‹ De J.J. RousseauChapitre 29 sur 36 · Tome IL P · texte numérisé non relu

Tome IL P

étoit persuadé que tout peuple quî pense à Tainour de la liberté s'éveille tôt ou tard l Oui ( dîsoit'il souvent ) j quoique le Fran^ çois paroisse assend j il se réveillera de son. assoupissement. Il no donnoit que vingt années à ce réveil ; aujourd'hui ce peuple marchant à la plus grande gloire , aimeroit mieux être effacé de dessus la terre que de repasser sous Taricien et abominable régime* O Rousseau , tu étois fait pour contempler

c^est de cette fédération que dépendent les destinées de la France ; elle porte aujourd'hui sur cette milice ci* tojenne qui n'admet plus d'autres soldats que le soldat armé pour la constitution ; et quelle puissance pourroit ébranler ce grand empire, quand toutes les parties conf2« dérées forment une réaction combinée contre les ennemis de la révolution et contre tous les abus d*autoritè ? Cette milice» citoyenne devient la sauve-garde des propriétés particulières , assure à jamais, sous la dépendance des mi>nicipalités , la tranquillité publique, et empêche qu'on ne bouleverse l'état par des troubles populaires, pendant qu'on le rcgénere par les plus sages décrets; la France doit donc aux braves gardes nationales , à ce corps civico-militaire , le double bienfait d'avoir assuré sa constitution et d'avoir éloigné les désastres qui auroient pu interrompre le travail du corps législatifs amener une anarchie turbulente et rendre affreuse Taur rore du jour de la liberté.

les François dans leur noble et fîerô attitude I Presque tous nos académiciens pleurent ott Xeurs pensions ou leurs jeUons , ou le suisse à hallebarde ; ce sont des esclaves qui redemanderoient au\ciel des empereurs Romains ( 1 ) et des Louis XIV , pourru qu'ils

(i) On menace encore les François 4*iine cealitioa ififcmale ; toutes les tétts couronnées ^ dit-on , jalouses de DOS libertés cftjqonquises , vont s'unir pour redresser la bastille et les bastilles j et anéantir du mime coup la Déclaration des droits de rhomm^ ; mais ks soldats im ces têtes couronnées ne sont-iU pas des hommes non* couronnés , et n'ont-ils pas intérêt à la propagation d*un# doctrine humaine , et plus utile à eux-mêmes que les coups de butoaet la maigre soupe que leur distribuent leurs officiers d'après le code avare et dur des couronnés t D'ailleurs une meilleure destinée lés attend parmi nous ; nous leur montrerons Tétendard de la libeaé , un code mtiinire nouveau , et voilà de quoi amener tous les soldats européens dans nos embrassemens ; le joug poli* tique pesé par- tout plus ou moins; les Allemands , les Espagnols , les Plèmontois , les Italiens, les Prussiens , etc. ayant à détruire des tyrannies et à rétablir des droits usurpés , seront tôt ou tard pour la révolution du généreux François ; notre bravoure et nos lumières sont faites pour exercer sur leurs esprits une double conquête.

Quant à la guerre de plume , si le déprédateur et lâche Caknncy le déclamateur Burke , le lourd dragoman Hut^i-

( aaS )

en fussent pensionnes ; et ces hommeà -Jà déshonoreroient la littérature ^ sî la gloire

birg ont écrit contre notre révolution, elle a eu pour défenseurs parmi lès étrangers des noms qui valent bien ceux-là , tels que Pnce , ÎFîlliams^ PricstUy^ Home* Tooke y ShériJan. Ces écrivains distingués sont faits pour convaincre de leur inepde les amateurs de deux chambres^ pour convertir radicalement les Anglicans , pour pro* duire un 14 juillet en Angleterre , pour faire flotter Poriflamme des François sur la tour de Londres, parce que c*est de cette tour qu*il doit fiiire le tour du monde. Alors tome la nomenclature du jargon diplomatique périi^ comme ces caractères niystèrieinc que les charlatans offrent aux esprits crédules «j sans jamais oser en donner la. moindre explication aux hommes sensés» ' Malgré tous les cabinets européens, la révolution fran« çoise est une affaire consommée , ainsi que nous l'avons jugé dés les premiers jours ('^ ) ; c'est en voyant le généreux enthousiasme qoi venoit de saisir la nation et ce noble élan pour la liberté que nous avons dit qu'elle seroit invincible , que toute TEurope conjurée pourroit bien parvenir à inonder ce beau royaume de sang et de carnage, mais qu'elle ne réussiroit pas à l'assujettir.

