ABSORPTION PAR LE POUMON
Le poumon présente dans ses ramifications bronchiques, et surtout dans ses vésicules, une surface absorbante des plus vastes et des plus puissantes. On connaît la disposition superficielle de son réseau sanguin, si riche qu'il ne forme pour ainsi dire qu'une nappe sanguine continue ; on sait aussi que les vésicules pulmonaires, tapissées par une simple couche d'épithélium pavimenteux, manquent même par places de cet épithélium, chez l'adulte. L'analogie et l'expérience permettent d'attribuer aux vésicules un pouvoir absorbant infiniment supérieur à celui des bronches.
Le poumon est admirablement disposé pour l'absorption gazeuse, et je n'en veux pour preuve que la respiration qui fait pénétrer dans le sang une quantité considérable d'oxygène.
L'absorption des gaz par la surface pulmonaire est beaucoup plus active que partout ailleurs, parce que les gaz pénètrent brusquement dans une masse de sang considérable ; aussi emploie-t-on le poumon pour introduire dans le sang des vapeurs destinées à produire rapidement l'anesthésie. Magendie a du reste
prouvé que l'acide cyanhydrique est beaucoup plus vite absorbé par le poumon que par le tissu cellulaire sous-cutané. H a foudroyé un chien, pour avoir fait passer sous son nez un flacon renfermant de l'acide cyanhydrique anhydre. On connaît aussi la fin tragique d'un habile chimiste, Gelhen (de Munich), qui mourut en peu de jours pour avoir respiré une très-faible quantité d'ydrogène arseniqué.
Cette grande aptitude du poumon à s'emparer des matières gazeuses, nous permet de l'accuser, à juste titre, de l'introduction dans l'économie des miasmes morbifîques et de certains virus qui peuvent se répandre dans l'air sous une forme qui n'est pas encore bien déterminée. Il en est ainsi de la variole, de la rougeole, delà scarlatine, etc.
Les liquides sont aussi très-rapidement absorbés par le poumon. Ainsi, Colin a pu injecter 20 litres d'eau et Gohier 32 dans le poumon d'un cheval, sans l'asphyxier ; Colin a même placé dans la trachée d'un cheval un tuyau fournissant par heure 6 litres d'eau tiède; au bout de trois heures et demi, l'animal fut sacrifié, et le poumon fut trouvé vide.
Les sels en dissolution dans l'eau passent aussi trèsrapidement dans le sang par la voie pulmonaire ; ainsi, du ferrocyanure de potassium en solution, injecté dans le poumon, a été retrouvé dans l'artère carotide en deux ou quatre minutes, dans la veine jugulaire en
cinq minutes (Mayer, Lebkùclmer), .et .dans l'urine en buit minutes (Paoniza),
Les poisons liquides sont très-facilement absorbés par la même voie, et comme ils pénètrent à la fois dans une quantité proportionnelle considérable, de sang, ils agissent très-rapidement. Ainsi le curare (Fontana , Bernard,) produit bientôt ses effets lorsqu'il a été injecté dans le poumon. Ségalas ayant injecté dans la trachée d'un chien 3 centigrammes de noix vomique étendus dans GO grammes d'eau , vit l'animal mourir en deux minutes, tandis que 1 0 centigrammes d'extrait introduits dans l'estomac étaient passés inaperçus.
Ces faits font comprendre combien la voie pulmonaire serait une voie commode pour faire pénétrer dans l'économie des substances médicamenteuses, dont on désire hâter l'absorption ; seulement cette introduction des solutions dans les voies pulmonaires présente des difficultés que je n'ai pas besoin de signaler. Je dois dire pourtant qu'un grand progrès a été fait sous ce rapport, depuis que la pulvérisation des liquides a été introduite dans la pratique médicale. Les solutions arrivant dans le poumon sons forme de poussière liquide, peuvent pénétrer profondément avec le courant inspiratoire. Seulement nous devons dire que ce moyen a été jusqu'à présent, avec juste raison, employé plutôt pour agir sur la muqueuse pulmonaire elle-même , que comme moyen d'introduction des médicaments dans l'économie.
La muqueuse pulmonaire est d'une susceptibilité toute autre que celle des voies digestives , elle n'est point faite pour se trouver en rapport avec des substances étrangères autres que certaines gaz, et l'on ne peut aveuglement lui imposer des fonctions qui ne lui appartiennent que momentanément. Il faut donc, avant qu'on puisse user avec sécurité de ce mode d'introduction, que l'expérience ait démontré quelles sont les substances que la muqueuse pulmonaire supporte le mieux, et à quelle dose elle les supporte.
Les particules solides pénètrent-elles dans le poumon à travers les parois bronchiques et vésiculaires? C'est là une opinion admise par quelques physiologistes. Robin, entre autres, croit que cette pénétration est possible. Nous nous bornons à rappeler les expériences et l'opinion contraire du Df Villaret, que nous avons déjà eu l'occasion de citer.