Mort en
DE HANOÏ A. PBKIN. 23
Quand un ministre étranger apporte une r clamation auTsong-li-yamen, les diplomates chinois essaient d'abord de lui répliquer qu'elle ne paraît pas fondée, puis sur l'insistance qu'on y met, ils tâchent de prouver que les torts sont du côté des Européens : si l'on insiste encore, ils gagnent encore du temps en disant qu'ils vont demander un rapport détaillé aux autorités que cela concerne. Ils emploient quinze jours à préparer la lettre demandant ce rapport; il faut uu mois ou deux à celle-ci pour parvenir à sa destination. <[ L'autorité que cela concerne » réfléchit souvent un mois ou deux ou répond par un rapport anodin qu'on se garde Men de communiquer de suite au minisire qui s'est plaint. Il faut que celui-ci écrive de nouveau ou se rende derechef au Yamen où il a de nouvelles conférences qui n'aboutissent pas. Souvent il arrive que les autorités des provinces ne répondent pas du tout. Le Yamen se garde bien de se fâcher ; il écrit à nouveau : pendant ce temps, des mois s'écoulent. Pour pouvoir régler la plus petite affaire à Pékin, il faut compter au moins sur six mois perdus en conférences, en réflexions, i
échanges de lettres '. Et quelle solution a-t-on alors? Elle est toujours peu satisfaisante et le plus souvent on est réduit à faire des cotes mal taillées. Le pis qu'il puisse advenir à un mandarin dont la culpabilité serait évidente et qui aurait contraint le pouvoir central à capituler serait d'être changé de poste, — ce qui n'est pas toujours un châtiment, car on lui donnera peut-être de l'avancement. Le mandarin peut être dégradé, mais ce n'est pas pour longtemps, et il est réintégré dans ses fonctions dès que les ambassadeurs étrangers ont perdu sou souvenir 2 .
1. On aura une idée de ce que durent les négociations avec la Chine par le traité de Livadia. Commencés en 1877, les pourparlers du Céleste-Empire et de la Russie amenèrent, en septembre 1879, la convention de Livadia. Mais cette convention, non ratifiée par le cabinet de Pékin, malgré les pleins pouvoirs donnés à Tchong-héou qui faillit payer de sa tête sa probité politique, ne fut acceptée, dans ses lignes principales, qu'au traité de Saint-Pétersbourg, le 12 février 1881. Ni-kionghéou-tseng (le marquis de Tseng) avait pris la place de Tchong héou dan3 les négociations; les Russes avaient maintenu comme plénipotentiaire M. de Butzofî, signataire de la première convention. Or, les Russes avaient occupé Kouldja le 21 juin 1871. [1 avait donc fallu dix ans au cabinet de Pékin pour se décider à faire les concessions nécessaires.
2. En 1891, le tché-hien de Wou-hou, le seul qui ait fait quelques efîorts pour protéger les étrangers, a été dégradé, et les ministres européens s'épuisent à demander la révocation
Dans les provinces on se heurte aux mêmes procédés dilatoires. Les consuls étrangers, assimilés aux taotaï ou intendants de cercle par les traités discutent avec ces dignitaires les affaires courantes. Karement, à moins d'y mettre beaucoup de conciliation, ils réussissent à amener une solution quelconque. On laisse les questions dormir le plus longtemps possible. Parfois les autorités locales prétendent ne pouvoir rien faire sans ordre de Pékin : le consul saisit son ministre de l'affaire. Le ministre se plaint alors au Yamen et obtient à la longue, après maints pourparlers, que des instructions soient envoyées au taotaï (instructions fort anodines, laissant beaucoup de marge aux autorités locales). On n'en peut d'ailleurs jamais avoir copie, ce qui n'est pas conforme aux rites. Les autorités locales ne s'y conforment pas toujours, sachant qu'elles n'ont pu être envoyées que sous une pression très énergique et que le Yamen leur saura gré de les enfreindre. Si l'on se plaint encore, le gouverne-
des fonctionnaires qui ont laissé se produire les troubles, les incendies et les assassinats du Yang-tsé-kiang, s'ils ne les ont pas secrètement encouragés.
ment central se déclare désarmé vis-à-vis des autorités vice-royales et provinciales. On se rejette ainsi la balle d'une extrémité de la Chine à l'autre.
