‹ De Hanoï à Pékin: notes sur la ChineChapitre 60 sur 67 · MOISI · texte numérisé non relu

MOISI

mant de solides contreforts ; elles sont hautes de lu mètres; leurépaitseuraupiedestdc 18 mètres et ■ a sommet, constituépar une plate- forme dallée, : 12 mètres: deuxebarsattcléspeuvents'y croi- . Seize portes donnent accès dans la ville chinoise et dans la ville tartare ; l'enceinte intérieure de la ville impériale, do forme carrée, a une étendue de 1 1 kilomètres et est percée de quatre

es, Là s'élèvent, au milieu de jardins, temples remontant aux anciennes dynasties, des palais, les habitations des femmes, des eunuques .serviteurs de la cour formant une population qu'on peut évaluer à une dizaine de mille d'individus.

La ville de Pékin est à 37 mètres d'altitude; L'Ile est sur l'isotherme de 10° centigrades, ce qui fait correspondre sa température moyenne i celle des départements du nord de la France des comtés du sud de l'Angleterre, bien que latitude ne soit que de 39"54'. La tempéra- ; moyenne de l'été est de -+- §8*1, celle de 3"1 ; son climat est tout continental «use de la forme massive du continent asiaet la rigueur de l'hiver provient des eou-

ranta froids du pôle, tandis que l'Europe occi dentale, plus découpée et arrosée par le courant ebaud du Gulf-stream, n'éprouve pas des temps si rigoureux. Pékin est traversé par deux tits cours d'eau aflluents du Peï-lio dont l'i le Yu-bo, sert d'émissaire méridional au lac de Yat-suam-chan, situé au nord-ouest de la capitale. Le canal de Tatoug-ho unit aussi la ville an Peï-ho : c'est sur ce canal que Be trouve pont de Palikao.

Les rues. — Dans les rues on voit de loin en loin des grilles en bois mal entretenues. Ces grilles, appelées lankan, servent, ou plutôt servaient à barrer les voies publiques en cas troubles ou d'émeutes. Elles sont mieux entre: nues dans les petites villes que dans les grandes, et l'autorité municipale des cités peu étendues accorde plus d'importance à ces barrières portatives. Celles que nous avons vues à Monkaï étaient solides et bien disposées : elles auraient pu servir à la défense de la ville contre les pirates.

Les rues sont ou plutôt ont été macadamisées ou dallées, mais elles ne tout guère entretenues : on y voit des ornières plus anciennes que

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PÉKIN. $\i

l'époque mérovingienne; les égouts, autrefois recouverts, sont aujourd'hui à ciel ouvert. Par an temps sec, on est couvert de poussière et, par lu pluie, d'une boue noirâtre dont les boys des consulats doivent maudire les taches. A droite et il gauche de la voie figurent, mais pour mémoire seulement sur bien des points, des trottoirs dallés ou cailloutés : preuve de l'incurie de l'administration qui laisse détruire, dans la capitale même, de magnifiques travaux d'édilité.

Les maisons ont toutes le même caractère :

elles sont en bois avec des façades sculptées ou dorées d'où pendent de bizarres enseignes, et sont surmontées de mâts avec de grandes banderoles agitées par le vent. Elles ne laissent cependant d'autre impression que celle des baraquements d'un camp. Dans la ville chinoise, les maisons se pressent, aucun espace n'est perdu; dans îa ville tartare, dis jardins et des pares séparent les différentes habitations.

L'arrosage n'est pas inconnu. De loin en loin des hommes tirent dans des corbeilles de jonc tressé l'eau d'un puits, si toutefois on peut donner ce nom au liquide mêlé aux infiltration: s des

égouts et, à Pékin, le tout à l'égout n'est pas un vain mot.

Depuis les temps les plus reculés, la Chine n'a eu qu'un seul type d'architecture, et la reproduction de ce type est singulièrement monotone, en dépit de la diversité des détails sculptés , dragons, oiseaux, moulures, arabesques, tuiles vernissées de différentes couleurs, employés sans succès pour distinguer les bâtiments. Partout l'usage du bois ut de la brique : les Chinois ne construisent pas pour l'éternité. Au bout de quelques années les édirices tombent en ruines. On ne les répare pas; on laisse le temps faire son œuvre de destruction ; on construit, à côté du bâtiment attaqué, de véritables échoppes en matériaux aussi peu résistants ; une ville du Céleste-Empire est l'ensemble de maisons à un degré plus ou moins avancé de décrépitude.

L'ennui naquit un joui- de l'uniformité. C'est aux cités de la Fleur-du-Milieu qu'il convient d'appliquer le vers de Roileau. Quiconque a vu une agglomération chinoise en a vu mille. Le point de départ de toute construction est le t'ing aux extrémités recourbées à la manière d'une

l'KKIN-. 217

tente relevée par des piquets, sans plafonds, sans ouvertures latérales. On a cru voir, sans doute avec raison, l'origine de ces toits caractéristiques dans la tente habitée par les Cent familles lors de leur établissement, sur les bords du Hoang-ho et du Yang-tsé-kiang. Le toit donne aux ronstnictions leur cachet particulier; son développement a conduit les Célestes à multiplier les colonnes des édifices; le bois est généralement employé comme mode de soutien ; dans les maisons ordinaires on se sert de bois commun ; dans les palais, de bois précieux, apportés de l'Indo- Chine ou des provinces méridionales de l'Empire.

