‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 20 sur 92 · Les Contens, I · texte numérisé non relu

Les Contens, I

au besoin, ils chasseraient des cieux Jupiter, Mercure et Mars ^

C'est qu'en effet ces guerriers de bronze ont une faiblesse : ils sont éminemment vulnérables au cœur. (( Il faut bien dire, s'écrie le Rodomont des Contents, que ce petit dieu Gupidon est beaucoup plus puissant que Mars, le grand dieu des batailles, puis que sa force m'a peu réduire sous son obéissance et vaincremon courage invincible, ce qu'un camp de cinquante mille hommes n'eust sçeu faire. Je pense m'estre trouvé pour le moins en vingt et cinq batailles rangées, et m'asseure d'avoir combatu cent fois, sans la première, en champ clos, desarmé, à cheval, à pied, à la masse, à l'estoc, à la lance, à la pique, à l'espée et cappe, à l'espée et dague, à la hache et à l'espée à deux mains; mais je ne pense avoir jamais eu affaire à un si rude ennemy, ny qui me donnast plus de traverses et dures attaintes que fait le cœur impiteux de ceste cruelle Geneviefve, de laquelle les regards mortels sont autant de coups de canon qui battent en flanc dans les bastions de mon ame, et mettront bien tost la forteresse par terre, s'il ne luy plaist me recevoir à quelque composition^. » — « Comme est-il possible, dit avec étonnement don Dieghos, que deux choses si contraires puissent estre si bien en moy, et que je les conduise si dextreiiient qu'on ne sçauroit dire en laquclleje suis plus excellent? — Gaster. Et qui sontelles? — Ne les sçais-tu pas? — Non, pas encore. — Et tu as bien peu d'esprit : les armes et l'amour \ »

Page 1