Par suite du système de décentralisation qui prévaut dans la Fleur-du-Milieu, le gouvernement central est obligé de compter avec ses agents provinciaux : chaque vice-royauté forme, en réalité, un petit État distinct dont le vice-roi est le seul souverain 1 . Il est d'autant plus absolu, il écoute d'autant moins les ordres ou plutôt les prières (car le Yamen, adressant des instructions à ces potentats, ne se sert pas du terme ordonner, mais de celui de prier) qu'il, est plus éloigné de l'action du Tsong-li-yamen. Cet état de choses a encore un avantage appréciable pour le gou-
1. Les commandants de nos stations navales de l'Extrême- Orient ont conservé le souvenir des procédés peu courtois de l'ancien vice-roi du Kouang-toung, Tchang-tché-ton. L'amiral Richards, commandant la division navale britannique, a pu se rendre compte à son tour, en 1891, des façons d'agir de cet orgueilleux personnage. Se trouvant à Han-kéou, à bord de YAlacrity, il fit annoncer sa visite à Tchang-tché-ton qui se trouvait à Wou-tchang sur la rive opposée du Yang-tsékiang. Le vice-roi répondit qu'il recevrait volontiers la visite, mais qu'il ne pourrait la rendre !
vernement central. Il lui permet, à l'occasion, de se désintéresser presque complètement de ce qui se passe dans les provinces et de se réfugier derrière un non possumus motivé, contre lequel il n'y aurait d'autre argument décisif que la force ouverte '. On ne soupçonne pas en Europe un tel système administratif.
D'ailleurs le Yamen approuve toujours les hautes autorités provinciales quand celles-ci ont commis quelque acte répréhensible pour résister aux exigences des Européens. Il est inutile de lui demander même de blâmer tel ou tel mandarin, petit ou grand. Cette manière de faire était bonne il y a vingt-cinq ans, elle n'est plus de mise aujourd'hui.
On doit convenir que cette diplomatie chinoise, qui a pour elle l'esprit de suite et le principe de résistance traditionnelle et systématique aux envahissements des Européens, a beau jeu contre l'expérience et la pratique acquises par les repré-
1. Que d'événements incompréhensibles dans l'histoire des Grecs, dans les rapports d'Athènes, de Sparte ou de Thèbes avec les satrapes perses de l' Asie-Mineure s'expliquent quand on pense que ces satrapes avaient une situation analogue à celle des vice-rois chinois!
sentants étrangers dans les chancelleries européennes. Elle est surtout forte vis-à-vis de notre politique française dans l'Extrême-Orient : elle n'a cessé d'être une énigme, qui fait croire à la vérité de ce dire d'après lequel nous serions le peuple le plus léger de la création.
Notre politique en Chine, on Ta dit bien des fois, pèche parla base: elle a toujours manqué d'esprit de suite, ce qui est dû surtout aux changements continuels qui ont lieu dans notre personnel diplomatique. Depuis onze ans nous avons eu à Pékin, tour à tour, cinq ministres (MM. Bourée, Tricou, Patenôtre, Constans, Lemaire) et cinq chargés d'affaires (MM. Patenôtre, Semallé, Cogordan, Kraetzer, Eistelhueber), en moyenne un chef de poste par an. Nos affaires ne peuvent que souffrir de telles mutations. Les Allemands ont un ministre, M. de Brandt, qui est en Chine depuis trente ans, qui connaît le pays, le gouvernement, la manière de traiter avec lui, le caractère du peuple, qui a tout vu, tout étudié, et l'on s'étonne, après cela, de voir ses nationaux prendre en Chine une situation prépondérante et leur commerce rivaliser avec celui des Anglais et des
Américains ! Notre insouciance, notre main d'esprit de suite, nos luttes intestines, notre ignorance même de la Chine, voilà ce qui nous a fait perdre la situation magnifique que la guerre de 1860 nous avait donnée eu Chine. Nous ne savons si jamais il nous sera donné de la reconquérir... Mais que nos gouvernants méditent ces paroles d'un homme qui, par sa situation en Chine autant que par sa connaissance étendue des choses de ce pays, est plus apte que tout autre à lire dans l'avenir : « Vous avez conquis Tonkin sur les Chinois et non sur les Ànnamil comme vous le pensez h tort: si donc vous vi lez conserver ce pays et en tirer tout le profit que vous êtes en droit d'en attendre après l'avoir fécondé de votre sang et de votre argent, prenez garde à la Chine. Sachez trouver un modus Vivendi pour entretenir des relations amicales avec ellej mais n'oubliez pas qu'elle vous considérera toujours comme un ennemi voisin et dont il faut se défier. »
Noub ue croyona pas, pour notre part, que la Chine menace jamais l'Europe d'une invasioi Celle-ci a sur celle-là une trop grande avan<
s le
Les budgets de l'Empire chinois ne permettent pas de grands armements. Ils n'atteignent pas un milliard et la plus grosse part des revenus est fournie par les douanes, de telle sorte que pour augmenter sa puissance militaire la Chine est obligée de tolérer le commerce européen.