On voit peu d'édifices de plusieurs étages. C'est .surtout en surface que se développent les constructions chinoises ; elles sont tracées sur uo plan symétrique ; les pavillons répondent aux pavillon» BMif dans les jardins de plaisance où les kiosjiK's, les rivières artificielles, les ponts, les masaifsforment des labyrinthes charmants.

La puissance des rites s'est étendue «tir les constructions comme sur tout ce qui existe en Chine. Longueur, largeur, hauteur <1

altt UR HANOI A PEKIN.

ments, étendue des salles, nombre des cours, tout est réglé depuis lus palais impériaux jusqu'aux plus humbles demeuras. C'est là encore un motif de monotonie dans les cités du Céleste Empire. Heureusement, même dans l'immuable pays des Fils du Ciel, les modifications aux rites se font jour et, si un propriétaire est habile et ne sort pas d'une manière scandaleuse des usages officiels, il est à peu près libre chez lui, surtout s'il fait précéder sa demeure d'un tchao-p'ing, écran en briques à deux mètres environ do la porte, dont la décoration est différente d'après la qualité des personnes et qui a l'avantage, disent les Chinois- superstitieux, d'arrêter les mauvais esprits.

L Observatoire impérial. — A l'angle externe de la saillie formée par la ville chinoise sur la ville tartare se trouve l'observatoire élevé par le P. Verbiest. On y voit une liante tour dépassant les remparts. Les instruments étaient en plein air, faits en bronze avec le plus grand soin ; ils sont abandonnés aujourd'hui dans une petite cour envahie par des herbes : ce sont un grand azimut, présent de Louis XIV,

une sphère céleste de deux mètres de diamètre, tournant en tous sens ù l'aide d'articulations et de genoux à coquilles ; les constellations y snnt figurées en relief; un équatorial , un sextant de quatre mètres, auquel on parvient par un marchepied porté Bur des rails, une lunette parallactique et un cercle mural. Les pieds de la sphère, Appuyée sur un support cylindrique central, sont orties de dragons, de chimères, de feuilles d'acanthe et de fleurs de lis. En 1872, a, l'occasion du mariage de l'empereur, les mandarins du bureau de l'astronomie allèrent observer les étoiles à l'ancien observatoire des jésuites pour chercher, d'après les données de l'astrologie, le jour favorable pour la cérémonie. On se demande comment procédèrent ces graves savants, les verres des lunettes étant perdus depuis des années.

\<p camp des lettrés, — Non loin de l'observatoire s'élève le camp des lettrés, baraques entourées de murs où les candidats aux grades supérieurs viennent subir, tous les trois ans, sous la surveillance de gardes qui ne les laissent sortir sous aucun prétexte, des examens de qua-

torze jours. Nous avions déjà vu un de ces campa ■les lettrés à Hanoï; il en existait autrefois un à Saigon, niais tous les deux moins étendus. Dans ces pays de l'Extrême-Orient, toi; tes les places sont censées être accordées an mérite constaté par le concours, mais on sait, que nulle part la brigue et la protection ne sont plus puissantes.

La porte principale du Palais impérial est réservée au Fils du Ciel. Seul, le monarque a le droit de la franchir. Il en est do même dans tous les pays de civilisation chinoise, et nous avons eu l'occasion, dans la partie historique de Ylndo- Cldne française contemporaine 1 , de rappeler le* négociations qui ont précédé l'entrée de nos plénipotentiaires par la porte centrale du palais royal de Hué. Il fallut, pour obtenir ce résultat, toute la fermeté des colonels Guerrier et Rheinart. Cette question d'étiquette avait une importance capitale et le passage de nos représentants par la porte sacrée démontrait aux vieux Annamites la substitution du protectorat de lu France à celui de la Chine. Le svmbolisme a tou-

I. A, Boûinais et A. Puiilus, L'indo-Chine frum'aiscroutem- /itirohic, 1 vol. in-S°. Paris, Chullamol.

jours une. grande importance, parce qu'il fait tomber sous les yeux de la multitude un événement politique caché et cette démonstration a sa valeur surtout dans l'Extrême-Orient prosterné devant la puissance des rites séculaires.

La population. — Le Chinois ne brille pas par la propreté et a peur des ablutions. II ne quitte goèra ses vêtements, ce sont ceux-ci qui le quittent après avoir fourni un long usage. A côté du lettré aux grandes lunettes rondes à mouture de cuivre et des mandarins ornés des globules distinctil's de leur rang, vous rencontrez les portefaix chargée d'un fardeau réparti dans les deux plateaux d'une sorte de balance portée sur l'épaule, ou se mettant à deux pour porter à domicile un fardeau plus lourd suspendu au milieu d'un bâton appuyé sur les épaules des porteurs. Sur la Ohaussée, c'est un pêle-mêle continuel de chars, <{•■. charrettes, de cavaliers, de porteurs de chaises. La charrette chinoise est un véritable instrument de supplice pour les Européens. Elle a deux roues et deux brancards; la caisse est placée directement sans suspension sur l'essieu et est surmontée d'une bâche ; on ne peut s'y tenir ni assis, ni

B3S DE 1US0I A PÉKIS.

