‹ De l'Absence Congénitale de l'Appendice Cæcal: Apport d'un Cas NouveauChapitre 21 sur 22 · ROUE · texte numérisé non relu

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Nous avons dit plus haut que les auteurs du xviri siècle qui s’occupèrent de l’appendice furent toujours préoccupés du rôle qui lui était attribué par la nature.

Santorini (1724) lui fit jouer le rôle bizarre de réceptable à lombrics. Dans ces ouvrages, on peut lire ce passage : « En effet, comme il a été établi d'une manière à peu près certaine, il reste à dire de ces vers qu'ils s'acquièrent une place qui, par sa nature, est propre à les réchauffer et à les empêcher de sortir ; si l'on disait que cette place appartient à l’appendice vermiforme, ce ne serait pas tout à fait impossible. »

Nous n'insisterons pas sur l'invraisemblance que présente cette opinion de Santorini.

Sabattier (1791), émet, sur le rôle de l'organe, des idées d’une assez grande justesse, bien que purement intuitives et appuyées sur des expériences évidemment erronées. Il nous dit : « On trouve toujours l’appendice rempli d’une humeur muqueuse. Cette grande quantité de mucosités qu'il contient, la flaccidité que l'on y remarque, lors même que le cæcum est le plus distendu, tout semble prouver que son usage est de filtrer et de verser dans le cæcum une humeur propre à lubréfer, à ramollir les excréments qui y séjournent, ou peutêtre à irriter les parois de cet intestin pour qu'il se contracte avec plus de force et qu’il se débarrasse plus aisément de son dépôt fécal. »

À partir du xix° siècle, les auteurs confessent franchement leur ignorance des usages de l’appendice et se bornent sur ce point à rappeler les opinions de leurs devanciers. Cruveilhier dit même : « On ignore complètement les usages de cet appendice ».

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L'étude de la structure appendiculaire nous permet pourtant d'émettre sur le rôle physiologique de l'organe des conclusions vraisemblables, nous dirons même évidentes. Nous reproduirons le passage d’une étude approfondie sur l'appendice faite par Clado. Cet ouvrage est intitulé : « L’appendice cæcal » (Mémoires de la Société de biologie, 1892). Clado nous dit: « Il suffit de jeter un coup d’œil sur sa structure pour voir que toutes les particularités qui existent dans le gros intestin se retrouvent dans l’appendice. Le tissu adénoïde qui forme le chorion de la muqueuse est semblable à celui du gros intestin, muni de follicules clos beaucoup plus rares et situés à sa partie supérieure seulement. Les glandes, au contraire, y sont très nombreuses et ont la même conformation que celles du gros intestin. Autrement dit, persistance de l'élément secrétoire et dimipution des organes d’absorbtion, tels sont anatomiquement les caractères spéciaux de l’appendice.

D'autre part, nous avons vu qu'il est chez le vivant, rempli de mucus et que les matières fécales n’y pénètrent point, sauf dans de rares exceptions et dans quelques cas pathologiques.

En troisième lieu, nous avons vérifié qu'il existait normalement, dans sa cavité, des agents de fermentation, je veux parler du bacterium coli qui s’y trouve à l'état de pureté.

Toutes ces données nous conduisent à admettre que l’'appendice iléo-cæcal est une véritable glande en tube secrétant un mucus dans lequel prolifère un microbe zymogène. Ce mucus, déversé continuellement dans le cæcum, fait fermenter les produits de la digestion

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accumulés dans cet organe et particulièrement les matières végétales.

Le rôle physiologique du cæcum n’est pas encore bien déterminé, mais si l’on considère les fermentations qui s’y passent chez les herbivores et les granivores, la théorie que je propose sur les fonctions de l’appendice parait bien probable. En deux mots, ce serait un organe à sécrétion zymotique, et non point un « organe d’absorbtion ».

Clado ajoute encore : « Loin d’être un organe inutile, l'appendice constitue une véritable glande, à laquelle le nom de glande appendiculaire convient parfaitement ».

Clado, nous le voyons, considère en somme l’appendice comme une sorte d'appareil glandulaire spécialisé, annexé au tube digestif de l'homme.

Nous devons cependant admettre que ce rôle physiologique doit-être, sinon inutile, du moins bien secondaire, car si nous recherchons dans la littérature médico-chirurgicale, nous ne trouvons signalé aucun trouble organique qui paraisse dû à ce manque de sécrétion appendiculaire. Les opérés d’appendicite, et ils sont nombreux, de même que les individus reconnus plus tard atteints d'absence congénitale ou d’oblitération de l’appendice, ne paraissent jamais avoir ressenti, au cours de leur existence, le moindre trouble organique qu'on puisse attribuer à cette cause.

L'inocuité de l'absence de l'appendice s'explique d’ailleurs facilement si l'on considère l’'embryologie, la structure, les sécrétions de l’appendice et les cultures de microbes qui s'y développent. On voit qu’à tous ces

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points de vue l’appendice, n’est qu'un diverticule du cæcum. Aussi Sappey (1874) disait, avant Clado

« L’appendice est un organe rudimentaire ; il ne paraît avoir aucun usage important ; dans quelques cas on l’a trouvé oblitéré et cette oblitération n'avait entraîné aucune suite fâcheuse. Chez certains individus il peut être excisé sans inconvénients ».

Etant donnés les risques que fait courir cet organe à l'espèce humaine, par suite de ses inflammations, nous devons conclure que son absence congénitale, loin d’être un mal, est plutôt un bien pour l'individu atteint de cette anomalie.

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