PORTS DES ILES
XVII. Kuing-tchéou. — Kuing-tchéou est la capitale de l'île d'Haïnan, sur le détroit qui séparel'île du continent; son avant-port est Hoïhow. C'est un point de relâche pour les steamers de la ligne Haïphong-Hong-Kong, qui doi vents' arrêter à trois kilomètres au large. Le commerce d'Haïnan est surtout entre les mains des Allemands. L'île exporte du sucre, du sésame, des étoffes faites avec de l'ortie, des cuirs, des animaux domestiques (porcs, volailles) et importe de l'opium.
L'île d'Haïnan, à proximité du Tonkin, est encore un joli nid de pirates, qu'on doit surveiller attentivement.
XVIII. Takou-Taïwan. —Taïwan (65,000 habitants), capitale de Formose, communique par un canal de quatre kilomètres avec son avantport Anping, où sont les bureaux de la douane.
DB HAMuï A PÉRI*. 12
Le port de Takon est considéré comme l'annexe de Taïwan, bien que la distance des deux villes soit de plus de dix lieues. Quelques travaux de dragage seraient utiles pour améliorer l'entrée de Takou qui ne peut actuellement recevoir que des bateaux de 4 mètres de tirant d'eau. Les deux ports exportent du sucre pour la Chine septentrionale et le Japon, du chanvre, du thé, du café et du quinquina.
XIX. Tamsui'-Këlung . — Au nord-est de l'île de Formose, sur la rivière de Kélung, s'élèvent les deux ports de Tamsui et de Kélung qui, au point de yue commercial, sont réunis sous la même direction des douanes. Le port de Kélung a été occupé par un petit corps de débarquement pendant la dernière campagne contre le Céleste-Empire et évacué à la paix. Les habitants exportent du sucre, du thé, de la houille pour les ports du sud, du riz et de l'indigo. La principale importation est celle de l'opium. Un service régulier bimensuel relie Tamsui-Kélung à Amoy.
Les relations entre le Tonkin et les provinces limitrophes du Yunnan, du Kouang-si et du Kouang-toung ont été réglées par la convention
additionnelle au traité de paix, signée à Pékin, le 26 juin 1887, par M. Constans et par S. A. I. le prince K'ing. LavilledeLong-tchéou, auKouangsi, et celles de Mong-tseu et de Mang-hao, au Yunnan, sont ouvertes au commerce; deux consuls ont été installés dans les deux premières de ces places et un agent consulaire doit être placé à Mang-hao 1 . Les marchandises étrangères importées en Chine par ces villes ouvertes ont à acquitter le droit du tarif général de la douane maritime, diminué de trois dixièmes, et les marchandises chinoises apportées au Tonkin le droit d'exportation du même tarif diminué des quatre dixièmes. L'exportation de l'opium indigène est autorisée, moyennant un droit d'exportation de 20 taëls par picul. Les bateaux français et annamites, à l'exception des bâtiments de guerre et des navires employés au transport des troupes, peuvent circuler de Langson à Caobang et réciproquement, en passant par le Song-ki-kung et la rivière de Caobang, moyennant un droit de 5 p. 100 de taël par tonneau à chaque voyage. La
l. M. Rocher, ex-agent dos douanes chinoises, a été nommé consul à Mong-tseu ; M. Bons d'Anty à Long-tchéou.
France doit jouir, de plein droit, de tous les privilèges et immunités et de tous les avantages qui seraient concédés dans la suite à la nation la plus favorisée par les traités ou conventions ayant pour objet le règlement des rapports politiques ou commerciaux entre la Chine et les pays situés au sud ou au sud-ouest de l'empire chinois (cet article vise les rapports futurs de la Chine et de l'Angleterre par la Birmanie).
M. Constans obtint du Céleste-Empire les concessions qu'il demandait sur l'ancienne convention signée par MM. Cogordan et Bruwaert, en particulier la liberté du commerce du sel entre le ïonkin et la Chine, et l'abandon par les Chinois du droit d'établissement de consuls à Hanoï et à Haïphong qui présentait de sérieux inconvénients.
Voyage de Shang-haï à Tien-tsin. — Les femmes européennes en Chine et dans les pays de protectorat de l'Extrême-Orient. — Le Peï-ho et les forts du Takou. — Le Grand Canal Impérial. — Tché-fou. — Le viceroi Li-hung-chang. — Palikao. — Arrivée à Pékin.
