‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 2 sur 92 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

entre la tragi-comédie et la tragédie dans la première moitié du xvii" siècle.

FiC numéro 8, enfin, en étudiant une source de Molière, le rapproche de ses devanciers et forme une sorte d'appendice à mon livre sur le grand comique.

A chaque article j'ai conservé sa date, qui, dans certains cas, peut lui servir de justification.

Dans rintéressant ouvrage qu'il a écrit sur la Comédie au xvii^ siècle, M. Fournel a consacré un rliapilre aux types de la vieille comédie. Les types de la vieille comédie, ce sont les personnages que nos auteurs antérieurs à Moli^e se transmettent religieusement de Tun à Tautre; qui ne sont pas

ins rapports avec la réalité, sans doute, mais qui -ont beaucoup plus conventionnels qu'observés ; miasques rigides plutôt que visages, caricatures plutôt que portraits. Je me propose de les étudier ir'i pendant la période qui va d'Etienne Jodelle à Jean Godard, de 1552 à 1594*. Faisant à peine

I. Jo ne laisse pas de côlé les trois dernières comédies de Larivey, bien qu'elles aient paru seulement en 1011, parce (jue lautour déclare les avoir retrouvées parmi de vieux papiers où il les avait oubliées depuis longtemps.

quelques allusions à la comédie du xvi' siècle, c'est dans les œuvres d'Adrien de Monlluc, de Corneille, . de Desmarels, de Cyrano de Bergerac, de Scarron, de Tristan rilermite, que M. Fournel a puise les éléments de son Innnil; c'est dans les œuvres de Grévin, de Belleau, de Haïr, de J<'an de la Taille, de François d'Amboise, de (iodard que jai à prendre les éléments du mien. Ainsi les deux tableaux seront différents et montreront les types de la comédie à deux époques distinctes et successives de leur histoire.

Si je n'avais peur de sortir par trop de mon sujet, il serait intéressant de remonter à l'origine de chacun de ces personnages, de voir quels traits se sont ajoutés peu à peu à sa physionomie ou à son caractère, ce qu'il doit à la Grèce, à Rome, à ITtalie, au moyen âge français. Mais cette étude de littérature comparée serait un peu bien ambitieuse et longue : Marc Monnier n'a-t-il pas fait autrefois un cours tout entier sur le valet de comédie? Contentonsnous de passer rapidement en revue les personnages conventionnels tels que nous les trouvons dans notre comédie française du xvi'^ siècle, sauf à dire un mot en passant de leur origine.

— La comédie, par nature, est amie de la jeunesse et, dès lors^ elle ne craint pas de se montrer dure et ci-ucllo aux vieillards, surtout quand il leur arrive tl'oublier leur ûge.jOu'un jeune homme aime à aimer, comme disait saint Augustin, et qu'il commette mille folies, la comédie a pour lui des trésors

(l'indulgence; mais un vieillard amoureux, quoi de plus plaisant, quoi de plus fait pour être berné et moqué? Plaute Ta bien montré en divers endroits, et notamment dans son audacieuse pièce la Casina; les Italiens l'ont montré mieux encore, en faisant du vieillard amoureux un des types consacrés^ de leur Commedia delT arle, le type de Pantaloîi^ Dans la comédie française, le vieillard amoureux est aussi un personnage fort répandu ; citons seulement Josse, des Ébahis de Grévin ; M. l'Avocat, de la Reconnue de Belleau; Syméon, du Laquais; Ambroise, de la Veuve, et Lazare, du Morfondu de Larivey.

Partout on nous le peint d'une façon médiocrement flatteuse : c'est « un vieil baveux puant, et qui n'a que trois dents en la bouche ^ », c'est « un viel singe contrefaict^ », c'est

Ce vieil fantosme renfroigné, Ce loup, -ce hibou, ceste Lerne, Qui pourroit servir de lanterne S'il avoit un feu dans le corps.

(Le Morfondu, I, -2.)

Grincheux et avare, il ne manque généralement pas de bon sens : c'est même le répertoire vivant de la sagesse des nations, et les proverbes tombent sans relâche de sa bouche; mais tout son bon sens l'abandonne dès que la passion s'empare de lui. « Amour n'est point pour les vieillars ^ », dit-il, mais il n'en sacrifie pas moins à l'amour, et avec quelle ferveur! « Si en beaucoup de choses les vieillards sont plus sages que les jeunes, dit l'écor-

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