MIE S IV
Nous prions que l’on jette un dernier regard sur la société, pour mieux se convainere encore de l’état de souffrance où elle se trouve et de la nécessité où sont les hommes qui n’ont point emprisonné, comme la plupart, leur esprit-et leur cœur dans un cercle étroit d’affections et de pensées égoïstes, mais dont l’âme s’est agrandie en se développant libre et pure dans la sphère des idées sociales et des sympathies généreuses , de rallier enfin tous leurs efforts et toutes leurs constances dans un même but, qui serait l’anéantissement du mal et la constitution de l’ordre sur la terre.
Mais, afin que ce regard soit général et embrasse dans une même aperception tout l’ensemble de nos misères, nous demandons que l’on pénètre d’abord par la pensée jusqu’en ces lointaines régions où gémissent, dans la plus honteuse et la plus déplorable servitude, des hommes faits comme nous à l’image du Créateur, et ne conservant du type originaire qu'un pâle et débile reflet qui menace même de s’éclipser. Tant de générations, en effet, se sont succédé sur cette même terre et dans cette même souffrance; tant de bras se sont tour à tour levés vers le ciel et appesantis sur le sol; tant de larmes ont inondé ces sillons qu’elles ont fertilisés et engraissés ; ces natures, originairement belles et vigoureuses, se sont tellement appauvries et déformées, ces intelligences se sont tellement corrompues, ces cœurs se sont tellement délabrés et affadis; tous ces êtres, en un mot, qui se courbent dans les champs, s’accroupissent au soleil ou s’enfument dans leurs cases, ces êtres sont tellement dégénérés de ce que vous les aviez faits, Ô mon Dieu! qu’à peine oserait-on affirmer que ce sont des êtres humains. Ce ne sont plus, Ô grand Dieu! les têtes indépendantes et souveraines que vous aviez créées dans l’un des élans de votre amour et de votre puissance ; ce ne sont plus des hommes.
Et nous, qui sommes restés des êtres humains, consacrons tout le temps que nous pourrons dérober au sentiment de nos douleurs, à la recherche d’une loi de grâce et de réhabilitation pour ceux qui souffrent sans relâche et qui sont nos frères. Ce
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n’est pas assez qu'attendris par le spectacle de leurs miseres, nous sentions nos cœurs se resserrer, se mêler nos larmes et nos soupirs, nos tristesses se confondre. Eh! à quoi bon les aimer, si nous ne devons les servir? CraignonS, ah! craignons que l’amour ne dégénère chez nous, comme chez tant d’autres, -en accusations noires et triviales, et que, n’obéissant plus qu’à .uue aveugle sympathie, tandis que nous croirons nous montrer justes et miséricordieux envers les esclaves, nous ne devenions, envers les maîtres, impitoyables ét injustes ; craignons de porter le deuil et la désolation dans des familles qui pleurent comme nous et comme nous sont indignées. Car, aussi bien ceux qui commandent que ceux qui obéissent, tous sont nos frères; et les uns et les autres sont malheureux, puisqu'il n’est point de douleur qui ne retourne à celui dont elle vient, pas d'esclavage qui ne pèse en même temps et à celui qui le souffre et à celui qui exerce.
Encore une fois, l’amour, la compassion, la sollicitude, la
pitié, resteraient de vains mots dans notre bouche, si nous ne.
prenions soin d'appeler au grand œuvre que nous désirons accomplir nos intelligences ainsi que nos cœurs. Car alors nous ne demeurerens pas, comme aujourd’hui, bienveitlants ét humains, il est vrai, mais aussi voulant tout et ne pouvant rien; nous deviendrons sages et forts, nous deviendrons grands. Croyez-le bien : l’homme n’est vraiment sage et vraiment fort, son action n’est vraiment grande et utile qu’autant qu’il se laisse non-seulement inspirer par lPamour, mais encore éclairer par l'intelligence dont les rayons, lorsque rien ne les arrête ou ne les éclipse, aboutissent nécessairement à un foyer commun qui est la science; et sans la science nous ne pouvons rien. C’est donc aussi l’intelligence, et non pas simplement Pamour, qui devra racheter les hommes de l'esclavage. L'amour est le véhicule qui entraîne ; intelligence est la force qui élève et qui organise. Or, il nous faut organiser ; il nous faut affranchir les hommes , et ne pas seulement les affranchir, mais encore les rendre libres, puissants, glorieux. La science, la science, il nous la faut; et nous pouvons, et nous devons la trouver.