il faut y prendre une de ces poses impossibles auxquelles se prête si liiun la souplesse des membres de l'Asiatique. Un tailleur seul pourrait n'y' trouver à l'aise si les cahots ne lereov tajM 68BM à droite ou à gauche. Le conducteur s'assoit sur le brancard de gauche dans la position des charretière de nos tombereaux quand le sergent de ville n'est pas là pour les obliger de se conformer aux ordonnances de police et de mareber à côté de leurs chevaux. Cette place est permise à Pékin, et une sorte détente mobile, soutenue à la bâche et à des appuis fixés sur les bruncards, abrite h la fois mule et cocher. Les charrettes ont des stations déterminées et doivent transporter les clients à un tarif réglementaire: tes Imii/es et les soldats ont droit à une diminution de prix. Le tarif doit être donné au voyageur par l'autotnédon : on voit que nous n'avons rien inventé à Paris. Les cochers jaunes ne sont pas plus agréables que leurs collègues de nos boulevards on de la cité de Londres, ce qui n'est pas peu dire.

De loin en loin on passe sous un arc de triomphe eu bois vermoulu. L'Kuropéen qui a lu la

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de P&râ bm Ham I I ost vite

désalraisé des splendides tahle»ux do Toyagenx italien : il oe reste rien de ses téftm Je palais des riUle et une Nuits. La décadence est partant. Sur les trottoirs, des marchands de comestibles, des restaurants en plein vent vendent leurs produite pour quelques sapèques aux Chinois faméliques, des barbiers fôat la barbe et la 1 leurs clients.

Quand on circule dans les rues, où grouillent d'innombrables chiens sales et maigres, quand ou s'enfonce dans les quartiers chinois par des ruelles infectes à peine assez larges pour permettre, le passage d'une voiture et où les cochers sont obligés de reculer pendant plusieurs centaines de mètres pour trouver l'endroit où ils pourront croiser leurs véhicules, la pensée se reporte involontairement vers l'Europe telle que nous nons la représentons au moyen âge, telle que la décrit Victor Hugo dans Noire-Dame de Paris et. telle que nous la rappellent la rue Brantôme, la rue de Venise, la rue Brise-Miche, la rue Pierreau-Lard, derniers vestiges d'un passé disparu depuis M. Ilaussmann.

2L'4 DE HANOÏ A PJ&KTS.

A Pékin ut dans toute la Chine, chaque maison

est soigneusement enclose et toute la vie familiale se nasse a l'intérieur. Nous n'étonnerons pu beaucoup en disant qu'à côté de véritables qualités domestiques, les Chinois font souvent preuve d'une grande dépravation morale. Tous ceux qui en ont les moyens fument l'opium, et sur les murs des rues on voit s'étaler cyniquement des annonces de produits pharmaceutiques pour l'avortement. Le long des maisons on rencontre des hommes indécemment accroupis; le célèbre Pont îles mendiants, bâti en marbre, séparé en trois parties par des balustrades, vous montre le prolétariat des deux sexes, maigre, à peine couvert de haillons remplis de vermine, rôtissant ses plaies au soleil, attendant la sapèque, la demandant avec une insistance éhontée, ou grelottant le froid quand viennent les frimas. Les mendiants sont organisés en corporations, et leB membres de cette Cour des miracles taxent les habitants de chaque quartier : l'incendie et le pillage auraient raison de la résistance à cet impôt; le boutiquier paie pour sauvegarder s étalage.

Parfois, au milieu des Chinois, on rencontre des Coréens au costume pittoresque ou des bonzes venus des lamaseries du Tbibet. Un spectacle intéressant est celui des coolies attendant du travail, des médecins ou charlatans, des diseurs de bonne aventure et des conteurs en plein veut qu'on trouve dans chaque quartier populeux et qui racontent d'interminables légendes à ces naïves et ignorantes populations : c'est encore le moyen âge.

La ville tartare est pleine de petits mandarins ou de soldats mandchous qu'on voit se rendre avec leur arc à l'exercice ou monter la garde en jouant aux dominos ou en dormant au soleil.

Quelques-uns, recevant de petites rentes, vivent du souvenir de la grandeur déchue et de la générosité de la race conquérante.

Dans la ville chinoise il y a des boutiques de toutes sortes avec des écriteaux ou annonces rappelant nos vieilles auberges et plus usités encore aujourd'hui en Angleterre qu'en France. Ce qui frappe surtout les Européens , ce sont les made fourrures, de soieries, d'éventails, de lanternes, de papier, etc., et les magasins de bi-

226 DE HASOI A PEKIN.

lielots. Il y en a de bien beaux, très chers ; mais il faut être un fin connaisseur pour les marchander, et on risque fort d'acheter, pour des antiquités, des produits fabriqués de la veille. Les étoffes de soie, les robes de mandarins, les vélums, les draperies, les porcelaines, les bronzes d'art cloisonnés abondent. Dès que la présence d'un Européen est signalée, tous les marchands accourent; les yeux sont souvent émerveillés, mais aussi souvent déçus par la camelotte présentée. Quelques-uns des objets d'art proviennent, dit-on, du Palais impérial, volés ou remis à un marchand par quelque mandarin besoigneux. Nous avons vu un grand nombre de ces bibelots, Malheureusement la bourse d'un chef de bataillon ne permet que des convoitises et se refuse a satisfaire tous les désirs qui naissent devant cette incessante obsession des marchands chinois pour qui le temps ne compte pas. Quand on veut acheter, il faut être aussi patient qu'eux et ne pas manifester trop tôt qu'on tient à tel ou tel objet, autrement, avec leur merveilleuse souplesse de vendeurs, ils réussissent bien vite à vous entortiller. Depuis trente ans que

Pékin nous est ouvert, on a beaucoup exporté de ces objets et l'industrie de l'imitation des vieux bibelots est devenue florissante. Toutefois il y a souvent intérêt à se laisser aller à ouvrir sa bourse. En Europe on paie le double.

