‹ De J.J. RousseauChapitre 30 sur 36 · CM · texte numérisé non relu

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ration qui puisse flatter Taniour- propre cle celui qui a mérité d'être admiré. Rousseau eut la naïveté de se croire inférieur à Boff'on , de s'agenouiller humblement rair le seuil dé son cabinet d'études , et Bif.ffoji se crut bonnement supérieur à Fauteur (ï Emile et du Contrat Social ^ positivement parce ([u'il ne lut pas reconnoître ni sentir son maître (i);

Deux pouvoirs som nécessaires à rcxîsr^nce et aux fonctions du corps politique : celui de vouloir etcel yi d'agir; par le premier , la société établit les règles- qui doivent le conduire au but qu'elle se propose , et qui est incontestablement le bien de tous. — Par le second , ces régies s*«xécutent , et la force publique sert à faire triompher la société des obstacles que cette exécution poiirroit rencontrer dans l'opposition des volontés individuelles.

Chez une grande nation , ces deux pouvoirs ne peu-, vent être exercés par elle-même. — De-là la nécessité lies représentans du peuple ^.pour Texercxe de la faculté de vouloir, ou du pouvoir lêpilitif ; de-là^ encore, la •éceîsitê d'une autre espèce de représentans, pour l'excrdce de Izfcculti d'agir , ou h pouvoir exécutifs

(i) Le prosaseur Buffon étoit un poète , et le prosateur Rousseau n'esf il ^'\%pocu au^sidans VHélohe^ etailieurSy et un peu pjus pocte que l'académicien St- Lambert, qu , a (ait un poëme froid sur les saisons , un peu plus poëte Cicore qïMlBÉÉ ^ ^^^^^' qui a Iz facture du vers dîtksi

ce qui d^aîlleurs est arrivé à d'autres écrivain* qui ne sont point des Buffons (i).

he nota Genevois , qu'il fit connoître et

qu'un gauffrier moule des gauffresiLz marner e de ce dernier est uniforme , sans verve , sans abandon ni sensi* bilité; il y a quelques surprises dans son style , et il res^ semble assez bien à ces symphonistes qui se plaisent dans les difficulté, , mais ce n'est point là de la musique^ Mais qm a enrendu les beaux morceaux de Roblt aua Vidée d'un poëte; la force , h précision vigoureuse, VéUn y l'originalité , la pensée haute , rien ne lui manque. Il a créé une langue. '

(i) Un hommage rare rendu au génie, c'est d'avolf vu» dans la dernière guerre, des caisses prises par des cor« saires^anglois, à ï adresse deBuffhn^ lui être Renvoyées d^une manière intacte , tandis que les Anglois refusoient de rendre celles du roi d'Espagne. Rousseau ne s'ac-^ corda bien avec Buffon que sur un poim, sur leur incrédulité eu fait de médecine, qui, comme le disoit Abau:(u^ met des drogues qu'elle ne çonnpit pgs dans un corps qu'elle connoit encore moins.

A pFopos de M. de Buffon , il est toujours plaisant de se rappeller que le libraire Pankouke a imprimé dans son Mercure ces propres termes : Qiie Af. de Buffon tra»^ vailloit pour lui ; les libraires d'Amsterdam qui travail lerent pour Jean-Jacques furent toujours respectueux à son égard. C'étoît du moins une compensation pour 1^ yçu d'argent qu'ils lui ont offert

( Hi )

qu'il honora , servît de premier passe-port ' à d'autres hommes qui pour un peu de bien commencé nous firent ensuite les plus grandà maux ; soit qu'un étranger ne puisse pas épouser amoureusement une patrie qui n'est pas la sienne , soit que le citoyen d'une petite république devienne jaloux à son iijîsçu d'une grande république , et qu'il ii« conçoive pas cette neuve vérité ( un peu abstruse il est vrai ) que le ferment de la lîr berté dévore, mine, fatigue les petits états > et qu'il ne fait au contraire que donner au)c grands l'activité , le développement qui leur convient ; ainsi , le feu physique iie vit que de l'aliment qui lui est offert ( i ) ^ il ne faut

(i) On n'est point un grand homme quand on n'est ni à la hauteur de son siècle,, ni à la mesure de Topinion publique ; lorsqu'une grande nation éclairée attire avec une forte attraction toutes les lumières de la philosophie, flatter des intérêts privés aux d^j^ns des intérêts éternels , c'est nuire à la marche d^Rsprit humain , et la p'us grande erreur en politique seroit de vouloir concilier deux choses contradictoires ; or , les prétendus hdlancvntns des idées sont trds-dr.ngereux dans les gran* d s crises des états , ce sont alors des forces active^ opposées à elles mêmes; comme il s'agît de renoncer à. V esclavage et au malheur > il s'est plus permis de riea

jamais aimer à demi une nation ; ell^ exigo ce même enthousiasme qu'elle prodigue ; il faut être entièrement pour elle ou contre elle. Comme un peuple ne sait point modérer ses transports , il fautdès Tors limiter , régaler , ou ne pas léser vîr.