Notre guerre de plume touche elle-même à sa fin , et déjà l'armée des écrivains anti-patriotiques est chassée par le mépris et battue par la raison.

Enfin , la banqueroute , qui étoit en effet commencée

( • ) Voyez nos Annales patriotiques et littéraires 17S9» chef Buisson V libraire.

des lettres n'ëtoit pas placée aujourd'hui hors du seuil de leur cotterie (i )•

Le gouvernement de Louis XIII , de Louis XIV et de son successeur concentrant vers sa fin la mauvaise foi , la trahison , la cruauté , gros de ses monstrueuses iniquités , devoit crever subitement et laisser au peuple cette force immense qui reprend ses droit* (2)^,

par Tarrët du conseil du 16 août 1788 , est bien éloignée de nos craintes ; nous touchons au momsnt prospère oii tous les ressorts de notre machine politique vont être entièrement en jeu^ et où leur action libre et tranquille fera le complément d'une révolution dont le succès ne seroit peut-être pas aussi glorieux pour nous , si elle n'eut pas été aussi cruellement attaquée et calomniée ; mais Tassurance de notre liberté est devenue , pour tous les fermes patriotes , une vérité mathématique.

(i) La nation porté aujourd'hui son activité sur des -ébjets enfin dignes d'elle : les guillocheurs , les versifica* uurs n*amusentpas plus que les dansturs de corde.

(2) Si r^n veut examiner ce que furent nos rois dans les âges divers de la monarchie , l'on verra que c'est parce qu'ils ont voulu cumuler tous les pouvoirs qu'ils n'ont joui réellement d'aucan dans toute sa plénitude ; ici l'ascendant du clergé, là le joug des maires du palais, tantôt une noblesse impérieuse les ont rendus , pendant des siècles , le jouet des grands corps de l'état ; c'étoit à

recompose radministration avec tout le courage quje donne Tindignation ; elle ne pou-

qui s*empareroic du sceptre; la séduction, la flatteiie, la fiscalité, la politique du cabinet , tous pompoient par différens canaux rautôricé royale , la décosiposoîent, rhumllioient au-dehors , la rendoient odieuse au dedans, et depuis long-temps le sceptre n*étoit pins dans les mains du monarque > en exagérant les droits de la mO" narchie, on Tavoit dénaturée et dégradée; soumise dès« lors à des contradictions infinies , éloignant le concours des lumières et le choc public et libre des opinions » xn'dle effets désastreux d^s loix naquirent parce qu^elles étoient émanées de prrnces législateurs , et ce sera 11 éternellement leur sort de faire xles loix vicieuses ou incomplettes; ainsi leur usurpation du pouvoir législatif il a fait que les égarer , soulever contre eux Topinion publique , engendrer ces combats scandaleux entre rameur-propre du mauvais législateur qui commande sa loi avec empire , et la réaction nationale qui la re-^ pousse avec énergie ou la morcelle, ce qui, dans les différentes provinces du royaume , a fait souvent d'une seule loi vingt loix diffcrcnies. De-là la corruption des loix civiles et politiques , et ce n'est que depuis une année que les écuries d'Augias se dégorgent ; les écuries de ce prince sont rembîcme fidèle des cabinets des sou-^ verains^et notamment de nos rois ; c^est dans cet esprit que fai composé, il y a liuit à dix années, l'ouvrage imitulê : Porir&its des Rvii as fiuncc , 4 vol. J'y renvoie le kcteuc»

volt être qu'universelle cette r(?volutîon fameuse , parce qu'il n'y avoit pas un point de l'empire qui ne fût intéressé à la destruc-^ tion du vieux régime, et ce qui doit encorç plus étçnner que la réaction instantanée , c'est qu'il ait pu subsister si long-temps (i).