Tous les ministres font des collections : M. de Rrandt, ministre d'Allemagne, approvisionne les musées de Berlin et se montre connaisseur éméritc. Seul, sir Robert Hart, qui a peut-être de belles collections en Angleterre, a, à Pékin, un salon où règne simplement le confort britannique. Cette remarque frappe chez un tel personnage qui, plus que tout autre, peul avoir des merveilles. Quelques Européens se spécialisent dans leur manière de collectionner. C'est ainsi que M. Pender, un Russe bien sympathique^ professeur au collège de Pékin, possède une collection de six mille bronzes bouddhiques provenant des lamaseries et de très curieux manuscrits des bonzeries : c'est une collection unique au inonde.

On trouve peu de promenades aux environs d< ;iii.llyales temples, les résidences d'été, à troi

ou quatre heures des murailles, sur les collines où il est de bon ton, quand on ne va pas au Japon ou aux bains de mer de Tché-fou, d'aller respirer un peu librement. Il faut tout emporter avec soi, maïs on s'y résout, car on sait, en Chine, qu'il faut toujours avoir un bagage considérable si l'on veut se procurer non seulement le confortable, mais le nécessaire.

Le Palais d'été est à cinq heures de Pékin. Il est difficile d'y pénétrer. C'est une merveille, quoique en ruines, et qui montre ce qu'ont pu faire les jésuites en imitant Versailles et Trianon. Les Célestessont peu llattés des visites qu'y font les Européens. Ils commencent à sentir ce qu'il y a d'humiliant pour eux à laisser ces magnificences dans un tel état de délabrement ', Puis ces restes leur rappellent une époque néfaste. Dans le simple fait de leur préoccupation de nous cacher le Palais d'été, on peut voir un signe du réveil d'esprit des classes dirigeantes sorties de leur torpeur. Ou peut enfin aller à la Grande Muraille. Mais il

I. Ne SLiyons pas sévfiros. Nous n':ivons recgnsti'uît ni les Tuiliîi'ii's, ni Kaiui-Claud et les mines du palais du quai d'Orsay rie souL pas même démolies depuis l'incendie do la Commune.

T'ÉKIX. 229

faut trois jours pour la visiter, coucher dans les auberges chinoises sans garantie des voleurs, et on revient généralement avec une déception, n'ayant vu qu'un beau paysage, la passe de Nan-Kou.

Plus près de la ville Be trouvent les tombeaux des Miiigs, l'avenue des chameaux de pierre, etc.

Le Palais d'été. — Le Yucn-ming-yuen ou Palais d'été, d'une étendue de 60 hectares, est situé à quatre ou cinq heures de cheval de Pékin. On y parvient par des avenues autrefois garnies de constructions, aujourd'hui ruinées, comme les édifices dont elles annonçaient la proximité : la guerre a passé par là. Le plan du palais était irrégulier comme celui de tous les lieux de plaisance du Céleste- Empire. Mais les architectes y avaient accumulé les kiosques, les pagodes, les yamens; des allées aux gracieux contours en traversaient les parcs. Plusieurs pavillons du Palais d'été construits par les jésuites, au moment où ces religieux avaient la confiance de la cour, présentaient un gracieux mélange des motifs de l'ornementation chinoise et des grandes lignes architecturales des résidences royales de la France au

xvi' et au XVII e siècle. De frais ruisseaux entrecoupés de cascades étaient franchis par des ponts en marbre ou en porphyre, aux arches hardies; des lacs étaient embellis par les nénuphars et les plantes aquatiques. Partout des statues, des basreliefs, avec de merveilleuses représentations de scènes religieuses du bouddhisme ou de l'histoire nationale, des animaux fantastiques, des colonnes aux riches chapiteaux. La végétation se donne carrière, laisse passer les racines ou les rameaux à travers les interstices des escaliers, les parois des murs, entoure les fûts de colonnes, embrasse les chapiteaux de volutes de verdure et rend quelque vie aux murailles encore souillées par les traces de la fumée et du feu.

