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L'ASSOCIATION LIBRE C'EST DE LA DÉCENTRALISATION

Quand nous parlons de décentralisation, il faut bien entendre que nous ne sommes pas seulement préoccupés de rendre la vie à la province.

Eh ! non, ce n'est pas notre but, mais de servir l'individu. Individualisme, voilà toujours notre formule.

L'individu, qui suit jusqu'au bout son instinct, sa force intérieure, sa vertu humaine a une tendance à se grouper, à se solidariser, selon ses affinités électives, d'après ses besoins, d'après ses aptitudes, d'après ses parentés, dans un corps social, et à devenir ainsi une unité dans une individualité plus large, dans cent individualités, groupes locaux et moraux!...

Retenons ces deux derniers adjectifs.

C'est en faveur des entreprises collectives, locales ou morales, que nous protestons contre l'ingérence excessive de l'Etat.

La société où nous vivons est une création artificielle, et non pas, comme nous le voudrions, le résultat de l'instinct spontané des individus qui la composent. Elle est sortie, à peu près comme un système sort d'un cerveau philosophique, de la réflexion d'hommes politiques qui se proposaient bien moins d'aider l'expansion des individus que de les plier sur un ordre préconçu.

L'expansion totale de l'individu, sa tendance à s'agréger selon des affinités instinctives, c'est le sens social, c'est l'altruisme, c'est le patriotisme, c'est l'attraction professionnelle, tous ces instincts fort affaiblis et en tous cas déçus dans notre société moderne.

Pour restaurer nos centres de groupement, il faudrait une décentralisation.

Pour restituer nos facultés de cohésion, il faudrait la liberté d'association.

(Mercredi 13 Février 1895).

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