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DU POUVOIR ABSORBANT DES DIVERSES PARTIES DU TUBE DIGESTIF

Bouche. — La muqueuse buccale est tapissée par un épithélium pavimenteux stratifié, et la réaction de la salive est alcaline pendant la mastication ; deux conditions qui ne permettent pas d'attribuer à la bouche une grande faculté d'absorption. Pourtant la belladone y serait assez facilement absorbée ( Trousseau et Pidoux); et l'on connaît la méthode d'administration des sels d'or du D' Chreslien.

Certains virus, le syphilitique par exemple, sont facilement absorbés par la muqueuse buccale.

Au contraire, certains poisons, tels que les venins, le curare, sont inoffensifs.

On peut dire du pharynx et de l'œsophage ce que nous venons d'appliquer à la bouche.

Estomac. — L'estomac a été considéré plutôt comme un lieu de transformation que comme un lieu d'absorption.

La muqueuse stomacale absorbe pourtant, et quelqaefois avec beaucoup d'intensité; cela dépend, du reste, de l'espèca animale et de la nature de la matière absorbable.

La réaction stomacale est acide , ce qui , comme pous l'avons vu , favorise l'absorption des substances

cristalloïïles, mais ce qui, d'après Funke, retarderait celle des substances colloïdes, et des peptonesen particulier.

Des ligatures da pylore ont permis à Magendie de prouver combien l'eau était rapidement absorbée dans l'estomac du chien. Les sels, les poisons cristalloïdesy sont aussi très-rapidement absorbés.

Les expériences de Bouley, Colin , ont au contraire démontré que, chez le cheval, l'eau et les sels n'étaient pas absorbés dans l'estomac. Un cheval dont le pylore était lié, n'avait pas présenté de symptômes d'empoisonnement, vingt-quatre et même trente et une heures après l'injection d'une forte dose d'extrait alcoolique de noix vomique dans l'estomac. Le pylore délié, l'empoisonnement commençait en moins d'un quart d'heure. Du reste , les boissons séjournent peu dans l'estomac du cheval, et se retrouvent dans le cœcum au bout de six mimutes.

Bouley explique ce défaut d'absorption de l'estomac du cheval, parla forte couche d'épithélium pavimenteux qui occupe le côté cardiaque de l'organe, et par la sécrétion muqueuse abondante de l'extrémité pylorique. !'0n sait, du reste, que les trois premiers estomacs des 1 ruminants et les nombreux diverticulesdes estomacs du ichameau et du dromadaire, sont tapissés par un épitthélium pavimenteux irès-épais, qui garde les liquides iet les soustrait à l'absorption.

Les observations de Busch sur une femme atteinte

de fistule pylorique , ont aussi démontré que presque tout le sucre ingéré et une partie de l'albumine étaient absorbés par l'estomac. Nous avons déjà parlé des expériences deFontana, de Cl. Bernard, etc., sur le curare; nous n'y reviendrons pas. Quant aux matières grasses, elles ne sont pas absorbées dans l'estomac, elles ont besoin d'être émulsionnées , et le liquide acide de l'estomac , loin de les émulsionner, annule le faible pouvoir émulsif des liquides salivaires.

Je me borne à rappeler, en passant, la théorie de la circulation hèpatico-rénale , inventée par Cl. Bernard pour expliquer la rapidité avec laquelle certains sels ingérés dans l'estomac étaient retrouvés dans l'urine , le sang de la veine porte et celui de la veine rénale, alors qu'on n'en constatait pas de traces dans les autres vaisseaux artériels ou veineux de tout le reste du corps.

Il me suffit de dire que cette théorie, abandonnée par son auteur, a été victorieusement combattue par de nombreux arguments, pour la connaissance desquels je renvoie à un excellent travail du Dr Jacquemet.

Intestin grêle. — Dans les considérations anatomiques que nous avons présentées sur le tube intestinal, nous avions surtout en vue l'intestin grêle. C'est là, en effet, que se trouvent exclusivement les villosités qui sont le plus grand perfectionnement apporté à la muqueuse intestinale ; c'est aussi là que l'expérience

démontre l'absorption la plus active. Quand, dans les expériences de Colin, le sel était introduit dans l'estomac d'un chien , il apparaissait dans le canal thoracique au bout de dix-huit minutes. S'il était introduit dans l'intestin grêle, il apparaissait au contraire au bout de six minutes seulement.

Quelle est la réaction des liquides intestinaux ? Elle est variable suivant le régime de l'animal et suivant la région de l'intestin. Ainsi, chez les carnivores, à la partie supérieure de l'intestin , la réaction acide du chyme stomacal l'emporte sur l'alcalinité de la bile et du suc pancréatique. A la partie inférieure de l'intestin, les éléments acides ont diminué, et des produits ammoniacaux, provenant de la fermentation des matières azotées, se sont formés. Aussi la réaction redevient-elle alcaline, et elle est très-alcaline dans le cœcum.

