China Herald, juin 1890).
« Les choses resteront encore fort longtemps dans Tétat actuel et, de ce côté comme dans l'Ouest, les voies de transit tonkinoises continueront à être encore longtemps les meilleures et bientôt les plus fréquentées 1 . »
II. Canton. — Nous prions le lecteur de se reporter au chapitre que nous avons consacré à Canton, que nous mentionnons ici pour suivre la côte dans notre énumération des ports ouverts.
III. Swatow. — Swatow est bâti à 8 kilomètres de l'embouchure du Han, à 390 kilomètres au nord-est de Canton, sur la limite septentrionale du Kouang-toung. La ville, peuplée de 30,000 habitants, ne date que de l'ouverture du port au commerce ; c'était autrefois une misérable bourgade de pêcheurs. Un petit nombre d'Européens sont établis à Swatow dont la population est peu hospitalière. Le Han permet aux bâtiments de 6 mètres de calaison de remonter jusqu'aux quais de débarquement. L'exportation porte sur le sucre, la cassonade, le papier, l'eaude-viederiz, les arachides, les laques et les éven-
1. Capitaine Devrez, Les Grandes Voies commerciales du Tonkin. Paris, 1891.
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tails. L'importation demande des engrais (tourteaux de haricots) pour la cultuie de la canne, l'opium, les métaux et les cotonnades.
IV. Amoy. — Amoy (Hia-moun, port de Ma) est une yille de 300,000 habitants, fréquentée par les Portugais dès 1624 et par les Espagnols. Construite dans une petite île sur la côte du Fokien, sur le détroit de Formose, au fond d'une petite rade d'un accès difficile, mais protégée contre les vents par plusieurs îlots montagneux, elle a deux ports, le port extérieur et le port intérieur. Amoy est relié par un service régulier de vapeurs avec Hong-Koag et a un dock pour la réparation des vaisseaux. C'est le chef-lieu du commandement d'un amiral chinois qui a sous sa surveillance Formose. Les Européens, au nombre de 300 environ, habitent la petite île de Koulong-sou. Amoy, qui a été le centre d'un commerce important avec la Malaisie, l'Inde et même la Perse, exporte le sucre, le thé, les feuilles d'or et importe du riz, de l'opium, des cotonnades, des des tourteaux, des fèves du Nord. La Cole française fait le commerce du riz avec Jn grand nombre d'émigrants a'embar-
quent dans ce port pour les Stmits Settlements, Kingapore et Saigon.
V. Fou-tchéou. — Le nom de Fou-tchéou rappellera toujours aux Français l'admirable fuit d'armes de l'amiral Courbet. Le port est établi dans la province du Fo-kien et en est la capitale, à 50 kilomètres de l'embouchure du Min. Foutchéou compte plus de 500,000 habitants, dont
10,000 Mandclioux, descendants des conquérants qui vinrent y tenir garnison il y a deux siècles. Les Européens sont établis dans le quartier de Naiitaï. Les bateaux à vapeur s'arrêtent au mouillage de la Pagode. L'arsenal et les fortifications ont été réparés depuis le bombardement de 1884. Fou-tchéou reçoit, en grande partie par des caboteurs chinois, des marchandises européennes achetées dans les entrepôts de Hong- Kong, Canton et Shang-haï, des thés pour l'exportation (en Angleterre et en Australie) venant de Wan-tchéou, et de l'opium indien. L'exportation porte sur les bois de construction pour les provinces septentrionales, les bambous, les meubles, le papier, le riz et les fruits.