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ABSORPTION PAR LA PEAU

En abordant la question actuelle, on se sent comme écrasé sous le poids des expériences multipliées et contradictoires.

Parmi les nombreux observateurs qui se sont appliqués à sa solution, les uns ont considéré la peau comme un puissant organe d'absorption ; et il faut convenir qu'à ne consulter que l'opinion générale à cet égard, et en présence des effets obtenus par les bains d'eau minérale , on serait naturellement porte à partager leur avis. Pour d'autres observateurs, le rôle de la peau, comme organe d'absorption des liqui-

des, est nul, complètement nul. Pour d'autres, enfin, la peau n'a pas perdu tous ses droits comme organe de réception , mais on ne les lui reconnaît que comme bien restreints et infidèles. Je ne puis ici entrer dans une étude historique de la question ; elle demanderait, pour être complète, plus d'espace que je ne puis lui en consacrer dans la revue générale que je suis appelé h faire. Je dois me borner ; et au lieu d'émettre des noms , chercher plutôt à classer des idées et à tirer quelques conclusions : c'est ainsi que je procéderai.

Je commence par étudier l'absorption de la peau recouverte de son èpiderme. La surface en question est plus ou moins riche en vaisseaux sanguins, suivant la région où on la considère. Il est aussi des régions où le réseau lymphatique est incomparablement plus riche que dans d'autres points. Enfin, l'épiderme, le recouvrement corné si peu perméable, est plus ou moins épais, suivant le sujet et les régions. Voilà déjà des motifs de penser que l'absorption cutanée ne doit pas être également active dans tous les points. Nous verrons qu'il y a encore des raisons qui nous paraissent supérieures à celle-là, pour déterminer à la surface de la peau quelques sièges d'élection pour le pouvoir absorbant. ••

Je n'insiste pas sur l'absorption des gaz par la peau; personne ne la nie. et tous les physiologistes savent qu'il y a une vraie respiration cutanée, que sa sup-

pression peut amener l'asphyxie lente et la mort, et qu'un animal dont le corps, moins la tête, est plongé dans un gaz délétère, présente bientôt des phénomènes d'empoisonnement.

L'absorption des liquides est une question autrement débattue.

Les expériences entreprises pour la résoudre peuvent être classées en deux grandes catégories : 1° d'un côté, on s'est servi de l'eau pure ou chargée de substances dissoutes comme moyen d'expérimentation ;

2° D'autre part , on a essayé de divers menstrues autres que l'eau.

La méthode employée pour juger de l'absorption, par la peau, de l'eau et des substances dissoutes dans ce liquide, a surtout consisté dans l'emploi de bains.

On a constaté s'il y avait eu, oui ou non, absorption de l'eau, en comparant le poids de l'individu avant et après le bain.

Pour l'absorption des matières 'dissoutes, ou bien on a cherché à reconnaître leur présence dans l'urine, ou bien on a examiné si les phénomènes physiologiques consécutifs à l'absorption de certaines de ces substances, se produisaient. C'est ainsi qu'on a procédé pour la belladone et la digitale, par exemple.

Avec ces procédés, assez comparables entre eux, on est arrivé à des résultats passablement contradictoires. C'est ainsi que l'absorption de l'eau est niée par ;

Seguin, Poulet, Hébert, D^olore^ tandis qu'elle est admise par :^ ^ ^ ^'^^ nof..'?jO q

W. Edwards, Dill, Madden\ Ber'tiî()ld'i*'Coliar^' (B^ Martigny), Westrumb , Briicke, Ludwig , Homolle, Sereys, Willemin, Duriau.

Nous ne craignons pas de nous prononcer en faveur de l'affirmative, en insistant sur la remarque judicieuse de W. Edwards, renouvelée avec plus de précision par Duriau, que si, dans les bains chauds, le poids du corps n'a pas augmenté, c'est que l'exhalation cutanée et pulmonaire l'a emporté sur l'absorption cutanée; tandis que, dans les bains tièdes, d'une température inférieure de 12 à 14" à celle du corps, il y a toujours une augmentation de poids notable.