Êé^l'^Êa0m mmmmm'mmmmim

(i) Sous l'ancien régime qu'étoît l'antonté royale? Pinstnimcm de rarobitîon personnelle de quelques indrvidus , de leurs vues particulières , de leurs caprices ^ le iouet de leurs subalternes , et quelquefois même , ô honte! de leurs derniers sous-ordres; il y avoit entrer ie trône et Tariktocratie un mariage monstrueux et contentieux : cellcj-ci prétcndoit recueillir seutd tous les avantages de Punion politique , l'aristocratie ne prcchoît \z profonde soumission au roi que pour qu*il fût soumis à son tour à tous les ordres déprédateurs qu'on lui dictoit ; Pesprit aristocratique vérsoit le dédain et le mépris sur le peuple , et comptoic siir le faruiisinc des soldats powr le pîoyer à la servitude ; le c/cfrg-e , les pnrUmens divisés dlntérèts , se réunissoient pour appuyer un système antisocial ; système d^oppression légale vraiment inconce^ vable , et qui coniiisLolt à recruter dans ie peuple même Ta classe de ses oppresseurs en- séparant le soldat du citoyen , en opposant le nobU ^vtroturler, err créant toutes ces dlsilacîrons dont Tiiûluence parah/seit la naiîpn enr tiere : le peiipl'e rencontroir dès m^'itres impérieux et absolus et dans Iqs ministres et leurs subalternes , et dalla les gcui de K^be ctlciurs ofii*;itrSy et dans- les- g^ei^

Tous les raisonnemens abstraits ne valent point un fait positif ; le jeu des grandes sociétés est un véritable méchanisme ; le système politique n'est visiblement composé que de petites forces motrices , de rouages et de poulies ; car ce sont des individus matériels qui agissent perpétuellement les uns sur les autres ; et le corps politique n'existe plus et ne sauroit exister sans l'aggrégation intime de ses parties (i). Tout est engraine-

d'église et leurs suppôts ; les intendans et Us finanrîers les travailloient ensuite selon l'expression reçue : voilà tous les maux qu'enfanta cette puissance monstrueuse ^ dont le siège étoit dans les cavernes dorées de Versailles > et qui voudroit se régénérer malgré le coup vengeur et légitime qui lui a été enfin porté.

Caverne de Cacus , étable d*Augias , mangeoire des coursiers de Diomede y toutes ^^s images des anciens viennent en foule pour peindre ce gouffre dévorateur; mais vous , vous qui faites tant les étonnés , mangeurs décorés , mangeurs déchus, en vous plaignant des nouvelles métamorphoses, lisez, lisez donc les métamorphoses d'Ovide » et consolez- vous*

(i) Ce ne sont ni les murs ni les hommes qui font la

patrie; ce sont les loix, les mœurs, les coutumes, le

gouvernement, la constitution, la manière d'être qui

résulte de tout cela : ainsi la patrie est dans les relations

de rétat avec ses membres i quand ces relations changent

ou s'anéantissent la patrie s'évanouit.

ÇLetins de Roiustatu)

(233) ment , poids et mesures ; et faut - il s'en étonner quand toute cette force n'est qu'un long enchaînement de bras liés les uns aux autres ? Les rassembler , les joindre ou en rompre la chaîne quand il le faut , voilà tou te la science. Comme on s'égareroit en voulant trop s'écarter des loix absolues de l'univers matériel ! Un empire tombe comme une voûte s'écioule ; la cause physique est la même.

C'est dans la nature de l'homme que réside la premiers base du gouvernement. Or , l'homme tend à s'unir et puis à se défendre contre son ennemi , double rapport qu'il ne faut point perdre de vue dans Les dernières ramifications du corps politiqu3 ; mais il ji'existe pas et il ne sauroit exister sans Vunion , c'est le principe invariable que rien ne remplace , que tout nécessite, et sans lequel les plus belles loia: ne dé viennent que des sons.