Ce remède à tant de douleurs aiguës, qui donc Papportera ? Qu'il vienne cet homme! qu’il vienne le poète, le savant! Qu'il se hâte de descendre parmi nous, l’archange à la voix noble et
puissante, à la parole consolatrice, qui nous apportera les ordres de Dieu et les annoncera à la terre dans une langue harmonieuse et divine! Qu'il vienne ! ah! qu’il descende! Nous saurons bien le reconnaître et le saluer ; nous l’entourerons de nos joies, de notre amour, de nos bénédictions; nous le nommerons notre sauveur, et 11 nous sauvera.
Comprenons bien toute la petitesse et toute la pauvreté de notre science actuelle; comprenons bien quel a été jusqu’à ce jour l’aveuglement de tous nos philantropes, beaux répara teurs d’injures et redresseurs de torts, qui, s’occupant de résoudre le problème de Pabolition de lesclavage, ont prétendu le séparer de tant d’autres problèmes, non moins difficiles et importants, que font surgir de toutes parts et à l’envi nos calamités sociales.
Autant d'institutions, en effet, autant de vices dans la société; autant de plaies qu’il faat guérir; autant de vieux et délabrés édifices qu’il faut remplacer par des édifices nouveaux. Le terrain mest-il pas assez vaste pour que vous y portiez hardiment le marteau de la réforme? Et pourquoi remanier sans cesse et replâtrer des masures, lorsque ce sont des palais qu’il faut construire?
Mais votre œuvre n’est pas seulement ridicule et insuflisante; elle est encore nuisible.
Croyez-vous à une Providence gouvernant le monde, ou n’y croyez-vous pas? Croyez-vous, comme la écrit Buffon, à un système de lois établies par le Créateur pour la conservation des choses et le développement des êtres? Ou, encore mieux, croyezvous que ces lois sont nécessaires, non pas établies, mais éternelles et incréées? Êtes-vous athées, chrétiens ou panthéistes, peu importe; car il suffit, quelle que soit votre croyance, que vous pensiez que le hasard ne préside pas aux destinées humanitaires, que la génération des faits sociaux n’est pas arbitrairement, mais mathématiquement réglée; il suffit que vous pensiez qu’il existe des lois.
Or, de toutes ces lois, il en est une qui ne manquera pas de vous frapper aussitôt que vous vous serez mis en devoir de considérer la société, mais cette fois dans son ensemble. Renoncez donc pour un moment à vos vaines utopies d'amélioration partielle et soi-disant progressive, de réformation partielle, de
D — 35 — critique ou d'organisation partielle, et transformez-vous un peu en observateurs, pour voir, connaître, apprécier, juger, et puis
enfin déduire.
Regardez autour de vous! Regardez si {ous les éléments de
l'association humaine ne sont pas solidaires entre eux ! Regardez
si, du couchant à Paurore, Dieu n’a pas écrit parmi les hommes eten lettres de mille lieues, comme on Pa dit, le mot admirable et fatal : Solidarité! |
Hélas! c’est la plus douloureuse condition de notre existence subversive, que nous ne puissions même être malheureux à demi, qu’une souffrance entraîne toujours après elle une autre souffrance, que notre malheur soit composé et non pas simple. Hommes, rassurez-vous et consolez-vous! car, aussitôt que l'harmonie, avec ses ailes d’or, sera descendue parmi nous €t que nous commencerons notre vie de gloire et de bonheur, ce sera aussi la plus douce condition de notre existence harmonique, que le plaisir appellera toujours le plaisir, qu’une joie attendra toujours une autre joie, que notre bonheur enfin sera de mode composé et non pas simple. Ce n’est donc pas simplement au bonheur que nous tendons ef que nous arriverons ; c’est À un Océan de bonheurs, à une immensité de bonheurs !
Et vous apercevez sans doute, Ô vous qui marchez dans Pétroit et rude sentier des déceptions amères et que nous voir drions si ardemment rallier à nous dans la voie large et propice qui mène au triomphe, vous apercevez déjà que de Pinévitable loi du composé, qui nous astreint à jouir doublement ou à souffrir doublement, dérive une autre loi que nous avons appelée d’un commun accord loi de solidarité, qui nous astreint à jouir directement et indirectement à la fois, ou à souffrir de même, à souffrir de nos propres souffrances et de celles de nos semblables, ou à jouir de leurs jouissances comme des nôtres.
