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MUQUEUSES GLANDULAIRES

L'étude expérimentale de l'absorption des conduits glandulaires appartient tout entière à Cl. Bernard.

On savait bien que, dans la vésicule et les conduits biliaires, la bile pouvait être absorbée lorsqu'il survenait un obstacle quelconque à son écoulement. Mais on n'avait tenté aucune expérience directe sur celte question. Je ne puis entrer dans le détail des expériences de Bernard, et je dois me borner à énoncer les conclusions qui en ont été déduites.

L'iodure de potassium introduit dans le condui; des glandes salivaires est rapidement absorbé. Le curire , la strychnine tuent l'animal avec une grande rapidité.

Une glande peut absorber une matière qu'elle rfexcrètepas de la masse du sang. Il en est ainsi du piussiale de potasse qui, introduit dans le sang, ne passe jamais dans les glandes salivaires.

Pendant la période de repos des glandes, l'absorption est beaucoup plus rapide que pendant la p«riode d'activité. Ce fait, qui semble contredire ce que nous savons de l'influence de l'activité de la circulation sur la rapidité de l'absorption , doit être san; doute expliqué par cette considération , que les cellules glandulaires sont, pendant la période d'activité de la glande, dans un travail de production et d'excrétion qui s'oppose à l'introduction dans leur intérieur des liquides qui leur viennent d'un côté opposé à celui par lequel elles reçoivent les liquides du sang. Il y a alors courant du sang dans la cavité glandulaire, et la substance étrangère est ainsi repoussée de la cellule glandulaire.

Go ABSORPTION DANS LES CAVITÉS SÉREUSES.

De nombreuses expériences ont démontré que le pouvoir absorbant de ces cavités était très-considérable pour les gaz, les liquides et même les matières grasses liquides (Willis, Magendie, Dupuytren, Ségalas, Longet, Lebkiichner, Couleyet Colin, Cl. Bernard, Leconte et Demarquay, Blondin, Michaëlis, Héring).

Je ne veux point insister sur ces faits, du reste parfaitement connus et vérifiés; je préfère attirer l'attention sur un travail récent qui a apporté des résultats bien inattendus : je veux parler des découvertes de Recklinghausen.

Dans ses expériences, publiées en 1 862, Recklinghausen choisit pour siège anatomique de ses observations, le péritoine qui recouvre le centre phrénique du lapin, très-délicat, très-transparent et permettant l'examen au microscope. Il introduisait dans le péritoine des particules très-divisées , tels que globules de lait, globules de sang, encre de Chine, cinabre, bleu de cobalt, ou de l'huile. Au bout de quelques instants, quatorze fois sur seize, il retrouvait ces substances dans les lymphatiques du centre phrénique.

Pour se rendre compte de la manière dont se faisait cette pénétration, Recklinghausen prend le centre phrénique d'un lapin qui vient de mourir, et porte la

face péritonéale sous !e microscope, en ayant soin de n'y pas toucher, pour ne pas enlever l'épilhélium. . Il dépose sur cette face une goutte de lait étendue dans un peu d'eau sucrée, ensuite il observe : il voit les corpuscules se réunir en petits amas, où ils tourbillonnent en plongeant dans des ouvertures qui les font pénétrer dans des vaisseaux lymphatiques disposés en réseau dans le centre phrénique.

«Si l'on continue à observer, dit-il, on voit com- »ment les globules de lait semblent attirés vers l'entrée »du tourbillon, comment enfin un globule plus gras, » venant à obstruer tout le passage, peut arrêter ce jeu » rapide. Mais un léger ébranlement imprimé à la pré- »paration suffit à le dégager ; le gros globule s'insinue ))lui-même, etla danse recommence; enfin, un globule » de sang est charrié, si on mêle un peu de sang au «lait qui se trouve en dehors du couvre-objet. Arrivé «au-dessous du tourbillon, il s'arrête sur le bord, il » plonge, fait un second quart de tour, et s'en va emporté »sans obstacle dans le torrent lymphatique.»

Après avoir constaté celte pénétration directe, Recklinghausen voulut se rendre compte de la forme et de la disposition des orifices par où elle se faisait.

Il use pour cela de la solution de nitrate d'argent, genre de préparation qu'il a introduite dans les recherches micrographiques, et qui, en pénétrant rapidement dans la substance intercellulaire, y dessine bientôt des lignes brunes, qui lui ont permis de trouver

les cellules épithôliales jusque dans les plus fins vaisseaux lymphatiques.