L'avenue des chameaux de pierre conduit aux sépultures des Mings. On lui donne ce nom bien qu'on y trouve aussi des animaux plus ou moins fantastiques, des lions, des tigres, des dragons ailés, des éléphants, des griffons, des licornes, des chevaux de granit. Avant l'entrée des tombeaux, les animaux sont remplacés par des figures mono- 3S de mandarins ou de guerriers armés de

pied en cap, casquée et cuirassés, babilles des bizarres costumes de l'Orient, mais trop souvent d'une facture grossière, enfantine et sans idéal. Un grand arc de pierre, composé de cinq portes accouplées, chaque porte surmontée d'une construction caractérisée par le t'ing, précède la nécropole. Celle-ci renferme treize tumuli impériaux, rangés en demi-cercle, entourés de bouquets d'arbres. Les tombeaux sont souvent creusés dans le flanc d'une colline. L'architecture funéraire des Chinois a déployé dans la sépulture des Mi ngs toute la splendeur dont elle est capable : les portiques de marbre, les toits sculptés des temples et des pagodes , soutenus par des colonnes de bois de teck amenées de l'Indo-Chine, les autels des sacrifices, les tablettes commémoratives des défunts, tout est richement orné. Â part les sépultures de la dynastie actuelle, édifiées sur un plan identique, laChine n'offre pas d'autres monuments semblables. Les anciennes tombes ont été détruites lors de fin vasiou mongole. Lessouverains de la race conquérante firent détruire la plupart dus sépulturesdes anciens empereurs, comme pour infliger à ceux-ci une dégradation posthume et

un caractère d'illégitimité. Cette conduite leur était suggérée par les croyances des Orientaux sur le culte des ancêtres dont nous parlons plus loin. Les Mings, qui succédèrent aux premiers Mongols, montrèrent le caractère national de leur domination par la réfection des tombeaux des anciens monarques. L'histoire des Egyptiens présente des faits analogues lors de la conquête des Hycsos et de la restauration des Pharaons thébains '.

Nous ne terminerons pas ce chapitre sans détruire la légende qui nous attribue le pillage du Palais d'été. Le palais, à la vérité, fut d'abord et momentanément occupé par quelques détachements français, qui se livrèrent à des actes regrettables, mais furent sévèrement réprimandés. Mais les Anglais, pour venger les prisonniers, dont vingt sur trente-huit moururent dans d'à-

I. A uos lecteurs qui vdiulrf.nl se rendre compte, par la gravure et de remarquables de^npl.nn-, de l'état ancien du Palais d'été, nous signalons l'ouvrage di Paul Bonnetain, YEjii-éme-OrleiiC. Cet écrivain distingué a décrit en véritable arliata les merveilles du Palui = . Le choix do vues qu'il a rapportées de la Chine met bien en relief d>> tableaux Mis de m ai [i dfi maître.

troces souffrances, ordonnèrent l'incendie. Le général Cousin-Montauban ne s'associa pas à cette mesure qui amena la destruction ou le pillage des merveilleuses richesses accumulées dans la résidence impériale.

l'armée et la marine chinoises

Le pont de Palikao. — Souvenirs des anciennes campagnes. — Le soldat chinois. — Le milicien. — Infanterie. — Cavalerie. — Artillerie et génie. — Services administratifs. — Les écoles militaires. — La marine. — Le commandement.

Notre passage à Palikao et notre arrivée à Pékin avaient fait passer devant nos yeux la vision glorieuse des événements de 1860*. Nous voyions, par la pensée, nos prédécesseurs de l'infanterie de marine, successeurs eux-mêmes

1. Le corps de débarquement français était de 7,500 hommes. Les Anglais avaient 12,000 soldats dont 5,000 Indiens. Après la prise des forts du Peï-ho et de Tien-tsin et une reconnaissance offensive le 18 septembre, le corps expéditionnaire bouscula, trois jours plus tard, l'armée tartare qui comptait 55,000 combattants dont 30,000 cavaliers. Le 13 octobre, le général Cousin-Montauban entrait à Pékin.

du Uoyal-V aisseaux et du régiment de Pomlivhéry, et nos camarades de l'armée de terre, le 2 e chasseurs à pied, le 101 e et le 102° de ligne, régiments ressuscites momentanément à cette époque, à la suite de la cession à la France de lu Savoie et du comté de Nice, se précipiter vers le pont qui a donné son nom à la bataille du 18 septembre et leurs colonnes planter leurs tentes victorieuses au pied des murailles de la capitale du vaste Empire du Milieu, après une campagne qui rappelle les récits de Xénophon et de Quinte- Curce. Nous pensions que nous venions de quitter, quelques jours auparavant, cette armée du Tonkin qui, dans les rizières de Sontay et les montagnes de Tuyen-Quan, venait de rendre à nos drapeaux un regain de leurs vieux succès. Le souvenir de victoires est toujours doux au cœur d'un Français, mais il touche peut-être davantage encore l'âme d'un officier, appelé par profession à vivre dans une atmosphère toute virile et à envisager pour le lendemain une expédition nouvelle comme un des incidents ordinaires de sa vie aventureuse. Mais cette prévision même e à l'officier l'obligation de rechercher les

l'armée et la marine chinoises. 237 lis de préparer les succès futurs par l'étude des armées étrangères que le jeu de la politique peut lui donner comme alliées ou comme adversaires. Certes, dans l'état actuel du monde, la Chine doit être considérée comme un l'acteur important. Elle pourrait être appelée à jouer un rôle actif dans une de ces conflagrations que tout le monde prévoit dans un avenir plus ou moins éloigné. Les événements qui nous ont fait ses voisins et nous ont donné une frontière commune doivent attirer notre attention sur l'état de ses forces militaires. Si nous avions le Céleste- Empire pour allié, la proximité de ses ports donnerait une ressource nouvelle à nos flottes du Pacifique et obligerait nos rivaux, Anglais on Allemands, à entretenir des forces sérieuses dans les mers de l'Extrême-Orient. Si, au contraire, il devenait notre ennemi, nous serions obligés de consentir à des sacrifices considérables dans notre nouvel empire indo-chinois.