Nous venons de voir que la grande majorité de ceux qui ont abordé la question de l'absorption cutanée, est favorable à l'absorption de l'eau ; nous allons voir la proportion se renverser, pour ce qui regarde l'absorption des sels, des substances organiques dissoutes dans le bain.

C'est ainsi que, pour l'affirmative, se prononcent :

Coilard (de Martigny), Westrumb, Seroys, Willemin, Deschamps (d'Avallon); tandis que , pour la négative, nous devons inscrire les noms de :

Seguin, Curie, Lehmann, Thompson, Homolle, Poulet, Duriau, Berne et Delore, Réveil, Hébert, Demarquay, Parizot, Gubler, de Laurès.

Et encore devons-nous ajouter que parmi ceux qui admettent l'introduction dans le sang des sels dissous dans l'eau, la plupart, tels que Willemin, Deschamps (d'Avallon), déclarent n'avoir obtenu que des effets trèsfaibles ; et tous les observateurs, sans exception , n'ont obtenu que des effets inconstants et se sont trouvés en présence de cas où l'absorption n'avait pas eu lieu.

Nous devons encore faire remarquer que Sereys, qui a obtenu les résultats positifs les plus nombreux en faveur de l'absorption des matières dissoutes, employait dans ses expériences les bains à l'hydrofère , dans lesquels la solution pulvérisée venait frapper la peau dans un état de division extrême. Il y avait à la fois percussion, division extrême, et renouvellement incessant du liquide ; trois conditions auxquelles il est permis d'attribuer une influence favorable.

Nous pouvons donc tirer, de toutes ces expériences, une conclusion qui nous paraît incontestable:

La peau absorbe de l'eau, mais en bien faible quantité. Elle peut absorber des matières dissoutes dans l'eau; mais cette absorption, toujours tardive et trèsfaible, manque plus souvent qu'elle ne se réalise.

La seconde méthode d'expérimentation n'a été appliquée que par un petit nombre d'observateurs.

Waller fit, en 1860, des expériences très-intéressantes sur l'influence du liquide dissolvant , au point de vue de l'absorption.

Il plongeait la patic d'un cochon d'Inde ou d'un rat albinos dans le liquide à éprouver , et observait les résultats physiologiques de l'absorption.

Voici le résumé de quelques-unes de ses expériences :

Dans la teinture d'aconit pure. — Rien. Dans la teinture et le chloroforme. — Empoisonnement.

Si le nerf sciatique est coupé , ce qui accroît la vascularisation du membre , le pouvoir absorbant est accru, et la teinture d'aconit pure est absorbée.

Avec l'atropine et le chloroforme. — Dilatation de la pupille en deux ou cinq minutes.

Avec l'atropine et l'essence de térébenthine. — Effet nul ou très-léger pendant l'immersion ; eiTet marqué après.

Avec l'atropine et l'eau. — Effet au bout seulement de trente minutes.

Avec la strychnine et le chloroforme. — Pupille dilatée au bout de trois minutes, spasmes au bout de cinq minutes; deux minutes après la sortie du bain , mort.

Avec l'alcool et la strychnine. — Effet nul pendant trente-cinq minutes que dura l'expérience.

De ces expériences, Waller conclut que la rapidité de l'absorption cutanée dépend du menstrue employé. Hébert (1861) a essayé de donner une explication

des faits observés. Il fait remarquer que la peau se distingue des autres membranes absorbantes par ;

1° L'épaisseur et l'état de siccité de son épithélium ;

2° Par la couche de matières sébacées qui l'enduit, et repousse l'eau.

Pour lui, l'eau n'est pas absorbée, pas plus que les matières qu'elle tient en dissolution, parce qu'elle ne mouille pas la peau , même quand celte membrane a été lavée avec du savon. Au contraire, les substances qui adhèrent à la peau et qui ne sont point repoussées par elle , peuvent être absorbées, et avec elles les matières qu'elles tiennent en dissolution ou à l'état de mélange intime.