Grâce à l'aimable M. Lutscher, j'avais trouvé sans trop de difficultés un bateau pour Tien-tsin, lePoo-chî, de la China merchant's. Ce n'était pas assurément le meilleur de la compagnie, mais ma mission ne souffrait aucun retard et je pris naturellement le premier en partance de Shang-haï, d'où je fis télégraphier mon départ à M. le ministre de France en Chine.
En quittant la commission de délimitation restée à Monkaï pour retourner à Hanoï, j'avais retrouvé dans cette ville ma jeune femme et ma
petite fille Benée, âgée de cinq ans. Mon séjour à Pékin étant d'une durée indéterminée et dépendant du bon vouloir des Chinois, gens généralement peu pressés, j'avais pris le parti de les emmener avec moi. Il n'y avait, en remontant vers le nord, que les fatigues du voyage à supporter, et ce voyage était, pour M me Boiiinais, un repos nécessaire après les émotions que lui avaient causées les aventures de la commission à Laokay, l'assassinat du pauvre Haïtce qui était un ami de la famille, enfin les cinq mois de séjour de la commission à Monkaï qui avaient été pour elle cinq mois d'inquiétude.
A ce sujet nous nous permettons d'ouvrir .une parenthèse sur la présence des femmes françaises au Tonkin. C'est à grand tort que nos fonctionnaires se séparent de leur famille pour aller dans l'Extrême-Orient. En dehors de cette considération que les Françaises supportent généralement assez bien le climat, car elles ont, moins que les hommes, l'occasion de s'exposer à la pernicieuse action du soleil, elles se montrent très vaillantes et s'intéressent à nos affaires coloniales. La famille n'est pas rompue ; on trouve les
joies du cœur et la force morale nécessaire dans un pays où Ton devient nerveux avec une déplorable facilité. Les Anglais ne manquent jamais de s'expatrier en famille quand ils le peuvent et, sur ce point, leur exemple mérite d'être suivi.
Il n'est pas toujours facile, dans les premiers temps des conquêtes coloniales, d'emmener une femme dans les pays lointains, et j'ai dû cette faveur à M. Herbette, aujourd'hui ambassadeur de France à Berlin, et à ce moment directeur du cabinet de M. de Freycinet, président du conseil et ministre des affaires étrangères, qui m'honorait d'une affectueuse bienveillance. Plus tard, la chose fut plus aisée, et je vis arriver en famille, au Tonkin, mon camarade de Trentinian ' qui fut notre voisin dans l'enclave et qui dut à la courtoisie du général de Courcy de pouvoir installer sa jeune femme àBac-ninh, le chef de bataillon Poncet qui commanda le 11 e chasseurs à pied à Monkaï, le commandant d'infanterie de marine Duchêne qui devait bientôt mourir du choléra. Dans notre infanterie de marine, nous avons l'ha-
I. M me de Trentinian est morte en couches à Hué, au moi. s «Je mai 1891, pendant un second séjour en Indo-Chine.
bitude de laisser le moins possible notre monde derrière nous, et les femmes .de nos plus brillants généraux, M™" Bossant, Brière de l'Isle, Bichot et Reste ont constamment suivi leur mari dans les colonies où les appelait le service, donnant en toutes circonstances les témoignages d'une grande énergie. C'est donc, à notre avis, une excellente chose d'autoriser nos officiers mariés à ne pas se séparer de leur femme. Leur vie y gagne en dignité et généralement l'épouse d'un officier, qui sait ce que l'honneur commande à celui-ci, n'est jamais pour lui une entrave. Où en serions-nous si, avec nos menaces perpétuelles de guerre européenne, la compagne de l'officier n'avait pas le cœur haut placé? La Française a montré pendant les rudes épreuves de 1870-1871 un tel courage, un tel dévouement que nous savons l'héroïsme qu'on peut attendre des compatriotes de Jeanne d'Arc, de Jeanne Hachette et de M lIe de la Tour du Pin de la Charce. L'amiral de la Grandière le savait bien quand, le premier, il amenait toute sa famille en Cochinchine. Le capitaine de vakseau Aube, dont la femme succomba de la fièvre jaune à la Martini-
que, en était également convaincu. Dans Tordre civil MM me$ Paul Bert et Filippini étaient aux côtés de leurs maris quand ils sont morts en Indo-Chine. Enfin, M me de Lanessan est retournée dans l' Extrême-Orient quand le nouveau gouverneur général, qu'elle n'a jamais quitté dans ses voyages antérieurs, a été prendre possession de son poste. Le lundi de Pâques, 10 avril, à trois heures du matin, nous partîmes donc de Shang-haï sur le Poo-chi, en compagnie de M. Strauss qui nous était déjà bien sympathique et avec qui nous ne devions pas tarder à nous lier d'amitié. Sur le même bateau avaient pris passage M. et M me Forbes, deux Américains de Shang-haï, fort distingués et avec qui nous nouâmes d'agréables rapports pendant cette traversée. M me Forbes parlait très élégamment le français, ce qui avait bien son prix, car nous avouons à notre honte que nous ne balbutions que quelques mots d'anglais. Les étrangers d'un certain rang, par leur habitude de parler français, nous donnent moins de regret de notre inconcevable paresse à apprendre les langues. Les nouveaux programmes universitaires rendront-ils nos arrière-neveux un peu
plus polyglottes que nous ? Nous le désirons plus que nous ne le croyons.