Notre constitution vient de donner à l'empire françois un ensemble ( i ) qui par une

(i) Ce sont les écrivains qui les premiers ont frappé de la coignée l'hydre aux mille et une têtes du despotisme françois divisé en ministériel , parlementaire t

gradation géométrique et suivante forme un tout admirable ; ces 83 départemens empôclieront la France de se diviser et de se partager ^ parce (ju'il y a de tous côtés une réaction utile et permanente ; la France se balance aujonrd'iiui par des pouvoirs voisins et amis ; portions égales , douées de forces égales , ce qui maintiendra Téquilibre et riiariuonîe; c'est une distribution tiès-ingé-:

théocratique, satmplque; la belle surface de trente mille lieues , une des plus florissantes parties du giobe , la France , que le ciel se plait à cariîsser de ses plus purs rayons , étoic dégradée et divon^e par un petic nombre d'êtres malfaisans qui, sous les noms de nobles, de privilégiés, de prèires, empêchoieut constamment le triomphe de la civilisation» desséchoient les mamelles de la patrie , et vcrsoicut le malheur et Tindigence sur cette vaste et superbe région: ses habuans, les y eux épuisés de lat mes 5 les bras chargés de ^r , le bâillon à la bouche, avuienc perdu les droits de Thomme et n^osoient plus ni penser ni parler , le peupîe dévoré ctoit encore un peuple avili; lôs écrivains lui ont dît: ne crois plus^ que Taurorlté, émanation de la souveraineté nationale, s«it un blci> de Emilie qu'on tleni de Dieu- et de Tépée, tt qu'on se transuict pairlcionialeineut ; Levé toi , arme-^ toi; jamais icaurrcciion publique ne vint plus à propos et jiujaii il n y eut plus d'ciîcrg^io , parce que jamais pcg:A:ration ne tut plus cvidcmmcut nécessaire*.

( ii35 ) nieuse «t le frein le plus puissant qu*on pût opposer au desjiotisme ; c'est bien parmi nous çue toute opposition au mal est cons^ titutionnelle ( i ). La voix d'un départemen|;

(i) Voici rheureu:t modèle d^une sage fédération qnc Ton trouve dans une adresse de la société des amis dé la consdtution de 1^ ville de Nantes à l*assesiblée natior nale, le lo mars.

Ci Nous nous sommes demandés quel seroit le pani le plus propre à éloigner du sanctuaire des législateurs et du trône ces troubles qui les menacent^ et nous ayons pensé que la loi devoit faire ce que feroit une mère qui » livrée; aux emponemens d'un âis parricide » appellerdîr

auprès d'elle , pour la secourir y ses autres enfans accou* tuniés à la chéiir et à la respecter. Plusieurs millions d'hommes épars dans les départemens , inquiets sur votre sort» sur les jours du roi, sur les destinées du peuple , brûlent du désir de marquer leur amour pour la loi y d'aller au champ d'honneur faire éclater un zélé resserré dans un cercle trop étroit , d'aller partager le service des parisiens qui , s'étant sacrifiés poiir le salut des départemens , méritent bien que les départemens leur sacrifient à leur tour leurs soins et leurs veilles.

\Jn champ civique , composé de |00 g ardes nationales fournies par chaque déparrement, et librement choisis par leurs frère» d'armes , établi assez prés de Parts pour y porter des secours dans quelques heures et pour yr faire le service , et assez éloigné pour qu'il ne pût jamais

fiera entendue de tous les autres ; une seule voix nous enseignera ( si nous avions le malheur de nous en écarter ) ce que c'est que V union , quelle est sa force, et que toutes les vertus politiques tiennent à cette puissance régénératrice , la source d'où découle

être accusé dMnâuer sur vos délibérations; une telle armée » composée de 40,000 citoyens , assureroit la tranquillité de Paris » du corps législatif, du trône, pré* viendroit Tenlevement du roi , inspireroit une terreur salutaire à nos princes fugitifs et les tiendroit en échec, et feroit enfin refluer dans les départemens cette multi* tùde dVx-privilégiés qui infectent Paris , et qui , divisés dans nos villes , ne seront plus à craindre et seront aisé« ment contenus par les armes de nos enfans et de 00s vétérans* Dans ce camp , donc la dépense ne se montereit pas à deux millions par mois , on passeroit les )our$ à feire des évolutions et des exercices militaires, et on se délasse roit le soir dans l'étuJe des loîx, dans