Quel est, aujourd'hui, l'état militaire de la Chine?

s'étonne, quand on lit les relations des i l'opium, de l'infériorité des Chinois

238 dk kahoï a pâ&nr.

à cette époque. Une vieille nation qui avait trouve d'elle-même, et souvent avant les Européens, une partie des procédés industriels qui ont donné à la civilisation moderne ses principales forces, pouvait être vaincue par une poignée de soldats européens ou disciplinés à l'européenne et commandés par des officiers européens. L'Augleterre, dans le plus grand effort qu'elle fit au moment de la première guerre de l'opium, c'està-dire lors de la marche sur Nankin, en 1843, ne mit en ligne que 15,000 hommes pour sou corps de débarquement, et, sur ces soldats, la plupart appartenaient aux contingents indiens, armés encore de fusils a pierre. Mais dans quel état était alors l'armée chinoise !...

De misérables soldats, vêtus d'une jaquette bleue à revers rouges ou d'une casaque rouge à revers blancs et d'un long jupon bleu, coiffés d'un casque en bambou conique, ou d'un casque portant une hideuse chimère, armés de fusils à mèche, d'arcs et de flèches, de sabres mal trempés et de lances ; des cavaliers, avec une sorte de casque en forme d'entonnoir renversé d'où descendait une touffe de poils ou une queue de

l'armée et la marine chinoises. 239 cheval, munis d'un large sabre, d'un arc et d'un carquois. L'artillerie ne comprenait que de vieux canons de bronze, sur des affûts vermoulus et des arquebuses à pivot. Mais, en revanche, tout ce inonde déployait une multitude de pavillons de toutes formes et de toutes couleurs et faisait un terrible bruit de tambours, de tamtams, de gongs et de trompettes, sans doute pour effrayer les diables étrangers... Le triomphe de l'armée britannique fut facile.

Le soldat chinois. — Le soldat chinois a une bravoure personnelle incontestable. Il résiste admirablement derrière un rempart ou une levée de terre, soutient sans défaillance le feu de l'artillerie et de la mousqueterie ainsi qu'on l'a vu aux lignes de Phu-sa, enlevées par l'armée de l'amiral Courbet, et au combat deHoa-Moc, quand le général de division d'infanterie de marine Brière de l'isle, commandant en chef le corps d'occupation, volait, avec la brigade Giovanninelli, au secours de la place de Tuyen-Quan.

Il résiste moins bien à un mouvement tournant, et les principaux succès obtenus par le général Brière de l'isle, pendant la marche sur Langson,

l'ont été par des upérations sur le liane de l'armée des mandarins. La crainte de la mort a peu de prise sur les soldats de race jaune. Leurs idées sur l'existence future leur donnent une grande assurance : pourvu qu'Us soient certains que les sacrifices funéraires leur seront offerts aux époques rituelles, ils se font tuer sans hésiter. Ds ne craignent pas de se donner volontairement la mort pour éviter la captivité, et le chef malheureux dans une rencontre préfère le suicide à la dégradation ou au supplice dont le frapperait le gouvernement central. On a vu des soldats cernés se faire tuer jusqu'au dernier pour ne pas tomber entre les mains de l'ennemi; d'autres attendre stoïquement la mort qu'ils s'apprêtaient à recevoir, et s'étonner de ne pas être passés au til de l'épée par le vainqueur. Il est vrai que, de leur coté, ils ne font pas de prisonniers et que l'adversaire malheureux est aussitôt décapité. Les cadavres de nos soldats tombés sur le champ de bataille étaient mutilés si nous faisions un mouvement rétrograde. Francis Garnier, Henri Rivière, ont été massacrés de la sorte. Un de nos amis, M. le docteur Mondon, médecin de la

l'armée et la marine chinoises. 241 marine, a plusieurs ibis eu à reconnaître de

funèbres petits paquets, abandonnés par les Pavillons noirs sur un léger radeau au courant du fleuve Rouge et formés de la tête mutilée et des oreilles coupées de Français tombés entre leurs mains. Quand notre collègue Haïtce, membre de ta commission de délimitation, eut été capturé à Ilaininh par les pirates, ces misérables, qui avaient admiré sa bravoure, mangèrent son cœur et luirent son fiel délayé dans de l'eau-de-vie de riz ; ils croyaient ainsi se donner quelques-unes des qualités de courage de notre pauvre ami. Ils conservèrent sa tête pour en faire un trophée, et ce ne fut qu'après des difficultés inouïes, que nous avons déjà indiquées dans notre premier chapitre, que la délégation française a pu retrouver cette relique. Dans cette circonstance, les chrétiens des environs de Monkaï furent les agents qui reconnurent et recueillirent MB précieux restes, comme seuls, les chrétiens de M" Puginier avaient pu autrefois retrouver la Il commandant Rivière.

La coutume d'égorger l'ennemi capturé les ars à la main indigne à bon droit les Européens.

