‹ De l'ablation simultanée du calcanéum et de l'astragale: postéro-tarsectomie totale, ses résultats éloignésChapitre 35 sur 45 · AE · texte numérisé non relu

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En mai 1890, la malade vient à pied à l’hôpital (deux heures et quart de marche), pour se montrer. Elle n’est pas fatiguée et retourne à pied. Elle a bonne mine, et l’examen des organes internes ne démontre rien d’anormal. Depuis cinq ans et demi, la malade porte un soulier spécial et marche presque normalement; l'apparence du pied est excellente. De l’articulation du genou jusqu’à la malléole externe, à gauche comme à droite, 34 centimètres et demi. La circonférence de la cuisse est à gauche de 39 centimètres, à droite de 37 centimètres et demi; celle du mollet est à gauche de 37 centimètres et demi, à droite de 31 centimètres. De la malléole interne au tubercule du scaphoïde, à gauche, 2 centimètres et demi, à droite, 4 centimètres; de la pointe de la malléole externe à la plante, à gauche, 3 centimètres et demi, à droite, $ centimètres et demi. Du milieu du talon à la pointe du gros orteil, à gauche, 20 centimètres; à droite, 22 centimètres et demi.

Flexion dorsale du pied gauche, active jusqu’à 100 degrés, passive jusqu’à l’angle droit. Flexion plantaire, active jusqu’a 130 degrés. Quand la malade marche, on remarque une bonne mobilité de l'articulation tibio-tarsienne; on ne sent pas trace de l’astragale.

Entre le scaphoïde et les cunéiformes, existe une mobilité étendue, appelée évidemment à remplacer celle de l’articulation astragalo-scaphoïdienne; il n’y a aucune tuméfaction, aucune douleur à la pression, aucune récidive. Après de longues marches, la malade est un peu plus fatiguée du côté gauche que du côté droit; elle fait son ménage sans fatigue, se sent parfaitement bien; elle ne tousse pas et n’a jamais consulté de médecin depuis l’opération.

OBsERvATION XIV Ollier. Traité des resections.

Chambonnière, âgé de 11 ans, entre dans le courant de

mai à la clinique; il n’accuse aucun antécédent héréditaire suspect, mais a eu des conjonctivites à répétition et des croûtes

dans le nez. Il y a trois mois qu’il a commencé, sans cause connue, à souffrir dans le pied : une tumeéfaction diffuse envahit le talon et trois semaines après une première fistule se montra, bientôt suivie de plusieurs autres. À son entrée, le stylet pénètre jusqu’à l’intérieur du calcanéum, où il rencontre un séquestre mobile; tout l’arrière-pied, région astragalienne et calcanéenne est douloureuse à la pression ; les mouvements tibio-tarsiens sont diminués seulement; l’état général est bon.

Le 7 juin 1884, M. Oilier pratique l’ablation du calcanéum et immédiatement après, celle de l’astragale. Le calcanéum, très ramolli, contenait au milieu d’une cavité centrale ouverte en dehors, un amas de fongosités dans lesquelles baignaient un séquestre mamelonné, imbibé de pus verdâre, large de 25 millimètres environ, et une dizaine d’autres plus petits. Le périoste était fongueux, parsemé d’ilots caséeux : sur les coupes du calcanéum on constatait un ramollissement extrème, avec disparition des trabécules osseuses et formation d’ilots, les uns seulement graisseux, d’autres remplis de fongosités. Les lésions astragaliennes, avancées aussi, paraissaient secondaires et étaient constituées par des altérations cartilagineuses. L’articulation tibio-tarsienne était envahie par les fongosités.

Les suites sont très simples et ne présentent aucun incident digne de remarque. Vers les premiers jours de janvier 1885, toutes les fistules sont cicatrisées et le malade commence à marcher. Son état général est excellent, il ne souffre pas.

En février 188$, on note qu’il existe entre les malléoles et à région du talon, une masse dure, volumineuse, dont le centre paraît osseux et dont la périphérie est fibreuse encore; cette masse fibreuse parait notablement plus volumineuse que le noyau osseux qu’elle enveloppe. Elle est mobile sur la jambe, et sur elle se meut, par les simples contractions musculaires, tout l’avant-pied. I] n’existe pas de saillie du talon; la région malléolaire est plus large d’un centimètre que du côté sain. La distance des malléoles au sol est un peu moindre que du côté sain, sans qu'il soit bien possible d’évaluer la différence. Il existe un léger degré de valgus. La pointe du pied est déviée

en dehors et toute la face plantaire appuie sur le sol. Le malade peut se tenir debout sur le pied opéré, le pied sain en l'air.

Les nouvelles du malade, reçues en décembre 1888, nous apprennent qu'il se porte très bien, qu’il ne souffre plus du tout, qu'il marche comme tout le monde, sans appareil, qu’il a pu faire une course de 30 kilomètres dans la journée, sans fatigue excessive. Îl peut se tenir sans peine sur le pied opéré posé à plat, l’autre pied en Pair, mais cela lui est toujours impossible s’il essaye de se. soulever pour n’appuyer sur le sol que le talon antérieur. Enfin, dit-il, chaussé, on ne se douterait nullement de l’opération qui lui a été pratiquée.

A la date du 2 février 1890, il écrivait : « Je marche en boitant un peu, mais je ne me sers pas de canne, ni de bâton. Je porte habituellement des sabots. Je puis sauter et courir aisément. J'ai fait une course d’une demi-heure, au pas gymnastique. La plus longue de mes marches est de.32 kilomètres. Je puis me tenir sur la pointe des deux pieds, environ trois ou quatre minutes; mais c’est trop péniole de me tenir sur la pointe du pied opéré tout seul. Je me porte toujours bien; je ne crache ni ne tousse.

Neuf mois après l'opération, le talon, peu développé, n’avait pas de saillie inférieure; mais, d’après ce que nous a appris le malade, cette saillie se serait considérablement accentuée depuis lors.

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