^explication des décrets , et Ton entendroît ces noms s^ doux de patrie et de liberté avec d'autant plus d'intérêt que Ton verroit autour de soi les députés de toute la patrie, sous des drapeaux consacrés à la liberté. Ce ne seroit pas là une de ces fédérations dont le bonheur n'a duré qu'un jour , mais une fédération permanente , qm cimenteroit pour jamais V union de toutes les sections de l'empire , et en formeroit un tout indivisible , d'autant plus puissant qu'il auroit acquis^ en se réunissant U leonscteace de sa force, n

tout bien public et particulier ; enfin les histoires Grecques et Romaines nous ont appris à penser et à agir en hommes et en citoyens ; la vertu des peuples anciens nous a commande les nôtres. Union ! que ce mot a de profondeur pour qui le médite ! C'est en politique le synonymie de création ; comme Newton a déduit tous les phéno^ menés de la nature du mot attraetion , de même nous , nous pouvons faire sortir toutes les libertés du mot union ; voici les jours de notre grandeur, voici les jpui:s où lis^ nation Françoise veut figurer à son tour parmi les peuples qui ont raisonné et perfection]^ leur politique ; le premier pas vers ce graiid but est M union , c'est-à-dire , Padbption sineere des mêmes principes ; c*est cette union qui établira d'une manière inébranlable 1^ proportion, l'enchaînement et la liaison de, lïos forces politiques ; les constitutions., peuvent différer j^ sans doute ^ mais Yuniow en est chez toutes le premier fondement ; • car si tout n'est pas un en France > tout est à refaire (i).

(i) François ! songez fue la division qui règne encorr parmi nous est l'ouvrage ténébreux des aristQcrûtts f

Jadis les François divisés par les ordres ^ opposés entr'eux par des privilèges et des prérogatives , trompés par des passions particulières , n'avoient pas encore compris toute Ja signification sublime du m.ot union , le premier de tous dans la Tangue politique ;

ils regrettent la tyrannie féodale et ce joug de fiscalité qu^ils appesantlssoient de tant de manières sur ces laborieux créanciers de la terre» qui, depuis tant de siècles» cerécoltoient^plus pour eux , et que non contente de dé« pouiller , Varistocratie humiltoit encore par des qualifica* tions avilissantes. iVlais avec les titfes fastueux de /iiifrfuîsjAt comte ^ de monseigneur^ se sont évanouies les tristes dénominations de vassaux y dé vilains^ de paysans: «ujourd'hui l'homme des champs et celui des villes , le laboureur et le pdnee marchent égaux devant la loL Les Francs ne veulent plus d'autre puissance que celle de la nation » d*autre autorité que celle de la loi constitutionnelle 9 d*autre souveraineté que celle du peuple; mais pouf maintenir la constitution Françoise , qui a abattu le faste du pontife , Torgueil du despote , Tinsoleoce du âiTOÛ, qui nous a rendu Tégalité civile ec la liberté » o^otibliez jamais la fable des faisceaux ; dès qu'ils furent séparés le vieillard débile les brisa^ tandis qu ils avoient auparavant résisté à tous les efforts d^une jeunesse impétueuse» Voilà le symbole de noo-e ^tuation actuelle. François! songez quon peut acquérir h Uberti ^ mau qu*ua€ fois pêrdoi on n€ la Ttcouvr$

mak les circonstances heuretises que ta bonne proyidence ménage à chaque peuple leur ont enseigné ce qui enfante et conserre la liberté publique , ce qui donne à la patrie une physionomie respectable , V esprit dunion ; c'est la voix du ciel qui s'est fait entendre par l'organe rapide de Timprimerie^ et V union s. produit tout-à-coup les plus belles loix , les plus grands biens, parce que les François , cessant d'être aveuglés par des intérêts particuliers , par ce malheureux moi humain , lui ont permis d'habiter parmi eux r c'étoit Ja fatale désunion qui régnoit entre le clergé , la noblesse et le tiers-état de la France qui avoit occasionné nos maux , et sans V union nous n'aurions pas terrassé tant de tyrannies subalternes qui depuis tant de siècles râvageoient impunément notre superbe sol (i).