On a combattu et Ton a défendu la mêla-

accorder à Tantlque ouvrage de Tignoraiice et des préja* gés ; il faut qu'il soit renversé de fond en conible » car si la régénération n'est pas complette » elle deviesi nulle ou même funeste.

Il est donc bien téméraire , celui qui veut jouer le rôle de tonçiliateur au milieu de si grands chocs. Il faii* droit pour cela qu*il fût bien descendu en lui-même et ^\iï\ se fut placé à une sorte de distance , à une époque fixe dans U postérité pourjappercevoir de-làjusqu^à quel point il est licite d'interrompre par des craintes chimériques Iç magnifique concert dçs volontés nationales*

Qu'un périodiste examine le pour et le contre , flotte entre deuy pnrtis , se déclare impanial en changeant chaque semaine d'erreurs et de partialité , il a besoin de beaucoup éc(ire p^Pi trouver ce qu'il cherclie« Mais un homme d'état ( ^est digne dç ce nom ) doit res* sembler an chirurgien habile qui , du premier coup* d'œil , décide l'amputation ou la conservation du membre ; la loi ressemble i la scie ; il est inutile de disserter quand Topératiça çsi aécessairt ou bien quand elle est «atti

( M9 ) physique de J. J. Rousseau ( i ) sur l'origine

(i)«On lui a reproché d'avoir mis la sagesse humaine • et la ^rtu publique à une hauteur si grande que chacQii désespéroit d'y atteindre; il y a du vrai dans cette observation I mais Dieu nous garde de la creuser^ car nous sommes nés pour ramper dans les milieux. Tout principe politique, dit-on , est erroné lorsqu'il ne s'accorde pas avec le principe philosophique* Cela peut être vrai. Qui osera encore creuser ceci , non pour l'inmenr. site des siècles . mais pour telle époque l

Nous avons à Paris des vertus publiques^ nous en avons même de particuliires ; nous avons des moeurs humaines^ douces^ et plus que n'en avoîcnt nos percs ; moins farouches qu^eux, nous ne sommes ni janséniste ni molinistes^ nous valons mieux, à tout prendre, que ceux qui nous ont précédés ; laissons donc trotter les plumes de part et d'autre; il tst tréssûr que les Français de 17S9 l'em* portent sur tous k^ François qui ont existe depuis Charles V.

.Or, comme j'auroîs à faire un gros volume d'après cette petite notfi^ i'aime mieux donner la note qux; le j^-os. volume.

Nous zyon^' Y équi lire de dtux pouvoirs ;\s% antagonistes de la révchuion , fameurs iir.prjdens^de toutes les vieilles erreurs , voudront nous épouvanter encore en 4I0US faisant appevcevoir les copsiqnences; des gouver^» nemcns populaires ; $olt; mais Israël^ Athènes , Sparte ^ Carthage , les A chiens , Us Eto liens , les Lycieus , Rvme % Venise ^ les SuLtses et la fiolLindt ^ tous gouvernem<fQ&

( 25a ) de riiomme et de la société ; maïs cette dispute de mots devient à peu près inutile lersqu'il s'agit positivement de Thomme et de ses droits ; il faut écarter le langage des illuminés ç\aï, dans la recherche delà vérité^ voulant embrasser toutes les vérités , manquent celles qui sont usuelles , les seules conséquemment profitables à Thoramc ;• celui-là est insensé qui veut pénétrer ce que rétemel a placé hors de sa durée et du domaine de son existence ; tous nos orgueilleux systèmes sur le vide et sur le plein , sur les

populaires , font voir que la natare et les modificadons des diverses sortes de gouvernemens répandus dans le inonde ancien et moderne ne nuisent point à leur félicité ; nous avons modifié le nôtre d*après les lumières nationales » en écartant les illusions nuisibles ou chimériques de tous les législateurs qui, au lieu de travailler sur des bases existantes et positives, ont voulu raffiner la législation dont les principes les plus simples sont ea même temps les plus lumineux et les plus forts. La nation françoise a enfin l'espoir d'être gouvernée avec îusiice et avec douceur, et de jouir sous une véritable constitution démocratique et royale de la plus entière liberté. U^cquilibre de deux pouvoirs a suffi pour tracer ce grand modèle si vivement attaqué , mais si victorieusement défendu par le succès.