Elle est barbare et ne répond en rien à l'idéal chevaleresque de la guerre. Pour nous, le vaincu est un être sacré; le droit rigoureux du glaive cesse quand l'adversaire est hors d'état de nuire. Le triomphateur s'honore en laissant ou en rendant leur épée aux officiers dont la bravoure a été trahie par la fortune. Rien de plus noble que le salut de Napoléon aux blessés autrichiens. Rien de plus politique. En Criuiée, par exemple, Français et Russes ont appris à s'estimer. Le souvenir de cette guerre où, suivant l'expression du général Saussier, on ne peut trouver ni vainqueurs ni vaincus, encourage les anciens rivaux à se donner fraternellement la main pour l'indépendance de l'Europe 1 , et aujourd'hui nous assistons à un magnifique élan des deux peuples l'un vers l'autre. Nous aimons àévoquercette confraternité

I. Cette estime réciproque dalij de loin. Un ingénieur français, parcourant la Russie, vers ISiO. interrogeait sur ses campagnes 11 ri Cosaque qui avait fail la grande guerre et lui demandait quais étaient les plus vivants souvenirs rapportés de sa course aventureuse de Moscou à Paris. Cet homme n'avait gardé aucune impression agréable de ses relations avec (es alliés prussiens. Mais il se rappelait que là-bas, en Allemagne, quand le service d'avant- postas avait mis en prése dant une froide nuit, les Cosaques et

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d'armes dans des camps momentanément opposés. Elle filait à nos sentiments. Nous ferons seulement remarquer, comme avocat à décharge des Chinois, que le respect de l'adversaire est né bien tard sur les champs de bataille. II a été précédé dans les armées européennes par la rançon, et, à Azincourt, les chefs anglais, pour éviter les contestations entre les soldats victorieux et leurs prétentions respectives à l'argent des prisonniers, firent massacrer ceux-ci. C'était l'application du vieux droit de guerre. Les Chinois arriveront plus tard à une conception juste du droit des gens, mais le progrès ne se fera que peu à peu, par la diffusion de nos idées de l'Occident, basées sur le christianisme, principale source de la civilisation moderne.

Le milicien. — Le Chinois, brave par une

■ |i iint(! 'lu jour, appelaient [ours adversaires et leur offraient ta goutte pour se réchauffer. Quelques iniiiuLes coups de Feu recommençaient.

Encore un souvenir: Quand les Français entrèrent à Zurich, La Tour d'Auvergne vil un jeune tambour russe qui se battait u»ec acharnement. Au lieu de lui passer son épée ou travers du DOtps, il lui donna un soufflet en lui disant: » ltends-toi dh.ru-, petit animal i . Le mot avait sa saveur militaire, mais il ilait humain et digue du premier grenadier de France.

sorte de fatalisme, n'a pas le feu sacré qui fait les guerriers. 11 entre dans la milice parce qu'il est appelé ou parce qu'il appartient à une famille dans laquelle le service militaire est héréditaire. Quand un garçon est arrivé à l'âge légal, il se présente devant le mandarin, satisfait à un examen sur le maniement des anciennes armes; il reçoit, contre le paiement de quelques ligatures, un certificat d'incorporation, et le voilà soldat, porté sur les contrôles des garnisons sédentaires (chëou-ping). Il a le droit de se présenter, pour toucher une solde dérisoire, composée en grande partie de riz ou de vivres, quand elle est toutefois payée, ce que les fonctionnaires impériaux oublient fréquemment. Les soldats ne sont pas casernes ; ils vivent dans leurs villages où ils se marient et cultivent la terre. A certains jours, ils se réunissent pour faire l'exercice, contribuent au service de garde des yamens des vice-rois et des gouverneurs, dans les prétoires des mandarins, et fournissent des postes aux prisons et aux greniers publics. En général, ils ue sont pas redoutables, et les malfaiteurs ne craignent guère cette espèce

paye sa ci

à la

LÀRMËt: ET LA MARINE CHINOISES. 245

maréchaussée. Si im ordre impérial arrive pour la levée du cuntingent d'une province, on signale un grand nombre de déserteurs ; souvent le mandarin ne les recherche que pour leur faire payer une amende, dont le plus clair reste dans :'est un des profits du métier. Pour Lier les vides, les satellites parcourent les fonds des villes et attirent sous le drapeau, a façon des racoleurs de l'ancien régime, des mendiants et des vagabonds. On conçoit la figure doivent faire de pareils soldats. Leurs unies sont en lambeaux, souillés de crasse, iplis de vermine. Partout où ils passent, ils obligés de vivre de rapines et de pillage, qu'ils ne sont ni payés ni nourris. 1 es fournies à ces soldats sont bientôt dans un déplorable. Cela a peu de conséquence avec lances et les anciens fusils à mèche qui par- :nt tout de même à la longue, mais les fusils culasse mobile sont vite mis iiors ige par la rouille ou par la perte d'un des Des essentiels. On a pu constater, même à >sung ou à Tien-tsiu, dans les troupes les organisées, cette incurie du soldat. Par-

fois, dans les manœuvres, on se sert d'armes ancien ue-s pour ménager les nouvelles, et il faut reconnaître que c'est souvent une bonne précaution. Dans les provinces, la poudre distribuée aux soldats est encore la même que fabriquaient les aïeux, avec des mortiers primitifs et des auges pour mélanger le soufre, le salpêtre et le charbon : aussi les propriétés balistiques de cet amalgame sont-elles déplorables.