(i) Les plus beaux jours de la Grèce, sans contred'rf^ forent ceux où le jeune Aristide , cet ami de riîumanîté, fixa aiÛE différentes républiques ce que chacune d^elles de>t>it payer pour sa part des dépenses exigées pour îa déifènsé comittune. Athènes auroit été invincible, si Tesprît ^Aristide avoit toujours régné dans son sein. Maïs dés ^e Périclés , ébloui d'un vain é^clat, eût sacri^i

Lorsque nous ayions des princes , ils ont toujours tâché de se mettre à la place de

les deniers publics à rembellissementd^Âthenes, Tunioa disparut , la discorde prit sa place , et tous les vices s*einparerent de la ^lle ; on eut des palais de marbre et des hommes de boue.

Le sénat de Rome conserva dans sa majesté et sa grandeur Tesprit d*union « tstfidis qull eut le soin de semer la désunion parmi les peuples et les rois de h terre. Cest en les divisant c|ue Rome triomphe et assure ses conquêtes. Si les républiques ides Gaules avoienc été unies entr'elles , croit-on que César et la valeufr romaine fussent venus à bout de triompher aussi 9isér ment de Tintrépidité gauloise? Ne sont-ce ps^s ces mômes Gaulois qui, réunis sous ce même César ^ triomphent à leur tour, et de Rome et de l'univers enner ? Il faut des Gaulois avec les Romains. pour vaincre les Gaulois , et les Gaulois pour vaincre Rome» Quel bien Tunion ne fit^ elle pas aux villes aoséatiques i Ccst par elle qœ Ir simple commerçant réprime l'ambition fallacieuse de plusieurs monarques, et lès projets étourdis de leurs ministres.

O vous! qui êtes appelles -pour présider au destin ^es peuples l Vous, dont Topinion doitiâire le ^onheuf ou le malheur des nations » apprenez tout ce qu^ peut Tunion ! Voyez dans les Alpes tout Torgueil autrichien atterré aux pieds de quelques Montagnards réuois , et la liberté couronnant leurs généreux effotts. La réunioA de quelques malheureux pécheurs de harengs voit briser

rétat

< Mi )

i*^tat et de diriger yers eiix toute rattentioK

le joug que kur ayolt imposé rinquisition espagnole; et bientôt le possesseur des mines du Mexique et du Pérou esc réduit à faire banqueroute.

La désunion desi'olonois a seu^ occasionné le mal*' licur de ce superbe royaume » qui est devenu la proio de sc% ambitieux yoisins*

Enfin , la ligue Achéenne , les LucumônSes , la Gzvlà divisée , qui subit , en quelques instans , le joug éei Romains ; la Suisse libérée , les villes Ânséatiques , les Proiônces-unies de TAmérique , tout nous crie union ^ c*est-à<dire, l'accord général de toutes les volontés.

Les impressions (dit le célèbre Wâsingthon) que pro«; doit naturellement' Tidentité des sentimens politiquei| sont justement regardées comme des causes de sym* pathie nationale, et sont faites pour confirmer les liair sons amicales qui existent d*ailleurs entre les peuples; Cette réâexion , sans Pappuyer. d'aucune autre , doit disposer toutes les âmes qui veulent le bien à desiret que les vrais principes de la liberté et les maximes d'une politique fondée sur la raison et la vertu , dont l'effet certain doit être d'améliorer et d'assimiler par-tout ]|i condition des hommes , se répandent généralement pouf resserrer les liens de la fraternité de tout le genre humain» pour éteindre les jalousies et les animosités entre ces différentes subdivisions , et pour convaincre de plus en plus les hommes qu'une bienveillance mutuelle et uue universelle harmonie sont pour chacun d'eux un moyen de bonheur et de félicité.

