CHAPITRE 1V
Résultats éloignés de la postéro-tarsectomie totale.
Si l’on veut juger la valeur d’une opération, ce n’est pas sur l'examen des résultats immédiats qu'il faut baser cette appréciation. C’est là un fait sur lequel, en 1874, insistait M. Ollier, en déclarant qu’une intervention dont les résultats immédiats laissaient beaucoup à désirer, pouvait avoir, dans un temps plus où moins éloigné, des résultats fonctionnels presque parfaits. C’est le cas de la postéro-tarsectomie totale et c’est la raison pour laquelle, nous l’avons déjà dit, cette opération a été pendant si longtemps et reste encore un peu en dehors de la pratique courante. Aussi nous sommes-nous appliqué à établir une statistique aussi complète que possible des cas dans lesquels le malade à pu être examiné assez longtemps après l'intervention et il sera facile de voir que la résection du tarse postérieur, au premier abord si peu séduisante, a cependant rendu d'immenses services dans presque tous les cas où elle a été pratiquée.
Nous étudierons donc ses résultats éloignés au point
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de vue local (forme, direction, dimensions du pied, marche, etc.), et au point de vue général.
1° Forme du pied. — Au point de vue purement esthétique, le pied opéré possède une forme presque parfaite, et, à un simple examen, il est impossible de se rendre compte de la mutilation qu'il a subie. Grâce à la reproduction osseuse faite aux dépens du périoste calcanéen, la saillie talonnière est conservée, moins proéminente sans doute que du côté sain, mais cependant très appréciable.
Cette saillie peut se constater même dans les cas où la conservation du périoste n’a pas été possible : elle est alors formée par une production fibreuse, d’une consistance assez ferme, remplaçant en partie le tarse postérieur enlevé. Un fait curieux et en apparence contradictoire, est à ce sujet digne d’être signalé l’ablation isolée du calcanéum entraîne à sa suite un effacement du relief postérieur du talon, plus complet ‘que l’ablation totale de tout le squelette du postérotarse et Ménard (1) donne de ce phénomène l’explication suivante : « Si, en effet, après la pternectomie, la saillie postérieure du talon disparaît souvent d’une manière à peu près complète, c’est que la rétraction des parties molles pendant la période de réparation se fait de bas en haut et ‘d’arrière en avant, vers l’astragale et le cuboïde, et pendant ce temps, les malléoles fixées à l’astragale ne modifient pas leur rapport avec l'antétarse. Au contraire, pendant que la
(1) Loc. cit.
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même rétraction a lieu dans la plaie opératoire de la postéro-tarsectomie totale, la mortaise tibio-péronière qui n'est plus directement fixée au squelette se rapproche de l’antétarse. Il s’en suit que le tarse postérieur reconstitué avec un certain volume, arrive encore à dépasser les os de la jambe en arrière, autrement dit à former une nouvelle saillie talonnière. »
La voûte plantaire reste rarement intacte après l’ablation du tarse postérieur ; mais dans la plupart des cas, elle est en partie conservée et la formation d’un pied plat n’est pas aussi fréquente qu’on pourrait le supposer. Dans les cas où cette difformité a été constatée, elle a été attribuée par certains auteurs à la rétraction de quelques muscles, par d’autres à la section du grand ligament plantaire dont on connait le rôle important dans le soutien de la voûte du pied.
Le pied, dans sa forme générale, présente un aspect tassé, légèrement ramassé sur lui-même; la partie postérieure du talon offre un épaississement parfois très appréciable.
2° Direction du pied. — Dans l'immense majorité des cas, le pied appuie bien sur le sol par toute la plante et sa direction normale n'a subi aucune modification. Celle des orteils est le plus souvent conservée et n’est jamais en tout cas gravement altérée. Chez un opéré de M. Ollier, Mélut (obs. XVI) on a pu constater, consécutivement à l’opération, un abaissement et une flexion assez accentuée du gros orteil ou plutôt une légère subluxation en bas de la première plalange sur l'extrémité antérieure du premier métatarsien; cette flexion est attribuée par M. Ollier lui-même, à la rétrac-