Et vous apercevez encore que la solidarité, que nous considérons ici par rapport aux hommes, veut étre aussi considérée par rapport aux institutions humaines. Car, s’il se rencontre des douleurs dans lesclavage qui réagissent jusqu’à nous; qui ne somines pas esclaves, c’est qu'apparemment il existe entre Pesclavage et nos propres institutions un rapport sympathique et nécessaire, un échange perpétuel d'actions et de réactions ; c’est que le monde social est un vaste corps, vaste et puissant,
RD puissant en joies comme en douleurs, et que dès lors, les souffrances d’un membre se propageant de proche en proche dans tous les autres membres, il suffit que l’un d’eux éntre en scuffrance pour que le corps entier s’irrite et souffre.
Aussi ne sauriez-vous démolir-une des mille institutions dont se compose la société sans dégarnir én même temps les institutions voisines, sans rompre le rapport et pour ainsi dire le ciment qui les tenait toutes enchaînées, sans faire une trouée dans le monde social et le laisser dès Lors exposé à tous les vents et à tous les orages. Et croyez-le bien! les débris d’une institution sociale ne sont guère moins embarrassants que les débris matériels de tout édilice; et il ne vaut guère mieux éparpiller çà et là des infortunes qui, autrefois, formaient une agglomération que vous avez détruite, que répandre çà et là sur le chemin les
pierres détachées de l'édifice et qui ne manqueront pas d'arrêter
les pas du voyageur.
Voilà pourquoi nous vous disions que votre pensée de réforme partielle est nou-seulement ridicule et insuffisante, mais encore nuisible, nuisible au corps social dont vous êtes membres, et par suite à vous-mêmes qui ne souffrez pas simplement de vos propres douleurs, mais solidairement de toutes les douleurs réunies de la société.
Faudra-t-il donc répéter cent ans encore et encore cent ans que la question sociale ne saurait se morceler, et que ce n'est pas une réforme ou quelques réformes qu’attend la société, mais un changement complet dans sa constitution, une nouvelle combinaison de tous ses éléments ?
Dites, dites vous-mêmes! quelque réprobation qui s’attache à une institution sociale, et quelque puissants et nombreux que soient vos efforts pour la détruire, réussissez-vous jamais à la détruire entièrement? réussissez-vous à l’anéantir, à Pabolir, à l’effacer, mais de telle sorte que la trace même n’en puisse être aperçue? Oh! non, mille fois non. Vous ne faites jamais que pallier le mal et ne le guérissez pas. Il n’est point de maladie du corps social qui ne suit restée incurable entre vos mains, et pour
un symptôme que vous avez quelquefois détruit, il en est tou- -
jours apparu d’autres plus violents, plus affreux, et témoignant encore mieux que ne le faisait le premier de létat corrompu de la société! Depuis einq mille ans que dure le monde,
er,
dites, mais dites done si telle n'a pas été la marche constante et inévitable des choses! Par exemple, n’y a-t-1l pas aujourd’hui autant de pauvres qu'il y en avait le siècle dernier, et n’y en avait-il pas autant le siècle dernier que celui qui l'a précédé?
Et maintenant regardez si le paupérisme, le plus habituel et le plus trivial phénomène que présente la subversion, ne renferme pas le même caractère essentiel que renferment, en général, tous les autres phénomènes de subversion que vous pourriez apercevoir ou imaginer ?
Ceci devrait vous avertir, -
Car vous retrouvez au fond de toutes les misères humaines, comme nous le disions, la même nature et le même caractère, toujours compression. compression ou esclavage! Ici, compression des facultés sensuelles ; là, compression des facultés affectives; plus loin, compression des facultés intellectuelles. Compression. tel est le signe auquel vous pourrez reconnaitre la filiation de nos misères ; c’est ce même signe qui les marque au front et les rend sœurs.
N'est-ce pas là une preuve que toutes ces misères tiennent à une même cause, qu’elles soient ainsi les branches éparses d’un même trone ; et que, dès lors, c’est le tronc tout entier qu'il faut anéantir en le détruisant dans sa cause, ou, si vous laimez mieux, dans sa racine?
Ce serait au moins économique, si ce n’était nécessaire; mais, pour Dieu! n’oubliez pas que cela est nécessaire.
