‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 92 sur 92 · PHÉNICE · texte numérisé non relu

PHÉNICE

C'est un pot à pisser tout préparé pour vous. Attendez seulement.

{Le Parasite, III, 5, p. 79-«0.)

D'autres rapprochements, nullenient significatifs par eux-mêmes, ont peut-être droit d'être faits après ce qui précède.

Mascarille qualifie un père, devant son fils, de ( penard chagrin » {VÉiourdi, I, 2, vers 61); Phénice de même :

Moi, fille de berlan ? penard injurieux!

{Le Parasite, III, 5, p. 76.)

Mascarille dit qu'il époustera bien Lélie {VÉlourdi^ IV, o, V. 1577); Lisandre dit de Fripesauces :

Ensuite je prendrai le temps de l'épousler.

[Le Parasite, II. 3, p. 47.)

Mascarille parle des scoffions de vieilles qui se battent [CÉlourdi, V, 9, v. 1944) ; le parasite dit à la servante :

Et si ton scofflon avoit tous les appas D'une rouelle de veau bien cuite entre deux plats, En l'humeur où je suis, Phénice, je te jure Que j'aurois tout à l'heure avalé ta coilîure.

{Le Parasite, I, 3, p. 5.)

Est-il vraisemblable que Molière ait connu le Parasitel oui certes. En 1644, le célèbre auteur de la Mariane, Tristan THermite, n'avait pas dédaigné de donner à V Illustre Théâtre, alors établi au jeu de paume des Métayers, ses tragédies de la Mort de Sénèque et de la Mort de Crispe \ Depuis, Tristan envoyait sans doute ses œuvres à Madeleine TîéjnrI ou h ]\lolière, et on tout cas ni Molière,

1. M. Bernardin (Cn précurseur de Racine, p. 240 à 244) n'est .ifMrmatif qu'en ce qui concerne la Mort de Sénèque; mais voyez Mesnard, Molière, t. X, p. 87 à 89, et Loiseleur, Points obscurs de la vie de Molière, p. 379.

302 DE JODELLK A MOLIÈRE.

ni Madeleine ne pouvaient se désintéresser des œuvres de Tristan.

Si donc, en 1653, Molière avait pu voir jouer, ou s'il avait pu jouer lui-même le Parasite^ il n'y aurait sans doute pas manqué ; mais Molière était en province et les troupes de campagne ne pouvaient faire entrer dans leur répertoire les pièces nouvelles tant que celles-ci n'avaient pas été imprimées.

C'est en 1654 qu'eurent lieu l'impression et la publication du Parasite^ Il est probable que Molière voulut alors représenter cette comédie; on doit du moins admettre qu'il la lut; et, s'il composait ou s'il était sur le point de composer VEtourdi^ il dut faire pour l'œuvre de Tristan ce qu'il a fait pour tant d'autres, de Rotrou, par exemple : s'en souvenir et, plus ou moins consciemment, l'imiter.

L'Étourdi est de 1653 d'après certains auteurs. Mais cette date n'est appuyée par aucun témoignage authentique, tandis que La Grange, dans son Registre, a positivement daté la pièce de 1655 et que Despois a confirmé celte indication par les raisons les plus sérieuses-.

Si la comparaison que nous avons établie entre le Parasite et V Étourdi paraissait suffisamment justifiée, non seulement on connaîtrait une source nouvelle de Molière, mais la date de sa première comédie serait désormais à l'abri de toute discussion.

Février 1903.

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