Pour devenir un danger pour l'Europe, il faudrait que la Chine transformât complètement son état social.
Sans doute, le parti vieux chinois rêve de reviser les traités de 1860. Les clauses d'exterritorialité, qui sauvegardent les étrangers dans les ports ouverts, le gênent bien davantage que l'exercice du culte chrétien antérieur aux traités. Le gouvernement impérial souhaite d'avoir des consuls partout où il a des nationaux, etc.
Mais ces visées politiques sont sans cesse contrariées par la nécessité de se procurer de l'argent, par les craintes de la dynastie au sujet des révoltes.
Aussi n'est-ce point par des coups d'éclat, mais par de sourdes menées que le parti vieux chinois affirme sa politique : la Chine aux Chinois. Heu-
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reusement il se trouve dans le Céleste-Empire des hommes éclairés dont la clairvoyance tempère Tardear anti-européenne des lettrés. C'est avec eux qu'il faut s'entendre pour le plus grand bien de la Fleur-du-Milieu.
Le peuple est excellent, mais il a besoin d'être instruit et il nous semble véritablement impossible qu'avec la vapeur et l'électricité les idées européennes ne s'infiltrent pas en dépit du collectivisme familial et des antiques rites du culte des ancêtres.
Le cabinet de Pékin le sent parfaitement ; toutefois il craint d'aller trop vite dans son évolution vers la civilisation occidentale, mais l'exemple du Japon est là qui le hante sans cesse.
L'Europe, loin de se décourager quand elle voit les résistances du parti vieux chinois, doit donc s'unir dans un effort commun. Point d'actions isolées, beaucoup de patience, de sages conseils, d'habiles concessions à l'orgueil national quand elles ne sont pas incompatibles avec les intérêts en jeu : voilà les moyens à employer avec l'aide des capitaux et le concours des hommes techniques venus de l'Occident.
La France et la Russie sont admirablement placées pour aider l'empereur de la Chine à consolider sa dynastie. L'histoire a prouvé, en ce qui nous concerne, que l'appui de nos armes n'est pas à dédaigner.
Dans notre expédition du Tonkin nous avons fait preuve d'une remarquable modération et, faisant foi sur la loyauté du Céleste- Empire, nous avons, un peu trop vite d'après certains esprits, rendu aux Chinois les îles Pescadores qui nous garantissaient l'exécution des traités et une position stratégique d'une grande importance. Cette manière de faire n'a certes pas échappé 'à la sagacité des diplomates chinois.
Dans sa proclamation du 1 er juillet 1891, M. de Lanessan, gouverneur général de l'Indo- Chine 1 , en parlant de l'œuvre patriotique à laquelle il s'est consacré tout entier, a dit : « La loyauté des empires voisins nous garantit qu'au-
l. En mai 1891, l'auteur de ce volume a eu l'honneur d'ôtro choisi par M. de Lanessan comme chef de son bureau militaire.
Parti le 31 mai avec le gouverneur général, il est tombé gravement malade à Saigon et a dû s'éloigner momentanément de l'Indo-Chine.
ciin embarras venu du dehors ne mettra obstacle à T accomplissement de cette œuvre. »
La confiance ainsi témoignée au cabinet de Pékin dans les conventions qu'il a signées, doit fixer l'attention de ses hommes d'État et nous avons le droit, en retour de nos pacifiques intentions, ne poursuivant aucune extension territoriale au Tonkin , vers les provinces du Kouangtoung et du Kouang-si, ayant fait, au contraire, le long des frontières sino-annamites, quelques rectifications au profit de la Chine, d'obtenir T exécution intégrale des traités : le Céleste-Empire doit plus y gagner que nous.
