OBSERVATION XII
Ollier. Traité des resections.
A.Gardon, 18 ans, entre le 9 septembre 1882 à la salle Saint-Pierre; elle vient de la salle Saint-Paul où M. le docteur Vincent lui à pratiqué, cinq jours avant, l’extirpation totale du calcanéum gauche pour ostéite, avec séquestre central, qui remontait au mois de mars 1880. Peu de jours après cette opération, l'articulation tibio-tarsienne s’est prise à son tour et l’on a dû ouvrir et drainer un vaste abcès articulaire ouvert en avant de la malléole interne. Vers le 30 octobre la fièvre est complètement tombée et l’on peut faire des injections modificatrices de créosote, teinture d’iode, etc. Malgré cela des fistules nouvelles se forment vers la face interne du pied, conduisant toutes sur l’astragale, dénudé, ramolli et friable.
Ea malade est une vigoureuse fille de la campagne, sans nul antécédent héréditaire, et qui, à part quelques scrofules infantiles (engorgement ganglionnaire, conjonctivite, etc.), s’est toujours bien portée. Elle n’a jamais eu d’hémoptysie et ne tousse pas. Quand son pied s’abcéda, une suppuration s’établit sur le coude gauche et dura jusqu’en septembre 1882, mais finit par se tarir sans laisser grande trace.
23 février 1883. — M. Ollier pratique l’extirpation de l’astragale par son procédé ordinaire. Cet os, qui baignait dans le pus et les fongosités, ne présentait que des lésions périphériques secondaires ; il était extrèmementramolli et en complète dégénérescence graisseuse. Après une toilette soignée de l’articu-
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lation, on cautérise au Paquelin les portions fongueuses et suspectes qui peuvent rester encore. Un drainage multiple par les ouvertures anciennes et nouvelles assure l’écoulement des liquides. Pansement iodoformé et phéniqué. Attelle plâtrée.
Les suites opératoires sont extrêmement simples et jamais la température depuis le second jour ne s’est élevée au-dessus de 38°, $. Cependant on a laissé les drains jusqu’au 26 juin; le traitement jusque-là a consisté en crayons d’iodoforme et injections modificatrices. On a surveillé avec grand soin la direction du pied.
rO août 1883. — Il reste encore une fistulette sur chaque face latérale du pied. Depuis le commencement de juillet, la malade se lève et marche dans la salle, ne s’aidant qu’accidentellement avec une canne. Elle ne souffre absolument pas; elle appuie bien sur le sol la plante du pied qui présente une bonne direction. Il y a dans lParticulation tibio-tarsienne des mouvements qui permettent de décomposer le pas presque comme à l’état normal.
On sent très nettement un talon osseux, dur, indépressible, qu’on limite difficilement en haut, où il se confond avec les tissus fibreux qui remplacent l’astragale. La masse entière est passivement et activement mobile sur les os de la jambe quand on imprime au pied des mouvements de flexion et d’extension. Le pied est tassé sur lui-même, plus large et plus gros que le pied normal en arrière.
Etat général très bon. Toux nulle. Bains. Electrisation quotidienne.
Mars 18€4. — La malade quitte le service avec un excellent état général. Elle marche toute la journée sans canne et sans fatigue. Elle ne boite presque pas. Sur le pied opéré posé à plat, elle peut se tenir debout un temps très long, mais elle ne peut pas se soulever sur la pointe du pied opéré seul ; ou du moins elle ne le fait qu'avec une grande difficulté et ne peut conserver cette attitude.
Le pied sain mesure 23 centimètres; le pied opéré 19 seu-
note
lement. Il y a une atrophie notable de tous les muscles du membre ; au mollet elle se mesure par 3 centimètres.
La forme du pied ne s’est pas sensiblement modifiée dans ces derniers mois. Toutes les fistules sont absolument fermées ; la malade ne souffre plus du tout.
Depuis son départ de l’hopital, cette fille sert en qualité de ménagère à la campagne. Il nous a été possible d’avoir de ses nouvelles à plusieurs reprises : celles du 28 juin 1857 donnaient les renseignements suivants : sa santé générale a été bonne jusqu’à l'hiver 1885-1886. Pendant cette saison, elle se serait mise à tousser un peu et aurait eu quelques légères hémoptysies qui ne se sont pas renouvelées. Depuis ce moment elle à un peu maigri. La guérison du pied a été complète et définitive ; elle n’y a pas ressenti de douleur et aucun abcès nouveau ne s’est formé. Toutefois elle se fatigue plus vite du côté opéré; elle marche sans canne en boitant légèrement. Elle a pu faire dans ces conditions une course de 28 kilomètres, sans peine dans une journée. Le pied, légèrement mobile sur la jambe, appuie bien sur le sol, particulièrement sur le talon; la pointe est légèrement déviée en dehors. Elle peut se tenir pendant quelques secondes sur la pointe des deux pieds, sans s'appuyer, mais elle ne peut toujours pas faire cet exercice sur la pointe du pied opère seul.
Depuis lors, l’amélioration locale s’est accentuée régulièrement, ce qui ressort parfaitement des lettres reçues à des époques diverses et dont la dernière date d'avril 1889. A cette époque, la malade à un peu maigri et tousse un peu. Localement, pas de modification sensible. Elle ne porte aucun appareil, et on ne se douterait pas, dit-elle, une fois chaussée, de la modification de la forme du pied.
Une lettre datée de janvier 1891 (huit ans après l’opération) confirme une amélioration locale progressive et une santé parfaite.
OBsERVATION XIII
Kocher. Cas de la clinique chirurgicale à Berne.
Rosine Hirt, 12 ans, entrée à la Clinigne chirurgicale le 28 avril 1883. La malade, issue d’une famille bien portante, n’a jamais été malade. Quelques mois environ avant son entrée à l'hopital, elle se fait au pied gauche une foulure qui occasionne de fortes douleurs sans enflure. La malade continue à marcher etse fatigue rapidement ; quinze jours plus tard, on remarque une enflure douloureuse à la pression, principalement à la partie externe de larticulation. La malade marche en boïtant, et, trois semaines après, elle est obligée de garder le lit; l’enflure et les douleurs augmentant toujours, la malade cherche du secours à l’hôpital.
Les organes internes et l’urine sont intacts; les glandes gauches fortement engorgées et douloureuses à la pression; la jambe et la cuisse gauches un peu plus minces qu’à droite; le pied gauche en équin permettant peu de mouvements; l’articulation tibio-tarsienne parait lâche et erflée; au-dessous de la malléole externe, un abcès recouvert d’une peau très mince; la pression sur la plante du pied est très douloureuse.
Le 10 juillet 1883, après avoir placé une bande d’Esmarch, on fait une incision longitudinale sur le rebord externe du pied. On arrive surf un abcès fongueux et à l'articulation talocalcanéenne remplie de fongosités. On fait ensuite une deuxième incision en étrier à travers la plante du pied jusque vers la malléole interne, le calcanéum est coupé dans la même direction; on ouvre ainsi largement l’articulation talo-calcanéenne complètement envahie de fongosités; le calcanéum lui-même étant très malade, on l’enlève complètement, de même que l’astragale dont le cartilage est remplacé par des granulations. Le tendon du long péronier a été coupé. La plaie guérit sans incident; elle est complètement fermée, et,
le 29 juillet, la malade quitte l'hôpital, portant un appareil plâtré.
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