‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 59 sur 92 · Qu'il a d'ailleurs l'air d'avoir oubliée au second acte · texte numérisé non relu

Qu'il a d'ailleurs l'air d'avoir oubliée au second acte

Il y a mieux; et Stratonice aussi doit entendre ce que dit Ptolémée et ce que dit le chœur :

Et bien! nous en mourron; ce n'est point si grand cas. , Nos maris généreux ont ià passé le pas. Libres ils sont allez, et l'ennemi nous traine...

A moins qu'on ne dise que le chant du chœur a donné au prévôt le temps d'informer Stratonice dans la coulisse; mais pourquoi ne dit-elle rien qui puisse justifier cette hypothèse? et pourquoi le chœur estil aussi bien là pour commenter les paroles de Stratonice que pour commenter celles du roi d'Egypte? En vain faisons-nous effort pour la repousser : l'explication la plus simple de la disposition des Lacènes est celle que nous avons dû accepter déjà pour la disposition de VÉcossaise ou de Sophonisbe.

Pour la tragédie de David, on est d'abord tenté d'imaginer une scène à trois compartiments. 1° C'est dans — ou plutôt devant — le palais du Roi que se déroulent les quatre premiers actes. — 2° Au commencement de l'acte V, il serait naturel que Bethsabée fût chez elle pour déplorer la mort d'Urie. — 3*^ Dans la scène suivante, Nathan serait d'abord chez lui, puis se transporterait chez David :

Transgresseur orgueilleux de la céleste loy, Vien icy m'escouter, non parlant de par moy, Mais de par l'Eternel qui darde le tonnerre, Qui le sceptre des Roys establit sur la terre. Quoi? ie t'appelle en vain, il faut t'aller trouuer, Ma charge ne se peut autrement acheuer...

Seulement, il faut toujours, quand on étudie les poètes du XVI® siècle, s'informer de ce qu'ils ont pu emprunter, sans intention précise, à leurs modèles. Montchrestien suit pas à pas le second livre des Bois (ou de Samuel), en se contentant de créer un personnage nécessaire de confident, celui deNadab, et de donner à Urie la connaissance de son déshonneur. Tant que la Bible raconte les faits comme se passant chez David, la tragédie paraît se dérouler aussi chez David. Quand la Bible porte : « La femme d'Urie, avant appris que son mari était mort, le pleura » (ch. xi, 26), Montchrestien met en vers les plaintes de Bethsabée et paraît ainsi nous transporter chez elle. Quand la Bible ajoute : « Le Seic^neur envoya donc Nathan vers David, et Nathan, (tant venu le trouver, lui dit... » (ch. xii, 1), Montchrestien suit de son mieux les indications du livre saint et semble déplacer aussi son action. Mais Bethsabée est-elle vraiment chez elle au début du troisième acte? Il suffit, pour répondre non, de voir (jue David la console, et surtout que la conclusion morale de la situation est tirée par le chœur, dont nous avons jusqu'ici constaté la présence chez David. — Nathan se transporle-t-il de sa demeure dans celle du Roi? Outre qu'il eût été assez inutile (le représenter la maison du prophète pour la faire quitter immédiatement par celui qui Thabite, la fin même du passage que j'ai cité ne suppose guère un déplacement de Nathan :

Quoi? ie t'appelle en vain, il faut l'aller trouuer, Ma charge ne se peut autrement acheuer ; 11 faut que sur vn poinct, ayant eu ta response, Ce iuste arreat de Dieu contre loy ie prononce, le men vay l'aborder; à propos ie le voy.

Nous n'avons donc plus qu'un Hou pour la scène de David, el ce n'est pas dès lors lélroilesse des comparlimenls, des mansions^ qui oblige les personnages à parler devant leur demeure. S'ils le font, c'est pour que les personnages puissent s'aborder plus aisément, et c'est parce que le poète s'inquiète médiocrement de la vraisemblance scénique. A l'acte III, David vient de se résoudre à charger Urie d'une lettre pour le chef de l'armée, Joab, et cette lettre ordonnera à Joab de faire périr Urie dans un assaut :

Mais mot, mon cher Nadab, retiron nous d'ici, Ce soldat nous orroit, regarde, le voici : AUon viste, couron lui dresser sa despesche.

Sans doute Urie vient trouver le roi ; mais il n'a garde de le dire. Pendant cinquante vers il se répand en reproches contre Bethsabée et contre David; et c'est au bout de ces cinquante vers qu'il s'écrie :

Mais voici le Tyran,

(David vient de reparaître)

Allon le retrouver, couron y prontement, Pour ne plus différer nostre département.

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