Jusqu'à la signature du traité de 1885, fruit de notre expédition du Tonkin, nous avons dû notre influence en Chine à l'exercice du protectorat catholique. Devenus les voisins du Fils du Ciel 1 , nous avons en outre aujourd'hui à entretenir avec son gouvernement des rapports de bon
1. La Russie, seule puissance européenne limitrophe de la Chine jusqu'en 1885, n'a pas eu moins de 6,000 kilomètres de frontières communes à délimiter. Aujourd'hui l'Angleterre, du côté du Thibet et de la Birmanie, et la France, au Tonkin, ont à résoudre des questions du même ordre.
voisinage et notre établissement du Song-koï ne peut prospérer qu'à ce prix.
Un lien étroit unit donc nos intérêts du Tonkin et notre politique à Pékin. Si notre prestige diminuait en Chine, le contre-coup s'en ferait immédiatement sentir sur le fleuve Rouge, et
Ton peut affirmer, d'autre part, que tout événement qui tournerait contre nous en Indo-Chine diminuerait notre situation à Pékin : le Tonkin impose donc des sacrifices nécessaires et nous serions gravement coupables de l'oublier.
Au point de vue économique, deux questions peuvent attirer l'attention des publicistes, celle du numéraire et celle de l'émigration des Célestes.
Jusqu'à présent, la Chine a vendu à l'Europe surtout les soies et le thé, et n'a demandé à l'Occident que du matériel de guerre et quelques machines à vapeur. La balance du commerce s'est faite par l'apport des métaux précieux dans la Fleur-du-Milieu ou, pour mieux dire, de l'argent. C'est le marché de la Chine qui absorbe la plus grande partie des mines d'argent de l'Amérique. Les Célestes draineront encore plus de nu-
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méraire quand ils auront su faire appel aux ressources du crédit et auront acquis un outillage perfectionné, quand ils sauront utiliser les dépôts houillers de leurs provinces et qu'ils auront multiplié leurs exportations de riz, de thé, de soie, de lin, de coton, etc.
Actuellement, la question du travail des Cl nois à l'étranger préoccupe les habitants de 1'. mérique et des colonies européennes où les fils de Han viennent remplacer les noirs. Ces émîgrants (150,000 en Californie) se contentent du quart du salaire d'un ouvrier européen. Ils se rendent dans les pays d'outre-mer pour un temps, sans emmener de femmes avec eux, — l'émij tion de l'élément féminin étant sévèrement terdite, — et veulent tous rentrer dans leur patrie pour y recevoir après la mort les sacrifices du culte des ancêtres.
C'est surtout en Amérique que se porte le courant envahisseur de la main-d'œuvre chinoise. Dans les sociétés neuves du Nouveau-Moude ou dans les anciennes colonies, pauvres en bras, les Célestes trouvent facilement à se louer. Le noi bre considérable d'émigrants a paru un dan;
nps, gratin-
aux États-Unis et aux provinces anglaises à demi émancipées de l'Australie. Cependant ces Asiatiques bien surveillés, organisés en congrégations responsables des faits et gestes de leurs membres, sont beaucoup moins à craindre qu'on veut bien le dire. L'ouvrier américain voit, il est vrai, baisser le prix de la main-d'œuvre, mais le consommateur profite de la diminution de prix des denrées et des grands travaux faits par les étrangers.
De plus, ces Chinois dont répondent les congrégations sont en quelque sorte des otages entre les mains des puissances étrangères, et ils apportent le travail où les bras manquent ou bien — et c'est la cause principale des récriminations que l'émigration chinoise a soulevées — là où les ouvriers sont trop exigeants ! .
En résumé, ce qu'on peut craindre de la Chine,
1. La France ne redoute pas l'émigration des Célestes dans ses colonies de l'Océanie. Nous apprenons le succès des négociations engagées avec le Tsong-li-yamen pour obtenir du gouvernement impérial l'autorisation de lever des coolies destinés à l'exploitation des mines de nickel de la Nouvelle-Calédonie. Les travailleurs seront fournis surtout par le Chantoung et par la Mongolie.
ce n'est pasl'envaliissementdesesnationaux, mais la perturbation économique dans les salaires. Bien dirigés, les courants d'émigration peuvent rendre, au contraire, les plus utiles services, et les Chinois, s'ils ont d'admirables qualités, seront encore pendant longtemps inférieurs aux Européens pour la capacité intellectuelle.
