Derrière le c/iasleau où le bruyant Oronte
Coule en le traucrsant d'une carrière promte.
.\ct(3 V, V. 1891-2, p, 1,63 (récit du prophèto). Ainsi que nous l'apprend Vargument, l'action se pnsse « en la ville de Reblale» <|ui est Anlioche de Syrie ».
lirerait-on Sédécie hors de sa prison? — Après celte explication violente, le chœur des Juives se fait entendre, et la disposition du texte indique que ce chant appartient à la scène que nous étudions, non à la scène où paraît le prévôt de THôtel ; or nous avons vu que ni les Juives ni les Reines ne pouvaient être alors dans la prison. — Enfin, Nabuchodonosor, à l'acte précédent (v. 959-960), a feint de céder aux prières de sa femme et a demandé qu'on lui amène Sédécie :
le veux voir son maintien et ses raisons entendre. Sus, amenez-le moy.
Ce n'est donc pas dans une prison, c'est à l'endroit où se tient d'ordinaire Nabuchodonosor que se passe le début du quatrième acte, et, de la sorte, tout devient beaucoup plus clair.
Seulement, faut-il distinguer encore deux compartiments? Si les Juives ont leur demeure et Nabuchodonosor son château, comment Amital, à la fin du quatrième acte, n'attend-elle pas d'avoir quitté le château et d'être revenue chez elle pour dire aux Juives de chanter leur Dieu? comment le chœur des Juives peut-il assister à l'entretien de Nabuchodonosor et de Nabuzardan et, ceux-ci ayant parlé de Talliance faite par Sédécie avec l'Egypte, s'écrier :
Helas ce n'est pas de ceste heure, Hé ce n'est pas de ce iourd'huy, Qiie tu es cause que le pleure, Et que ie sanglote d'ennuy, Egypte ' !
(Acte II, V. '287-291, p. ilû.)
i. Noter <iu ici encore la disposition du texte rattache nettement le cliueur à la scène qui le précède.
LA MISE EN SCExNE DANS LES TRAGEDIES. 111
Évidemment c'est ici M. Bernage qui a raison contre M. Faguet : « Les trois unités d'action, de lieu, de temps sont observées ^ » Mais on voit quel singulier lieu c'est que ce lieu unique des Juifues, qui n'a pas l'air d'appartenir moins aux captifs et aux captives du féroce roi d'Assyrie qu'à ce féroce roi lui-même. C'est un lieu, à vrai dire, tout irréel. Car revenons à ce quatrième acte, que nous analysions tout à l'heure : si Sédécie et Sarrée ne sont pas en prison et s'ils ont été mandés par le roi (comme, au fait, ils paraissent le dire eux-mômes :
Or sus allons mourir, que ce prince infidelle Estanche en nous la soif de son ame cruelle)
comment les laisse-t-on épancher seuls leurs sentiments avec tant de liberté? Puis, quand le roi les a fait emmener et qu'il est sorti lui-même, comment le chœur des Juives peut-il être là pour entonner un chant de deuil? Comment le prévôt peut-il venir chercher là les Reines? à quel moment les Reines entrent-elles?...
Dans cette scène, d'ailleurs, les bizarreries scéniques abondent. D'abord, le prévôt prononce 22 vers avant que les Reines s'aperçoivent de sa présence; il feint, pour tromper les pauvres femmes, de se dire à haute voix que son roi est décidé à épargner les vaincus; 32 vers ont été prononcés quand les Reines disent à Amital : « Abordez-le Madame », on en a entendu 34 quand le prévôt > écrie : « Ne voy-ie pas la Royne? » — Ensuite, les Reines, personnage collectif assez difficile à repré-
!,£'/. sur n. Garnier, p. 111.
ii'2 DE JODËLLE A MOLIERE.
senler sur le théâtre, prennent souvent la parole et deux fois débitent jusqu'à douze vers de suite. — Enfin, les enfants, que le récit du cinquième acte nous montrera plus tard « criant et lamentant » et « priant les bourreaux de déferrer leur père* », sont ici exhortés, suppliés, embrassés, entraînés, sans dire un seul mot, sans faire un seul geste qu'on nous décrive pendant toute cette scène.
En somme, Garnier, quand il écrivait les Juifves, ne manquait pas d'imagination visuelle et se figurait assez souvent les personnages qu'il faisait parler. Mais ce u Traitté », comme il l'appelait assez étrangement dans sa dédicace à Mgr de Joyeuse', n'était pas encore pour lui une œuvre de théâtre vivant d'une vie nette dans un milieu scénique bien déterminé. La confrérie angoumoisine qui l'a fait monter sur la scène vers 1600, ou l'a remanié, ou en a tiré moins une action qu'une déclamation dramatique et dialoguée.
De la dernière tragédie de Garnier à la première de Montchrestien il ne s'écoule pas moins de treize années. Sophonisbe paraît pour la première fois, sous ce titre, en 1596, puis, très remaniée, sous le titre de la Cartaginoise ou la Liberté^ en 1601. De 1601 également datent la Reine cC Ecosse ou V Écossaise, les Lacènes, David, Aman. Hector ne figure que dans une nouvelle édition du théâtre de Mont-