( a5x ) premiers Siemens àes choses ^ ne valent pas en utilité Thumble culture d'un légume ; c'est le luxe de l'esprit humain qui tue une partie de son bonheur et de sa force réelle ; l'orgueil nous trompe dans la hauteur inconsidérée des sciences. Oh ! combien il y a de génie dans une adoration silencieuse du créateur et dans la conviction intime de notre impuissance à concevoir les premières causes !

Hélas ! sans doute que BufFon rit aujourd'hui de ses systèmes moléculaires et em-brionniques ; il regarde en pitié tout ce beau style qui ne joue que sur la surface de la nature ; les écrivains éloquens , mais qui s'en imposent à eux-mêmes ; qui , pour avoir plutôt fait , travaillent sur une idée unique que 1q hasard ou l'orgueil leiir ont présentée „ sont les vrais perturbateurs de la raison humaine ; ils-épousent , les premiers , des chî-^ mères brillantes qu'ils caressent ensuite pour les faire adorer aux autres , et en voulant s'élever au-dessus du vulgaire des hommes j^ ils retombent fort au - dessous ; car les systèmes de ces fabrlcateurs die mondes iniagi* naires aboutissent plus ou pioins au moasr trueux matérialisme^

Rousseau , loin de ces dangereuses idées / a toujours respecté riiomme^ lui a toujours dit de se respecter lui-même , de songer qu'il portoit dans son sein une ame immortelle ; il lui a montré clans rinunenslté de ses désirs ce principe divin qui Tappelloit à la plus haute perfection dans la série éternelle d& •a durée ; il a sans cesse justifié la providence et la nature en mettan t sous nos yeux toutes les prévoyances de celle-ci , ses sollicitudes , ses libéralités. Il lui a recommandé par-tout de ne pas s'écarter de la nature ; c'est-à-dire , de simplifier ses goûts et ses jouissances , de regarder certains arts comme ses ennemis les plus cruels ; enfin , il a prié l'homme de secpnder les bonnes et risibles intentions de la nature ^ en ne déclinant pas les droites directions de ses vues , en ne transgressant point ses saintes lolx , en n'afFoiblissant point par la tyrannie des ^?i.%%\ox\.^ factices la mesure des bons pcnchans natifs , parce que les passions tumultueuse» environnent de leurs ténèbres les Umiieres primitives. Rousseau ne veu t pas que l'homme accuse la nature d'ingratitude ; riiomiae ayant reçu tout à la fois d'elle l'intelligence pour faire des loix et des bra&pour exterminer ses tyrans,, elle

lui dit : Je t'ai donné des brds , ramasse des cailloux (i). Ainsi la nature n'a point fait d'esclaves ; elle punit les despotes et les jend tous malheureux; la dégradation et l'infortune de l'espèce humaine vont frapper ses oppresseurs ; Rousseau a donc senti Tordre éternel de la justice ; et sous le régne de Louis XV , jamais il n'accorda un mot d'éloge à ce monarque ( dont le nom servit à couvrir tant d'in^^^uités et un large pacte de famine ) ; il parla sans foibleSse ; il iixa le temps du réveil de la nation françoise ; il applaudit d'avance à sa juste insurrection^ et il prédit le malheur et la honte à tous les ennemis de la liberté ( 2 ) ; par-tout , enfin , il déploya cette sensibilité qui est le premier don des cieux et le plus noble ornement de la nature humaine.

Il n'est ^ encore jamais arrivé qu'aucun personnage public , qu aucun magistrat ait, même médiocrement , écrit sur la politique ;

(i) Vers d'une fable de Ltmenier , traducteur de Pcrsei de Tirenee , et curé en Normandie,

(2) Le penser des amcs fortes leur donne un îdiôme particulier 9 et les amcs communes n'ont pas la gram* «laire de cette langue. (7« /. Rousseau,)

tons ceux qpi ont excellé en ce genre ont été des hommes privés , tels que Platon , Aristote ^ Tite- Live ^ Machiavel^ Rous' seau.

Arîstote , en traitant de la monarchie , appelle barbare celle où les communes n'ont aucune part aux loix , et héroïque celle où les communes ont part aux loix. Quand ce philosophe parle de la démocratie , il affirme que la véritable liberté civile n'est compatible qu'avec cette dernière. Et sous quel prince Aristote a-t-il parlé ainsi ? sous^lexandre , le plus orgueilleux des rois. Un des écrivains les plus passionnés pour la république , Tite-Live, écrivit sous Auguste ; Machiavel , qui n'eut jamais son égal dans l'art de dévoiler les sombres ruses de la tyrannie^ écrivit à Florence sous les Médicis; l'auteur du Contrat Social publia cet ou- . vrage fondamental lorsque Choiseuil , Saint* Florentin, Louis XV, etc. ne marchandoîent lalibertéd'aucnnindividu; le Contrat Social étoit au jour, et le chancelier Maupeou ^ en 1771 , osoît frapper toute la magistrature , parce qu'elle avoitmurmuréquelquessyllabes de liberté ; ainsi une main divine semble avoir protégé tous ceux qui ont défendu la