Les Boldats fournis par les provinces frontières sont plus aguerris, mieux instruits, mieux entraînés, plus guerriers eu un mot que ceux des provinces centrales. Les luttes incessantes avec les royaumes tributaires, souvent en révolte, ont toujours entretenu chez eux un véritable esprit militaire. Sortis des pays traversés par des chaînes de montagnes, ils ont toutes les qualités d'éuergie qui caractérisent les biglilanders et assurent à ceux-ci la supériorité dans les luttes contre les habitants des plaines fécondes et bien arrosées. Les montagnards du Yunnau et du Kouang-si envoyés contre nous au Tonkin étaient braves, sobres et durs à la fatigue. Ils supportaient la comparaison avec les bandes de Luu-Vinh-

l'armée et la marine chinoises. 247

Phuoc, composées d'outlaws habitués depuis des années à la guerre d'embuscade, lameilleureécoh' du soldat.

Les Mandchous méritent une mention spéciale au premier rang des forces impériales.

Descendants des anciens conquérants du pays, robustes et courageux, ils sont stationnés dans les provinces duiiord et surtout autour de la capitale. Ils sont répartis en huit bannières.

Infanterie. — La réforme de l'armée chinoise a commencé par l'infanterie (pou-ping). Surtout dans la province du Pé-tché-li et dans les garnisons voisines de Pékin, elle est bien armée et a un commencement sérieux d'organisation. Elle fait bonne ligure sur un terrain de manœuvres. Le bataillon de 500 hommes est l'unité fixe; il est placé sous les ordres d'un officier commandant et cantonné dans un camp fortifie. C'est l'armée du vice-roi Li-hung-chang.

L'instruction est donnée dans les arsenaux de Fou-Tchéou, fondé par les lieutenants de vaisseau Aiguebelle et Gicquel, de Woosung, de Tientsin, par des instructeurs européens de diverses nationalités, Anglais, Américains et surtout Al-

leniands. Aussi, un Champ de Mars de ces places est-il une véritable Babel, et l'instruction des hommes se ressent nécessairement de cette confusion des langues, d'autant plus que les mandarins, au lieu de confier à un même instructeur un certain nombre de recrues jusqu'à leur instruction complète, font souvent changer de maître les pelotons envoyés à l'exercice.

Les Chinois se méfient presque toujours de leurs auxiliaires européens. Ils ont cette idée de derrière la tête de leur supériorité native, et ils la manifestent par leur indolence, leur inertie et quelquefois par une attitude moins que polie. Les instructeurs n'ont pas le commandement des troupes qu'ils ont formées, ou du moins ils ne les ont conduites que rarement au feu. Il faut faire exception pour Gordon, cet homme rie génie qui avait su se créer une vraie armée anglo-chinoise et que la Grande-Bretagne a laissé périr d'une manière si tragique à Khartoum. La statue qu'elle lui a élevé à Trafalgar- Square est une réparation bien pauvre et bien tardive.

L'armement de l'infanterie se compose d

l'armée et la marine chinoises. 849 ilèles les plus disparates, fusils allemands, américains, anglais, sniders, remingtons, niausers, martinis, winchesters achetés à l'étranger. Cependant la Chine pourra avoir un jour un arménien t national ; elle a institué des fabriques, où non seulement on répare les fusils de provenance européenne, mais où elle peut faire des arme rapide, ce qui demande des ouvriers habiles etun outillage perfectionné.

Cavalerie. — La cavalerie (ma-pmg) n'existe pas, si l'on entend par ce mot la réunion d'hommes montés capables d'assurer le service d'exploration d'une armée, d'escorter les convois, de pousser en avant des raids ou de hardies reconnaissances et, au besoin, de charger vigoureusement sur un champ de bataille. La faute n'en est pas complètement au gouvernement impérial : les chevaux aptes au service militaire sont rares dans l'Asie orientale; nous ne l'avons que trop souvent constaté au Tonkin où nos généraux ont rencontré bien des difficultés pour remonter uotre faible effectif de cavalerie et d'artillerie. Seuls, les Mandchoux font quelque figure, montés sur leurs petits chevaux tartares qui rappellent par

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leur taille et par leur poil les coursiers cosaques des invasions de 1814 et de 1815.

Génie et artillerie. — Les Chinois sont d'intrépides remueurs de terre ; ils improvisent un retranchement de fortification passagère avec une rapidité merveilleuse. Les défenses du défilé de Hoa-Moc en sont une preuve trop éloquen te pour que nous puissions jamais l'oublier. Les jongles, les fourrés, l'escarpement du terrain ne permettaient pas à la brigade Giovaiminelli de déborder l'ennemi par sa droite; la baisse des eaux du fleuve Rouge rendait impossible un mouvement tournant de notre flottille sur sa gauche, Luu- Vinh-Phuoc avait barricadé son front avec un art remarquable. L'infanterie de marine et les tirailleurs algériens vinrent, plusieurs fois se briser sur des redoutes et des tranchées fort bien défilées, précédées de défenses accessoires en bambous, haies, chevaux de frise, trous de loups, piquets, fossés, derrière lesquelles les Célestes fusillaient presque à bout portant nos têtes de colonne. Le canon ne pouvait rien contre ces embûches, et Luu-Vinh-Phuoc, chef des Pavillons noirs, qui avait le commandement, en vieux

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