Ln précurseur de Racine, Tristan V lier mite..., p
(Iramaliquc qui était encore de leur temps fondé sur la réalité des choses; écoutons plutôt Mascarille dans rÉtourdi (lY, i) :
C'est qu'en fait d'avenlure il est très ordinaire De voir gens pris sur mer par quelque Turc corsaire, Puis être à leur famille à point nommé rendus, Après quinze ou vingt ans qu'on les a crus perdus; Pour moi, j'ai déjà vu cent contes de la sorte.
(( Peut-être Mascarille exagère-t-il un peu quand il tient ces discours à Lélie, déguisé en Arménien pour abuser Trufaldin par un stratagème analogue à celui (lu Parasite; cependant les deux exemples connus de saint Vincent de Paul et de Regnard suffiront ici pour établir que les sujets de l^ouis XIII et de Louis XIV ne devaient pas juger Tintrigue de la comédie de Tristan et certains dénouements de Molière aussi dépourvus de vraisemblance qu'ils nous le paraissent aujourd'hui. »
M. Bernardin indique une analogie entre les deux comédies de Molière et de Tristan; je crois qu'il faut aller plus loin et voir dans celle-ci une source de celle-là.
Manille, mère de Luciiide, va marier sa fdle à un capitan; mais Lucinde aime Lisandre et, par Tintermédiaire de sa servante Phénice ainsi que du parasite Fripesauces, elle informe Lisandre qu'il a un moyen sûr de pénétrer auprès d'elle. Il y a quelque vingt ans que Manille a perdu son mari Alcidor et son fds Sillare, alors âgé de deux ans, qui lui ont été enlevés en mer par « des écumeurs, des Turcs
qui les surprirent ». Que Lisandre se donne pour le jeune Sillare, enfin revenu de caplivilé et dont le père sera mort en Turquie : il sera bien accueilli par Manille et pourra autant qu'il le voudra embras- -(M* sa prétendue sœur Lucinde.
Au moment où ce stratagème a réussi, arrive Alcidor qui, contrairement à la fable inventée par Lucinde, s'est sauvé seul après avoir vu mourir Sillare à Memphis. Il est reconnu de Manille, veut faire pendre Lisandre, et enfin consent à unir les deux amoureux.
On voit combien Alcidor, pris sur mer par quelque Turc corsaire, est à point nommé rendu à sa famille après vingt ans qu'on l'a cru perdu.
Il semble qu'Alcidor, de je ne sais pus où A travers de la mer soit passé par un trou, Ainsi qu'un godenot que, de fine manière, Brioché fait sortir hors de sa gibecière.
[Le Parasite, V, 1, p. 1-27.')
N'est-ce pas là un des contes qu'a vus Mascarille <'t qui lui ont donné l'idée du stratagème qu'il met en œuvre au quatrième acte de V Étourdi'^. Lélie veut pénétrer chez Trufaldin afin d'entretenir librement Célie, comme Lisandre veut pénétrer chez Manille afin d'entretenir librement Lucinde. 11 prétend venir de Tunis, comme Lisajidre de Tunis, d'Alger, de JalTe, de Tyr, du Caire {le Parasite, III, 5, p. 77). Une inquiétude l'arrête un instant, comme elle .irrôte le parasite Fripesauces, et Mascarille la dissipe à peu près de la môme façon que la servante Phénice :
1. Je cite, mais en en rajeunissant l'orthographe, l'édition de Prislan qu'a publiée M. Kdmond Girard à la Maiaon des Poètes,