démocratie contre le pouvoir arbitraire ; on ne peut même concevoir rinviolabîUté de J. J. qu'en supposant que le monarque, ses ministres et leurs comîmis ne surent point le lire ; si cruels envers tant d'autres , leur tolérance ne fut chez eux que le produit de l'ignorance et de la sottise. Ils n'àvoient pas su comprendre le discours sur Vinégalité de conditions ( i ) , et le Contrat Social fut pour leur intelligence le livre fermé.

(i) Pourquoi l'imaginadon n'éprouve-t-elîe pas une satisfaction aussi complette en conremplant un peuple civilisé, rharmonie des villes. Tordre et Tarrangement des familles , qu'en se précipitant sur un sol sauvage, sur une terre qui n'a jamais été soumise à la culture, sur des forêts épaisses d'arbres serrés et entrelacés que le fer n^a point encore entamés ? Cette disposition irréguliere, cette indépendance bisarre , cette confusion inextricable de tous ces végétaux dont les branches touffues se répandent , se croisent et se mêlent dans tous les sens , tout cela plaît mieux à la contemplation qu'une perspective de régularité , tant le génie de l'homme aime à appercevoir par-tout le cachet de la liberté. Il en est de même lorsqu'on peint l'homme sauvage nud , sans loix civiles, indépendant, se reposant sur ses forces; il a plus l'air, dans cette attitude , du roi de la nature , que le citadin environné de tous les arts , et livré à toutes les jouissances du luxe et de la mollesse. Point d'existence

( H56 ) Le bel esprit a des esclares , le génie a des sujets. Ceux qui adniirexit Rousseau ont

cependant plus didScuIuieuse, plus bornée et plus précaire que celle du sauvage ; mats les idées et les images de contrainte et d*esclavage ne régnent point autour de lui ; yoilà pourquoi nous l*aimons davantage ; c*est que nous portons au-dedans de nous - mêmes un appént caché et incalculable pour tout ce qui fait jouer nos facultés dans un espace libre.

(Test par la même raison qu'au moral , en peinture» en . politique , dans les sciences et dans les arts , nous chérissons tout ce qui porte un caraaere de fierté ou d'indépendance ; c'est que toute l'excellence des loix et de la civilisation ne paroît pas encore acquitter ou compenser le sacrifice de nos passions et de nos forces personnelles.

Ainsi, tout ce qui nous reportera aux premiers )ours da monde et avant rétablissement des sociétés , loin des trftnes et des accidens inséparables de Tordre politique» aura pour nous des charmes indéfinissables, et no^is préférerons même Tirnage du tumuhe et de !a confîisioA à toutes les opérations de la sagesse et de la géométrie.

Ne cherchons donc point ailleurs le plaisir que gous fait éprouver le discours sur l'inégalité des conditions ; le style de Rousseau semble entraîner la libre circulation de nos idées , rouler l'indépendance et commander la destruction des trônes , celle môme des loix que nous admirons le plus or , c'est un fou » c'est ua scélérat^

pour

pour lui un sentiment de yënération que n'a jamais pu inspirer Voltaird. Il n'est point de beauté dans le génie qui ne soit accompagnée de candeur dans le caractère ; ïlousseau n'a jamais su dissimuler ; le génie est comme la pudeur ^ il est impossible de le jouer ; dès que Rousseau touche une matière ^ il y laisse son empreinte ; Rousseau sait s'arrêter ; la justesse de l'esprit est une qualité bien rare ; Rousseau n'aimoit point la science qui aime à se montrer ; il est tant de choses , disoit-il , qu'il est dangereux d'ap-

«insi qu*#n Ta souvent appelle , si notre imaginatioa ne nous transportoit pas souvent à notre insçu, et même * involontairement , ne nous transportoit pas^ dis-je, avec volupté loin de l'harmonie des villes sur un sol sauvage ^ sur une terre qui n^ a jamais été soumise à la culture ^ sur des forets épaisses d^ arbres serrés et entrelacés que le fer tCa point encore entamés^ et qui n'a point senti que le plus bel ordre des sociétés entièrement détruit, Tliomme existoit encore sans maître et sans esclave; cette grande et majestueuse égalité semble consoler Thoinsie de toutes les privations ; le sauvage peut mourir de faim , mais il n*est jamais commandé ; il n'est jamais pauvre ; il a autant qu'un autre..... Quand on est homme policé , il est toujours dangereux, ou du moins attristant de trop s'enfoacer dans le discours sur CinégaUté des conditions.

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