Pour aller de Shang-haï à Tien-tsin, on descend les bords plats et monotones du Hoang-po, au milieu de bâtiments européens, de jonques et de sampans ; on entre ensuite dans le Yang-tsékiang qu'on suit jusqu'à son embouchure et, arrivé à la mer, on met le cap au nord. C'est une traversée de 750 milles environ.
Ce diable de Poo-cki était un des bâtiments les plus rouleurs qu'on puisse rencontrer, et était bondé de matières inflammables. Les installations pour les passagers étaient convenables, la nourriture anglaise confortable, mais cet omnibus de la mer Jaune ne filait que ses dix petits nœuds. Le capitaine était Anglais, les officiers appartenaient à diverses nationalités, seul le pavillon était chinois. Bien que son fret fût à bon marché, le bateau a dû, dans ce voyage au moins, réaliser de beaux bénéfices, car il n'y avait pas une seule place libre.
Au fond du golfe du Pé-tchi-li débouche le Peï-ho que nous devions remonter. Le fleuve a une barre d'alluvions que signale un bateau-
hare, ancré d'après les instructions de sir Robert lart, directeur général des douanes. L'entrée du iours d'eau est défendue par les forts de Takou grande bouche), de forme polygonale, et qui constituent un sérieux obstacle pour un assaillant venant de la mer. On se rappelle que les anciennes fortifications du port avaient arrêté, en 1859, l'escadrille anglo-française. Le Peï-ho se rétrécit rapidement et son cours a de brusques circuits. Sa largeur est d'environ 500 mètres. L'embouchure se comble peu à peu, et le colmatage de la côte est peut-être favorisé par un lent mouvement de soulèvement.
Le 13 avril, le Poo-chi arriva à ïien-tsin après une courte escale la veille devant Tchéfou, la ville aux 120,000 estomacs, comme disent les Américains, jolie plage de sable fin que les baigneurs de Pékin et même de Shang-haï fréquentent sans trop se rappeler que c'est à not coups de canon qu'ils doivent ce lieu de villégiature. La ville chinoise est déplorablement malpropre. Nous l'avons visitée à notre retour de Pékin, où nous croyions avoir vu tout ce qu'on peut imaginer en fait de saleté; nous étions dan.-.
Terreur! Quand donc les Chinois se décideront-ils à s'occuper de la voirie ?
A Tché-fou nous fûmes accostés par, de nombreuses barques manœuvrant à la godille. Ces esquifs portaient des Chinois qui venaient s'embarquer pour Tien-tsin, d'où ils devaient gagner Pékin en charrettes ou à pied. C'étaient généralement de petits marchands dont nous revîmes quelques-uns dans la capitale. Ils venaient de bien loin, du fond du Kouang-toung, du Kouangsi, du Hou-pé, du Chen-si avec une petite pacotille qu'ils allaient vendre dans la ville.
Le port de Tché-fou, avec un phare allumé par ordre de l'administration des douanes impériales, fait plus de 110 millions d'affaires par an. On y trouve surtout de la soie qui est fort belle, fournie par des fabriques situées près de la ville, et du pondji l , étoffe de soie provenant de l'élevage de cocons sauvages. Les Anglais y vendent des cotonnades. En 1876, une convention y fut signée entre sir Thomas Wade et S. Exe. Li-hungchang. La position de la ville est heureuse, à