PAS DE DICTATURE
Jaurès s'inquiète des répugnances que rencontrent les préoccupations purement économiques, auprès de certains esprits, d'ailleurs désireux d'une transformation sociale. 11 constate justement « une sorte de protestation anticipée contre toute réglementation socialiste étroite qui imposerait à tous lés individus une même discipline de pensée, de conscience et d'action. » Et cette protestation, purement philosophique jusqu'à présent, puisqu'aussi bien la besogne de démolition n'est pas terminée, prendrait une formidable intensité, si, lors de la reconstruction, on entendait
nous écraser sous une dictature uniforme.
C'est un malentendu, dit Jaurès, notre devoir est de le démasquer. Il a bien raison le grand orateur ; c'est notre devoir à tous. Si nous voulons réaliser l'organisation collectiviste ou communiste de la production, ajoute-t-il, c'est pour permettre le libre et entier développement de toute individualité humaine... Mais il ne s'explique pas davantage. Chez Jaurès, la force verbale, l'abondance, la conviction évidente nous séduisent dès l'abord, nous entraînent ; mais quoi, c'est toujours là qu'il faut arriver : comment l'évolution s'accomplira-t-elle dorénavant, dans cette immense infinité dictatoriale que pourraitêtre le marxisme, interprété selon certains autoritaires
Le socialisme, s'il n'était pas fédéraliste, ne serait que le transfert de notre société actuelle aux mains de nouveaux dirigeants.
(30 Décembre 1894).