Chose étrange! c’est lorsqu'il s’agit de l'esclavage des Noirs, c’est-à-dire, du phénomène Le plus complexe et le plus odieux de la compression, c’est alors précisément que Pon oublie de tenir compte du rapport qui unit à ce phénomène tous les phenomènes du même genre et qui dérivent de la même source! Et l’on songe à rétrécir le problème, quand ses termes devraient tout embrasser et peuvent tout embrasser !... Mais, grand Dieu! lors même que vous seriez parvenus à abolir cette souffrance qui résume et enserre toutes les souffrances, cet esclavage qui résume et enserre tous les esclavages, qu'auriez-vous fait? Rien... rien qu'un vide qui ne tarderait pas à se remplir. Lorsqu'il se fait un vide à l'équateur, les couches atmosphériques environnantes ne s’empressent-elles pas aussitôt de le combler? Depuis le pôle
nord jusqu’au pôle sud, l'atmosphère s’ébranle et se précipite; l'équilibre alors se rétablit, jusqu’à ce qu’une nouvelle action de Ja chaleur solaire ayant produit le même résultat, produise encore le même déplacement des couches atmosphériques et la même tendance de leur part à converger vers le centre. Ceci est l’image de nos misères : ainsi elles se meuvent et se déplacent, ainsi elles se pressent. Et vous n’empêcherez pas que, tendant au même rendez-vous, elles n’y arrivent enfin, un peu plus tôt ou un peu plus tard, plus ou moins froissées et irritées, plus ou moins colères et violentes ; mais en vérité toutes y viendront. Car telle est la loi! loi surhumaine et de haute convenance dans l’ordre universel des choses : il faut que nos douleurs se résument toutes en un point, comme nos jouissances.
Ainsi donc, ce n’est pas seulement d’abolir Pesclavage des Noirs que nous devons nous préoccuper, mais plutôt d’abolir tous les esclavages. La même société où il convient de placer les Noirs est donc celle où il conviendrait que fût placée l'humanité. Ainsi, la transformation de l'esclavage en liberté, de la souffrance en plaisir, veut être générale pour être puissante. Ainsi, tout ou rien; le complet seul est vrai, l’incomplet est faux. Ce n’est pas ici, ce n’est pas là, ce n’est pas sur un point isolé de notre domaine qu’il nous faut songer à rétablir l’ordre, mais sur tous les points à la fois.
Or, puisque le problème est général, nous devons, nous qui prétendons en tenir et en apporter la solution, le résoudre complétement et généralement ; ei puisque le problème n'est général que parce que toutes nos misères n’ont qu’une cause, et que c’est cette cause qu’il faut détruire, nous devons évidemment nous attaquer à cette cause et d’abord la rappeler.
Rappelons, en effet, qu’il existe aujourd’hui disconvenance entre nos facultés et le milieu social dans lequel nous les exerçons.
En conséquence, 1l s’agit de créer un mitieu social où chacun puisse exercer convenablement ses facultés, au lieu qu’il ne le peut aujourd'hui. Alors, et seulement alors, chacun sera heureux ; car, nous l’avons dit, exercer toutes ses facultés, c'est être libre et être heureux.
On a vaguement senti cela : «Il faut que le nègre travaille, disent quelques-uns, et l’on doit faire en sorte qu'il travaille. »
Or, le travail, pour l’homme, correspond évidemment à l’exercice même de ses facultés.
Dieu, en effet, qni a créé, d’une part, les éléments internes du bonheur, autrement dit nos facultés, et, d'autre part, les éléments externes du bonheur, autrement dit le monde, a voulu qu'entre ces deux ordres de créations il y eût un intermédiaire.
Cet intermédiaire entre nos facultés, qui tendent à s’assinuler le monde, et le monde, qui demande à être envahi par nos facultés, est le travail.
Travailler est donc, dans Pacception Ja plus large et aussi la plus vraie, se développer, se mouvoir; travailler est vivre.
On comprend d'ailleurs, et nous ne faisons que l’observer en passant, que, si la production des richesses suppose le travail, cela revient à dire qu’il n’est pas une de nos facultés qui ne soit productrice de sa nature, et que dès lors, dans un ordre social où le travail serait toujours productif, il n’en est pas une qui ne dût concourir à la production.
Mais reprenons. |
On a-senti que le nègre affranchi ne deviendrait libre et heureux qu’en travaillant, et l’on à conclu à lui donner le travail.
Nous aussi nous demandons que le nègre travaille, et nor pas seulement le nègre, mais l’homme. Car aujourd’hui les hommes ne travaillent pas ; ou, s’ils travaillent, ce travail, loin d’être utile et productif, est le plus souvent improductif et nuisible.
Car il ne suffit pas que l’on travaille; il faut que lon travaille convenablement, c’est-à-dire suivant le mode d’arrangement et de distribution des fonctions voulu par la nature.
La nature n’est pas seulement le mouvement, c’est le mouvement avee sa loi. |
Or, travailler convenablement , c’est exercer uñe fonction ‘qui soit en rapport direct avec ses facultés naturelles; c'est, en un mot, exercer savocation.
