LE PROPHETE
Mais quoy? no voy-ic pas Nostre infortuné Roy tourner icy ses pas?... Comme ses yeux esteints vont découlant à val Le sang au lieu do pleurs, par leur double canal 1 Las que c'est grand pitié! vray Dieu comme il soupire, lia qu'il souffre, hà qu'il souffre vn angoisseux martyre!
sont pas plus carabtéristiques : c'est le plus remarquable de beaucoup qui a été habilement cité par M. Faguet.
Si la pièce est vraiment faite pour la représentation — pour une représentation au sens où nous entendons aujourd'hui ce mot — nous devons pouvoir reconnaître à quel système décoratif elle est adaptée. Portons de ce côté nos investigations.
Au début du quatrième acte, Sédécie, dans une prosopopée aux « Peuples », s'écrie :
Voyez comme enchaisnez en des prisons obscures, Nous souffrons iour et nuit de cruelles tortures, Comme on nous tient en serre estroittoment liez, Le col en vne chaisne, et les bras et les pieds.
D'où la phrase de M. Faguet : « Sédécie et Sarrée, le grand pontife, enfermés dans un cachot, se préparent à la mort. Nabuchodonosor vient jouir de leur infortune ».
La mère et les femmes de Sédécie ne sont pas avec lui dans son cachot, puisqu'elles ignorent ensuite ce qui s'est passé entre le roi Israélite et le roi Assyrien. La fin de l'acte IV, où le prévôt de l'Hôtel va enlever aux Reines leurs enfants ne peut se placer que dans un autre lieu, un lieu que Garnier n'a nulle part pris la peine de caractériser, mais où sont installées les Juives captives. — Pour ne pas multiplier inutilement les lieux de l'action, nous placerons là aussi le premier acte, formé par des lamentations du prophète, mais que termine un chœur des Juives; — la plus grande partie du second acte, avec le dialogue d'Amital et du chœur, et la visite (sans doute involontaire) faite aux cap-
LA MISE EN SCENE DANS LES TRAGEDIES. i09
tives parla Reine femme de Nabiichodonosor; — le cinquième acte, enfin, avec l'émouvant récit du prophète et la saisissante apparition de Sédécie, maintenant aveugle.
Il faut sans doute un endroit spécial — un château •
— pour la scène où Nabuchodonosor s'entretient avec son lieutenant général Nabuzardan (acte II, début), et pour l'acte où Nabuchodonosor est exhorté à la clémence parla Reine sa femme et reçoit ensuite la visite des reines Juives, qui viennent le supplier d'épargner Sédécie (acte III).
Si donc il y a une prison au quatrième acte, il faut attribuer à la tragédie de Garnier une scène ornée d'une décoration à trois compartiments.
Mais comment croire à la prison du quatrième ;icle?
Au vers 1351, Sarrée dit : « Voici le Tyran », et ce mot est suivi d'abord de dix vers des prisonniers, puis de dix vers de Nabuchodonosor, avant que le roi Assyrien dise à son tour : « Mais ne les voy-ie pas? » : pourquoi les voit-il si tard après son entrée <lans le cachot? et quelle surprise peut-il éprouver en les voyant, puisqu'il est venu exprès pour cela?
— « Amenez, attrainez », crie-t-il ensuite à ses soldats : pourquoi veut-il qu'on les amène et qu'on les a///'a/;2e jusqu'à lui, puisqu'ils sont enchaînés à ses j)ieds? — « Ëmpoignez-le, soudars, et le tirez d'ici », commande-t-il après une injure à Sédécie : pourquoi