Cette solution de nitrate, appliquée à la surface du péritoine, fit aussitôt apparaître aux points oii avaient été remarqués les tourbillons, des points noirs d'où partaient des lignes noires formant un réseau. Les branches de ce réseau correspondant à des lacunes lymphatiques canaliculées, étaient tapissées par une couche d'épilhélium à petites cellules, continu avec la couche d'épilhélium de la séreuse elle-même. De ces observations, Recklinghausen conclut que les vaisseaux «lymphatiques superficiels de la face péritonéale du « centre tendineux communiquent avec la surface de » la cavité abdominale, par des ouvertures qui ont à peu » près deux fois le diamètre des globules rouges du sang, » et qui sont placées entre les cellules épithéliales, c'est- -à-dire dans les points où plusieurs d'entre elles con- » vergent.»

Je n'ai point à reproduire ici les objections que fait Kôlliker, dans la dernière édition de son Traité d'histologie, à la manière dont Recklinghausen conçoit les plus fins vaisseaux lymphatiques, et surtout à l'existence de l'épithélium, qu'il leur attribue d'une manière constante.

La question qui nous intéresse ici plus particuliè- I rement, est celle de l'existence des ouvertures perma- 1 neotes placées à la surface des cavités séreuses. La

découverte a pu étonner et ' être d'abord un sujet de doute; mais de nouvelles observations ont été faites depuis , soit en Allemagne , soit en France , et nous devons citer parmi ces dernières celles qui appartiennent au professeur Rouget. Nous avons pu voir, sur des diaphragmes de lapins, dans le péritoine desquels il avait introduit de l'encre de Chine, des points noirs, desquels partaient des lignes très-délicates également remplies de particules noires. Les observations de Recklinghausen se confirment donc , et viennent apporter à la science une vraie démonstration expérimentale de ces bouches absorbantes, si chères aux anciens.

Quant à l'utilité de ces ouvertures , elle est pins problématique et demande de nouvelles recherches. On pourrait en effet penser que, si elles sont utiles pour l'absorption des liquides incessamment versés dans les séreuses, elles ne sont pas dans tous les cas indispensables. Ces membranes, munies d'un épithélium délicat et d'un riche réseau sanguin, paraissent remplir toutes les conditions propres à l'absorption des liquides. Recklinghausen a proposé une hypothèse un peu hardie : il a reconnu, comme Cl. Bernard, que, dans l'état normal, à certains moments, pendant la digestion par exemple , les cavités séreuses renfermaient des quantités assez considérables d'un liquide coagulabley dans lequel nageaient des corpuscules analogues aux globules lymphatiques. Ces liquides et ces globules, qui pourraient provenir de l'épi thélium, disparaissent

aussi rapidement qu'ils se sont formés : les orifices en question serviraient à leur passage.

Laissant de côté la question plus délicate de l'origine épithéliale des globules, je propose aussi une explication. Je ferai remarquer que le liquide épanché dans les séreuses renferme de l'albumine, de la fibrine en proportion assez considérable, puisqu'il est coagulable; or, ces matières colloïdes ne trouvent pas, dans ces cavités closes, des liquides propres à les métamorphoser et à leur donner une dilFusibilité assez grande pour qu'elles rentrent rapidement par endos^ mose dans le courant de la circulation. Les orifices béants sont là pour permettre la rentrée en masse du liquide épanché.

Du reste, l'existence des orifices dans les cavités séreuses, et les idées émises par Recklinghausen, aussi bien que l'explication queje propose timidement, n'ont .au fond rien qui doive nous étonner. La conception actuelle des radicules lymphatiques et leur revêtement é[)ithélial, démontrés par Recklinghausen, nous amènent I naturellementà penser que les cavités séreuses ne sont, I en définitive, que de vastes lacunes lymphatiques. 11 y I a là analogie complète : analogie de structure ( esi paces intercellulaires et épithélium pavimenteux délicat) ; analogie de contenu (sérum sanguin et corpuscules lymphatiques) ; analogie de fondions (exhalation, , absorption et production de corpuscules); analogie ' d'origine (écarlemenl plus ou moins considérable des

éléments des tissus). iLe ttoraps no me permet pas de développer ces divers points ; je me borne à les livrer au jugement de mes lecteurs.

Nous devons, pour terminer ce sujet, ajouter que Recklinghausen n'est pourtant pas encore parvenu à découvrir ces orifices dans le péricarde, la plèvre, les rentres séreuses. D'oii vient la différence des résultats? C'est ce que l'expérience nous apprendra.

Enfin, dans un travail postérieur (1863), Recklinghausen, pour démontrer que les orifices n'étaient pas le résultat d'une pression exercée sur le diaphragme , a prouvé que les particules solides pénétraient dans les orifices en question, malgré l'influence d'une pression exercée sur la surface thoracique du centre phrénique.

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