Et si telles étaient les conditions de notre existence , il en résulterait que, chacun se trouvant à sa place dans le monde s0ocial , la distribution des différentes inégalités humaines, comme nous le disions au début, au lieu d’être fausse et arbitraire , serait juste et vraie, normale ou naturelle. La société dès lors ne serait plus subversive, mais harmonique ; les hommes seraient libres , les hommes seraient heureux.
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Ii faut donc combiner les choses dans lasociété de telle sorte que chacun , muni comme il est de vocations spéciales et nombreuses, trouve sous sa main les instruments au moyen desquels il pourra exercer ses vocations, toutes ses vocations. Il faut que le travail devienne plaisir, que ce ne soit plus la contrainte ou le besoin , mais le désir , la passion qui nous y entraîne. Il faut que l’homme se meuve conformément à ses attractions naturelles, c’est-à-dire dans sa loi.
Le problème est celui-ci : «Rendre le travail convenant à l’homme, rendre le travail attrayant.»
C’est ce problème qu'a résolu Fourier.
Nous affirmons qu'il l’a résolu ; mais nous ne pouvons qu’affirmer. Car prouver dès à présent notre affirmation serait, en vérité, une longue et difficile besogne, et que ne comporte point le cadre étroit d’un journal. C’est de l’ensemble des enseignements renfermés dans la Phalange que devra résulter pour nos lecteurs la connaissance de la theorie sociétaire. Nous renvoyons , pour le moment, aux livres de Fourier et de ses disciples, pénétrés que, si nous avons été assez heureux pour inspirer à quelques-uns le désir de la vérité, ceux-là ne reculeront
pas devant la tâche que nous prenons la liberté de leur indiquer.
Seulement , et pour énoncer au moins la solution du problème, nous dirons que la même loi qui préside dans tout Punivers à la distribution et à l’arrangement des êtres, devra présider un jour à l’arrangement et à la distribution des travailleurs , d’une part, et, de l’autre, des instruments et des matériaux du travail, dans le monde social; que la formule supérieure et transcendante d'harmonie universelle , n’est pas autre que la formule d'harmonie sociale; que dans l'établissement de cette formule, que nous nommons la série, se résument tous les plans de Dieu; que la découverte de cette formule constitue, à n’en pas douter , la plus haute et la plus religieuse manifestation du génie de l’homme et de la puissance de sa volonté, et que de cette découverte, qu’a réalisée Fourier, dépendaient sa gloire et le bonheur du genre humain.
On le voit, nous avons envisagé la question en mode absolu ; c’est-à-dire, nous avons montré que la liberté et le bonheur ne seraient acquis aux Noirs que lorsque l’humanité tout entière se transformerait, et qu’à notre ère sociale subversive succéderait partout le globeune ère sociale harmonique. Nous ajoutons qu’il est dans les destinées humanitaires que cela soit.
Mais il resterait à envisager la question en mode relatif. Le nègre, en effet , transporté de l’esclavage dans la civilisation, ou dans une société voisine à la fois de la civilisation et de Pharmonie, ne jouirait-il pas de plus de liberté que maintenant , et aussi de pius de bonheur ? Ne conviendrait-il pas de lui procurer ce léger bien-être en l’affranchissant ?
Différentes opinions se sont élevées. Les uns voudraient que l’on transformât les nègres en colons partiaires, d’autres voudraient que, par différents procédés qui restent à indiquer, on les fit renoncer à de vieilles habitudes, soi-disant incompatibles
avec la civilisation, pour en adopter de nouvelles; il faudrait di-
sent lesuns, moraliser, c’est-à-dire catéchiser; un bon moyen, disent les autres, serait le mariage, etc., etc, etc.
Nous négligeons à dessein d’examiner le problème sous cette face, et voici pourquoi. Les chambres s’occuperontinfailliblement encore de l’affranchissement, peut-être à la session prochaine. Il sera temps alors de mêler notre voix à toutes les voix, de diseuter les moyens proposés et de proposer les nôtres.
Deux mots seulement à ce sujet. «
Fourier, dans l’admirable tableau qu’il a dressé du cours de nos déstinées successives , place entre la civilisation et l’harmonie une période sociaie dont le calcul lui à révélé l’existence , et qu’il nomme garantisme. Effectivement, le caractère de cette période est que l’homme y trouverait des garanties contre les principaux fléaux qui laffigent dans notre société actuelle. Nous pensons qu’il serait convenable d'appliquer au moins ces garanties aux nègres en les affranchissant. Plus tard nous les ferons connaître, lorsque nous en viendrons à examiner le problème sous cette nouvelle face que nous ne faisons qu'indiquer
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