'Tom^ II. Q

4n- peuple/ Lorsque les grands se Tendent aux rois , le peuple se vend aux grands. Gomment rendre compte de l'état T^arbare d''où nous sortons ? Comment peindre un ëaurage ? on ne le peut que par approximation ; ainsi quand Tacite a touIu peindre les mœurs allenAndes , il n'a pu le faire quç jpar une comparaison des mœurs romaines ; c'est quand le mot peuple est honorable, que la nation a une consistance.

Le défrichement d'im pays , dit Rousseau , change peu à peu le climat , et le climat change la législation. Les bonnes mœurs dépendent d'une honnête aisance , mais celle-ci est toujours repoussée par ce qu'on appelle loix proliibitives ; donc il n'appartient qu'aux lumières progressives de faire de ces loix où régnent la simplicité , la douceur et l'énergie.

On voyoit encore parmi nous (à la honte >de nos étonnans progrès dahs dlfïerens arts de luxe), on voyoit de ces loix grossières qui accompagnèrent les premiers pas vers la vie sociale ( x ) ^ et comme l'exprimoit si énergi-

(i) Au lieu de ces vaines' spéculations sur Tétat primitif de l'homme, sur la préém'nence de l'état de namre.

qUemetit Dîdetot : le gland des forêts se glisse toujours dans nos loiœ modernes et cra*^ que encore sous nos dents. Si la noblesse avoît perdu le goût d'aller se nicher sur les «ommets des plus hautes montagnes pour rançonner les passans , en fondant sur eux du sein de ces nobles repaires , elle avoit transporté depuis dans nos villes les idées gothiques des châteaux , et vouloît nous ravii^ tout droit d'une manière orgueilleuse ou polie , selon les circonstances ; elle prétendoit enfin exercer V aristocracisme ( i )•

Quand Rousseau publia ses premiers ouvrages , il remarqua que d*Alembert étoit le seul homme en France qui comprît la signification du mot citoyen ( 2 ).

ou de l'état de société ; aU lieu de rechercher les avantages d'une condition où Ton ne sera jamais, ne devenoit-il pas plus raisonnable d'appliquer toutes les lumières de son esprit à choisir la plus heureuse façon d'être dans une condition où Ton sera toujours ?

(i) Secte ancienne dont Thérésie politique consiste à' mettre dans la main des grands l'autorité suprême du pouvoir arbitraire,

(1) Des sujets sont des hommes assujettis aux volontés arbitraires des rois, ou à celles de leurs ministres ,

Qa

J'ayois oublié de dire que Rousseau visita Buffon \ il n'y a que l'homme digne d'adnd-

ou à celles de leurs valets-de-chambre , ou à celles de leurs maîtresses. Sous Louis XIII y on obéissoit à Richt* lieu et au père Joseph ^ capucin ; sons Louis XI V^ on obéissoit à Louvois et au père Le Tellier^ jésuite ; sous Zouis XV^ on obéissoit à Choiseul , à Mamptou , et i la Pompadûur^ etc.

Les François ne sont aDJourd'hui et n^ont jamais d&

être que des citoyens libres, sujets de la loi qu*ils ont

faîte, rr Le pouvoir exécutif est lui-même le sujet de

la loi et de la nation; et la nation ayant la souveraineté

absolue , les individus de cette nation ne peuvent être les

sujets de leur su]/t. C'est une véritable injure qife d'oser

désio;ner des hommes libres sous le nom avilissant de

sujets à un autre homme. Le roi doit dire : Us citoyens de

tel endroit , Us François dont je suis U chef^ Us habitons

de C empire.

St Priest , dans sa proclamation ministérielle , nous a appelles deux fois les sujets de Louis XVL Vil esclave, .s*écrie CamilU DesmouUns , retourne au fauxbourg de Péra où tu es né , où tu as sucé la servitude avec le lait , où tu as été élevé à regarder comme le comble des honneurs d*ètre admis à te prosterner trois fois devant un sultan imbécille.Tu es indigne d'avoir ce front de rhomme , ce front élevé vers le ciel. Vas marcher à quutre pattes à Constantinople ; mais apprends que les tVançois n'ont de maître que la loi , et qu'ils ne sont sujtts que de la loi«

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