LE GENDARME
Sire, tout vostrecamp par les Incirconcis Est rompu et delîait, et vos trois Fils occis.
Au cinquième acte, Saûl est mort, le soldat amalécite vient du camp hébreu où il s'est chargé de
butin. 11 n'y a pas de raison non plus d'admettre que la scène s'est déplacée.
Un lieu unique, mais assez vaste, aux deux extrémités duquel se trouvent, figurés (s'il est possible), supposés (si les moyens décoratifs manquent), le pavillon de Saiil et la maison de la sorcière, telle me paraît donc être la mise en scène de Saiïl le farieuXj telle que l'avait conçue Jean de La Taille.
Pour la Famine ou les Gabéonites^ comme pour Saiil, M. Faguet nous indique quelques détails de mise en scène : au second acte, le tombeau de Saul se referme sur ses enfants que leur mère vient d'y cacher; au troisième, les soldats écartent du tombeau Rezèfe qui veut le défendre contre leur profanation. Ces indications sont bien discrètes, et on |)ourrait aller beaucoup plus loin, si, à toute force, on voulait montrer que la pièce a été conçue pour une véritable représentation.
On diviserait la scène en trois compartiments, représentant : 1 " le palais de David ; 2^ la demeure de Rezèfe et de Mérobe, femme et fille de Saûl; 3° le tombeau de Saûl lui-môme.
1" C'est dans ou devant le palais de David que se passerait tout le premier acte, où David, accablé par les maux de son peuple affamé, envoie ^on
cousin et connestable » Joabe consulter le propliète Nathan, — et le début du troisième, où, après (|ue Joabe a rapporté la réponse du prophète, le prince de Gabéon demande qu'on lui livre les deux lils de Rezèfe et les cinq (ils de Mérobe.
2° C'est dans ou devant leur demeure que Rezèfe et Mérobe, au début du second acte, s'entretiendraient du songe affreux où Saul apparu a annoncé la mort des derniers descendants de sa race, et décideraient de cacher leurs enfants dans le tombeau du roi maudit; là encore qu'à l'acte V Mérobe apprendrait de la bouche du messager le supplice de ceux qui lui étaient chers.
3° Enfin, c'est devant le tombeau de Saûl que les deux femmes se transporteraient, pour exécuter leur projet, au milieu du second acte; c'est là que Joabe, dans la seconde moitié du troisième et pendant le quatrième tout entier, s'efforcerait de faire révéler leur secret aux deux mères, menacerait de faire fouiller le tombeau, le ferait fouiller, en effet, et s'emparerait enfin des enfants qu'il doit livrer à la mort^
Mais cette disposition de la scène, qui plus tard eût sans doute été adoptée par un Hardy, si la marche même de l'action la fait concevoir, aucune indication du texte n'en confirme la réalité. Gomme si, cette fois, il ne s'adressait plus qu'à des lecteurs, Jean de La Taille a prodigué dans les marges de son volume les renvois aux diverses parties de la Bible : « Voy. le 8 ch. des luges; Exode 16; Nombres 11- »; il a expliqué ses allusions; il a noté quelque part que le langage- de Rezèfe était ironique; mais ni les marges ni les vers mêmes ne disent jamais où sont
1. On pourrait aussi réduire les compartiments à deux, en mettant tout le second acte et le cinquième devant le tombeau, ou en mettant hï second devant le tombeau et le cinquième en un endroit indéterminé.
2. La Famine, ou les Gabeonites, Tragédie prise de la Bible... Ensemble plusieurs 'œuvres poétiques, Paris, Fed. Morel, 1573, p. 8.
David, le prince de Gabéon, le messager. Le tombeau est nommé à plusieurs reprises, et les mouvements des personnages autour du tombeau sont plusieurs fois décrits; mais sans cela y eùt-il eu une pièce? et pour cela Jean de La Taille avait-il autre chose à faire que de traduire Sénèque, son modèle?
REZEFK ANDHOMACHA
Doncques venez, venez mes chers îSuccede tumulo, nate. Quid rétro
enfans fugjs,
Vous enterrer, à fin que vous Turpesque latebras spernis?
viuiez. {Les Troyennes, III, I, v. 504-505.
Mais qu'auez vous ? ie voy que vous
iaiez D'entrer dedans une tombe si laide...
(Acte II, f» M r».) REZEFE si:m;.v
Or voila le cercueil qui nostre gage Claustra commissum tcgunt.
cèle. Quem ne tuus producat in médium
MÉROBE timor,
-Mais à fin que la peur nos larcins Procul bine recède, teque diver-
nc reuéle sam amove.
Retiron nous en ça. — R. Celuy la andhom.
ne craint i)as Levius solet tiniere, qui propius
Si fort qui craint de près. Mais timct.
retiron nos pas Sed, si placet, referamus bine alio
Ailleurs si vous voulez. — M. Mot pedem.
mot, voicy ce semble senex
Venir le faux loabe. Ah de frayeur Cohibe parumper ora, ((uestusque
i© tremble! oppi-ime.
Creuasse toy ô terre, et cache à Gressus nefandos dux Cephallenum
ma prière admovet.
Ce que tu as en garde. — R. Allez androm.'
vous en arrière Dehisco. tellus, tuque, conjux,
Deuant que vostre peur trahisse ultimo
nostre fait, Specu rcvulsam scinde tellurom, et
'opendant pour nous deux ie fcray Stygia
cy le guet Sinu profundo conde depositum
M. lo ne puis cy durer, le me meum.
retire ailleurs. Adest Ulysses, et quidem dubio
\,.f.. u (■.. is r" et v».) gradu
Vultuquo : nectit pectore astus callidos.
(III, 1, V. 513-5i>4.)
l'oiiiciuoi Méiuhe se r(;Lire-t-clle? l'explication est ijien simple : jus([u'ici Jean de La Taille a pu mettre
dans sa bouche ce que disait le vieillard des Troijennes; maintenant que Sénèque va faire dialoguer Andromaque et Ulysse, il l'aut que Jean de La Taille n'ait qu'une seule femme à opposer à Joabe. Et voici que, peu à peu, Ulysse et Joabe devinent le secret de la mère et veulent chercher dans le tombeau la proie que le tombeau leur dérobe.
RKZKFE
lie que voulez vous faire?
lOABE
le veux aller ouurir la tombe mortuaire
Où gizent vos ayoux, — K. O la chose cruelle 1