‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 88 sur 92 · LE PARASITE » DE TRISTAN L'IIERMITE · texte numérisé non relu

LE PARASITE » DE TRISTAN L'IIERMITE

Lorsque Molière a composé VÉlourdi, il ne s'est piqué ni de tracer des caractères, ni de peindre les mœurs, ni même de former une intrigue parfaitement claire et bien suivie. Il ne lui importait guère non plus d'être original. L'essentiel était d'amuser, de tenir toujours le spectateur en joie, de laisser le plus possible sur la scène Mascarille tempêtant, s' adoucissant, fourbant, s'agitanl, brûlant les planches.

Molière prend V Inavvertllo de Nicolo Barbieri, et le suit pas à pas en supprimant tout ce qui est préparation patiente, explication languissante quoique utile, dialogifc précieux ou agréable, mais d'une médiocre gaieté. Parfois il déplace un incident de son modèle : la prétendue lettre du père de Gelia passe de l'acte III, scène 13 derinauvertito ù l'acte II, scène 10 de V Étourdi, et plusieurs scènes sont déplacées dans les actes IV et V. Ailleurs, mécontent de Barbieri, Molière l'abandonne pour quelques instants el remplace ses inventions soit par des inventions

personnelles, soit plutôt par des emprunts faits à d'autres auteurs : italiens, français ou espagnols, peu lui en chaut.

Au début de Tacte II, six scènes sont consacrées à un stratagème macabre de Mascarille, donirinavvertilo ne donnait aucune idée : Molière l'a pris à Noël du Fail.

A l'acte ÏV, scène 1, Mascarille fait la leçon à Lélle avant de l'introduire chez Truialdin, et Lélie ne l'écoute point : autant en faisait Flavia, endoctrinée par Chrisoforo dans VEmilia de Luigi Groto.

Entré chez le marchand d'esclaves, l'amoureux Lélie « s'oublie étrangement auprès de Célie » et commet mille imprudences : de même Fulvio près d'Angélique dans VAngelica de Fabritio de Fornaris (acte IV, se. 4).

A l'acte V, le capitan Bellorofonte de Barbieri a disparu : mais il est remplacé par le Bohémien par amour Andrès, emprunté à la Belle Égyptienne de Cervantes.

Qu'est-ce donc que les commentateurs trouvent encore à mettre au compte de Molière?

A l'acte I, se. 4, le prétexte plus dramatique invoqué par Mascarille pour parler à Célie;

à l'acte I, se. 5 et suivantes, l'épisode de Mascarille volant sa bourse à Anselme : ertcore paraît-il avoir été suggéré par un passage de VEmilia, où Polidoro — aussi bien qu'Anselme — annonce qu'il vient de recevoir de l'argent;

à l'acte III, se. 1 à 4, Mascarille calomniant Célie pour en dégoûter Léandre ;

à l'acte III, se. 5 à 9, le déguisement de Mascarille et de Léandre en masques au lieu du déguisement

« L ETOURDI n ET « LE PARASITE )). 293

en serruriers que contenait Vlnavverlito : Barbieri ne nous montrait pas non plus Cintio (Léandre) arrosé par Trufaldin d'une « cassolette » aux fâcheux parfums ;

à Tacte IV, se. 1 et 2, Lélie transformé, pour pénétrer chez Trufaldin, en Arménien qui a vu le fils de ce dernier en Turquie;

à Tacte IV, se. 6, Mascarille rossant Lélie, et pour se venger enfin de son maître et pour inspirer confiance à Trufaldin ;

à l'acte V, se. 9, la reconnaissance romanesque que Molière a substituée à une autre reconnaissance et aux piquantes scènes qui la suivaient dans Vlnavvertito.

Les autres modifications de Vlnavvertito que l'on remarque dans VEtourdi sont trop insignifiantes pour qu'il soit nécessaire de les signaler en ce moment. Mais parmi celles que j'ai citées et dont tout le monde fait honneur à Molière, n'en est-il point qui soient dues aussi à un emprunt?

Ni Moland ni Despois ne parlent du Parasite de Tristan l'Hermite à propos de VEtourdi. Le savant historien de Tristan, M. Bernardin, se contente d'écrire* : « L'enlèvement par les corsaires ne semblait pas comme aujourd'hui une intrigue démodée, empruntée à la comédie antique; en se servant de ce procédé commode pour dénouer le Parasite et l'Avare, Tristan et Molière employaient un moyen

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