‹ De Henri de Saint-Simon à Charles FourierChapitre 3 sur 79 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

L'esprit de 1830 (1).

« Toute la maladie du siècle présent vient de deux causes : le peuple qui est passé par 93 et par 1814 porte au cœur deux blessures : tout ce qui était n’est plus, tout ce qui sera n’est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le sens de-nos maux.

« Voilà un homme dont la maison tombe en ruines, il l’a démolie pour en bâtir une autre. Les décombres gisent sur son champ et il attend des pierres nouvelles pour son édifice nouveau. Au moment où le voilà prèt à tailler ses moellons et à faire du ciment, la pioche en mains, les bras retroussés, on vient lui dire que les pierres manquent el lui conseiller de reblanchir les vieilles pour en tirer parti. Que voulez-vous qu'il fasse, lui qui ne veut point de ruines pour faire un nid à sa couvée ? La carrière est pourtant profonde, les instruments trop faibles pour en tirer les pierres. « Attendez, lui dit-on, on les tirera peu à peu, espérez, travaillez, « avancez, reculez, » Que ne lui dit-on pas ? Et pendant ce temps-là cet homme, n'ayant pas sa vieille maison et pas encore sa maison nouvelle, ne sait comment se défendre de la pluie, ni comment préparer son repas du soir, ni où travailler, ni où reposer, ni où vivre, ni où mourir; ef ses enfants sont nouveau-nés. »

Musser. Confession d'un enfant du siècle (Ch. n).

« … C’est votre âme qui souffre, c’est votre pensée qui est malade, c’est votre cœur qui est inquiet dans l'attente des choses qui vont arriver : suspendus entre un passé qui s'écroule et un avenir qui n’est pas encore, vous vous tournez tantôt vers l’un pour lui adresser un dernier adieu : tantôt vers l’autre pour lui demander : qui es-tu? Et comme il ne répond point, vous vous efforcez de pénétrer ses mystères, votre esprit s’agite en mille sens, se ronge, se dévore et de là résulte un malaise invincible, inexprimable. »

Fréd. Ozanau. Lettre à Hipp. Fortoul (15 janvier 1831).

Au commencement du xix° siècle, le sentiment d’une crise profonde et générale est unanime en France. Cette crise, les philosophes, les moralistes, les économistes,

(x) (Voir sur ce point : Introduction de Halévy, aux opinions littéraires, philosophiques et industrielles).

Je signale que quand je dis : l'esprit de 1830, je ne prends pas cette expression stricto sensu ; j'entends par là l’esprit de la période qui s’étend depuis le Consulat jusqu'aux journées de juillet et aux émeutes lyonnaises de 1831 et de 1834 ; période qui comme on l’a déjà fait remarquer peut être considérée comme une seule tranche d’histoire au point de vue social.

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