Nous terminons ici nos souvenirs. Nous n'avons dit que ce que nous avons vu et donné seulement les renseignements que nous avons pu puiser, sur place, aux sources les mieux informées et les plus autorisées.
Nous avons omis avec soin de discourir sur l'objet de notre mission, nous étant; fait un devoir, à notre retour en France, d'adresser au département dont nous avons eu l'honneur d'être le délégué pendant deux années à la frontière de Chine et à Pékin, un mémoire qui, après avoir été communiqué au ministère des affaires étran-
gères et à la direction des colonies, a été déposé aux archives du département de la marine et pourra être consulté pour nos affaires de frontières.
Maintenant il nous faut conclure. Nous dirons donc au bienveillant lecteur: Voisins par notre occupation du Tonkin du Céleste- Empire, nous i devons étudier cet Etat et le pénétrer de notre mieux pour ne point être étonnés des surprises qu'il peut un jour nous réserver; Il n'y a pas que des sujets de critique chez les Chinois et nous sommes convaincu qu'avec de l'esprit de suite dans notre politique, un choix judicieux de nos agents dans l'Extrême-Orient, et beaucoup de probité, mais aussi avec une grande fermeté, nous pouvons, pour notre plus grand profit, amener le gouvernement impérial à rechercher sinon notre contact, du moins à ne pas s'en offusquer davantage et à trouver que parmi les barbares étrangers les Français sont encore les meilleurs diables.
Avant tout et surtout, il nous faut au Tonkin
une forte situation. La question indo-chinoise, nous le répétons à dessein, étant une question chinoise 1 .
En assurant la sécurité sur nos frontières du Tonkin par l'organisation des provinces limitrophes de la Chine en territoires militaires, nous n'aurons accompli qu'une partie, et la moins importante, de notre tâche.
La possession, même tranquille, de la haute Indo-Chine, la pacification définitive du Delta, mis à l'abri des incursions des bandes pirates du Nord, ne sauraient suffire à notre ambition .
La France, en allant au Tonkin, s'est tracé un autre programme que ce beati possidenles limité aux frontières de notre établissement indo-chinois.
Nous avons planté le drapeau français au Tonkin, non pas pour nous y enfermer dans la satisfaction d'une conquête stérile, mais pour rayonner de là, commercialement et économiquement, sur le marché chinois.
1. C'est parce que nous sommes convaincu de ce fait que nous avons écrit ce volume, complément de nos précédents travaux sur l'Indo-Chine.
La route de Langson-Lang-tchéou, la vallée de la Rivière Claire, celle du Fleuve Rouge, ne sont pas seulement des routes d'invasion qu'il faut garder, ce sont aussi et surtout de merveilleuses voies de pénétration commerciale qu'il faut utiliser. Nous n'y arriverons qu'en traitant la Chine à la fois comme un adversaire éventuel à surveiller et comme un client à gagner.
Tel doit être le double programme de notre politique à l'égard du Tsong-li-yamen. S'il importe de ne pas nous départir, dans nos relations avec lui, d'une fermeté inébranlable, nécessaire pour assurer le maintien et le respect de nos droits, cette fermeté n'est pas exclusive de l'établissement de rapports cordiaux entre les deux nations voisines.
Ils se fonderont sur la communauté des intérêts économiques et commerciaux. C'est de cette communauté d'intérêts qu'il faut avant tout convaincre les directeurs de la politique chinoise. La France ne craint rien de la Chine ; la Chine n'a rien à redouter de la France; la Chine et la France ont tout à gagner à s'entendre et à vivre en paix.
Le jour où cette vérité aura pénétré dans l'esprit du Tsong-li-yamen, la France pourra jouir tranquillement et avec profit des fruits de sa conquête, et récolter la moisson qui, actuellement encore, ne représente pour elle que des espérances et des sacrifices.
Pages.
Chapitre I er . — En route pour Pékin. — Monkaï. — Hanoi. — Haïphong. — Hanoï.
Départ de Monkaï. — Ma mission. — Hainiuh.
— Monkaï. — Mort de M. Haïtce. — Haïphong. — Hanoï et son exposition .... 1