Chez les herbivores, le chyme, peu chargé de suc gastrique , perd bientôt son acidité en présence de la masse considérable de salive, de suc pancréatique et de bile qui s'écoule dans l'intestin, et la réaction de l'intestin grêle est alcaline. A la partie inférieure et au cœcum, les fermentations des substances adipogènes ont amené la formation des acides lactique et butyrique, qui redonnent de l'acidité aux matières intestinales.

Il faut tenir compte de ces réactions diverses, dans l'histoire de l'absorption ; car nous savons que l'absorption de l'eau et des sels est favorisée par une

réaclion acide, tandis que celle des peptones et des graisses l'est par une réaction alcaline \ Chez les carnivores, cette dernière réaction ne se présente que tard, ce qui est du reste en relation avec le besoin qu'a le suc pancréatique de se trouver en présence d'un acide pour modifier les matières albuminoïdes(Meissner, Brinton) . La tendance à l'alcalinité vers la fin de l'intestin grêle, favorise l'absorption toujours plus ou moins tardive et des graisses et des peptones.

Chez les herbivores, la réaction alcaline intestinale est en relation avec l'action du liquide pancréatique sur les matières féculentes et avec la masse considérable de ce liquide. La réaction acide qui survient plus tard, doit activer l'absorption de l'eau et des matières salines et sucrées. On sait que c'est dans l'intestin grêle que commence l'absorption des matières grasses , et que c'est là qu'elle s'opère presque tout entière. Le sucre, les sels , l'eau qui n'ont pas été absorbés dans l'estomac, s'absorbent aussi facilement dans l'intestin,

1 M. Jeannel, que j'ai déjà eu l'occasion de citer, a prouvé, en effet , que les corps gras étaient émulsionnés par toutes les bases, et surtout les bases alcalines. Aussi recommande-t-il, pour faciliter l'absorption des corps gras , l'introduction dans l'estomac d'une proportion modérée d'alcali, de manière à diminuer l'acidité du chyme. Il interdit l'usage des acides aux malades tombés dans le marasme et aux convalescents ; il conseille de prescrire les acides et de donner de petites doses, d'alcali, lorsqu'on administre l'huile de foie de morue comme reconstituant, et enfin d'aciduler les potions laxatives huileuses.

L'absorplion des pcptones , à peine commencée dans l'estomac, s'achève presque entièrement dans l'intestin gréle.

Absorption dans le gros intestin. — Ici les villosités, organes importants de l'absorption, ont disparu. Mais les culs-de-sac muqueux persistent; l'épithélium reste le même , les capillaires sanguins forment un riche réseau, diminué seulement de celui que renfermaient les villosités ; et enfin les lymphatiques, peu connus avant les travaux de Teichmann, His et Frey, ont été vus par ces observateurs dans les couches superficielles de la muqueuse, entre les glandes en culde-sac.

La réaction du gros intestin est acide chez les herbivores, alcaline chez les carnivores. Nous en connaissons les raisons.

L'absorption dans le gros intestin est généralement moins active que dans l'estomac et l'intestin grêle; mais dans certains cas elle présente une supériorité encore inexpliquée. L'eau, les matières salines et les poisons s'absorbent assez facilement dans le gros intestin. Cette absorption est même très-active chez le cheval (Colin).

Les peptones y arrivent en petite quantité , et y sont absorbés. Quant à l'albumine qui y est introduite directement, elle a besoin de subir une transformation toujours lente, pour devenir absorbable. Les matières

grasses s'y absorbent aussi, quoique moins facilement que dans l'intestin grêle. Bouisson, ayant injecté du bouillon gras dans le colon d'un animal, vil les chylifères devenir lactescents. KoUiker, y ayant injecté de l'huile, la vit pénétrer dans les cellules épithéliales. Rien, du reste, ne s'oppose à l'absorption des matières grasses: l'épitbélium est le même ; le tissu fondamental de la muqueuse est composé, comme les villosités, de substance adénoïde, quoiqu'un peu moins perméable; et un réseau de capillaires lymphatiques se trouve dans les couches superficielles de la muqueuse.

Si nous comparons maintenant la rapidité d'absorption des substances introduites dans l'estomac ou par la voie rectale, nous trouvons de grandes différences suivant la substance ingérée. C'est ainsi que Savory ( 1 865 ) , ayant fait des expériences pour éclairer cette question, a trouvé que la strychnine en solution avait des effets toxiques beaucoup plus rapides lorsqu'elle était introduite parle rectum; que pour l'acide cyanhydrique et le cyanure de potassium, il y avait une différence moins marquée entre les deux voies ; et que les effets de la nicotine étaient plus rapides quand on l'ingérait dans l'estomac. La forme de la substance a aussi une certaine influence; et Savory a observé que la strychnine en poudre agissait plus vile dans l'estomac que dans le rectum, ce qui peut s'expliquer par l'action dissolvante plus active du suc gastrique.

On sait aussi que l'opium cl la belladone agissent mieux lorsqu'ils sont administrés en lavement. Bernard a démontré aussi que le curare s'absorbait plus facilement dans le rectum que dans l'estomac.

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