Ainsi le chloroforme, l'éther, le sulfure de carbone, les huiles volatiles, l'alcool, qui dissolvent la matière sébacée; ou les corps gras, la glycérine, qui se mêlent intimement à elle, adhèrent à la peau et sont d'excellents menstrues pour les substances que l'on veut faire pénétrer par la peau.

A ces expériences s'ajoutent celles de Delore qui, ayant essayé des frictions avec des pommades, des onguents, des glycérolés, des teintures alcooliques, des emplâtres, etc., a, sur 138 cas, obtenu 69 cas positifs , 60 négatifs et 9 douteux. Or, parmi les cas négatifs se trouvent toutes les expériences faites avec les solutions aqueuses, les extraits aqueux.

Enfin, M. Gubler ayant dans un cas placé de la

teinture d'iodo autour des genoux , en constata dans l'urine. Dans d'autres cas semblables, il fut moins heureux.

En présence de ces faits, nous devons reconnaître que le menstrue a en effet une véritable influence , et une influence très-importante. On ne peut douter que, comme le prétend Hébert, la faculté d'adhérer à la peau, de mouiller la peau, ne soit la véritable cause des différences que l'on remarque dans l'absorption cutanée. Ces faits nous paraissent peu contestables; mais nous ne devons pas nous contenter de cette explication, et nous devons aller plus avant dans la question que nous traitons. Nous savons que la peau absorbe les substances qui la mouillent ; mais où et comment se fait cette absorption?

Quoiqu'il semble témérairede vouloir résoudre cette question , nous pensons que la science possède déjà quelques éléments d'une solution rationnelle; Nous allons essayer de le prouver.

Collard (de Martigny ), dans ses expériences avec l'eau déposée sous un verre de montre, avait remarqué que la même quantité d'eau placée à la paume de la main, au pli de l'aine, au front, disparaissait en quatre heures ; sur la face interne de la cuisse, en cinq heures ; sur la poitrine, l'abdomen, le dos de la main; en huitou neuf heures; sur la face externe de la cuisse, . en onze heures.

Nous avons déjà vu Gùbler obtenir au genou l'absorption de la teinture d'iode. Cette teinture, injectée dans un manchon imperméable, a dû se trouver en contact surtout avec la face poplitée du genou.

Les praticiens savent aussi que l'absorption est plus rapide à la plante des pieds , sous l'aisselle , au pli du coude, etc.

Si l'on demande la raison de la supériorité de ces régions pour l'absorption , on répond que Vépiderme y est plus mince. C'est là une raison, mais elle n'est pas la seule , elle n'est pas même la meilleure, puisque la paume de la main, et surtout la plante des pieds, où, en réalité , l'absorption est plus rapide que partout ailleurs, ont certainement une couche épidermique beaucoup plus épaisse que les autres régions. Si nous nous demandons ce qu'ont de commun ces diverses régions oii les couches épidermiques présentent des différences d'épaisseur si considérable, nous trouverons que toutes sont très-riches en glandes sudoripares ; et nous trouverons même que les mieux pourvues sous ce rapport , telles que la paume de la main, la plante des pieds, l'aisselle, l'aine, sont aussi celles où l'absorption a le plus de puissance. Revenant aux expériences précitées de Hébert, nous comprendrons que l'eau, repoussée de la surface cutanée par la matière sébacée, ne peut s'introduire que difficilement dans ces tubes . capillaires; tandis que les matières qui mouillent la peau, y pénètrent: ou par capillarité, comme l'éther,

le chloroforme, l'alcool, etc.; ou par pression et fusion, comme les graisses, les pommades. Ainsi agissent les frictions, dont l'elïet est d'autant plus marqué qu'elles sont plus prolongées.

Si maintenant nous nous rappelons combien, d'après les expériences de Bernard , l'absorption est active dans les canaux glandulaires , nous ne tarderons pas à admettre que l'absorption cutanée ne se fait pas, en réalité, à la surface du derme, mais dans les glandes sudoripares. Il est probable que, pour ces glandes comme pour les autres, l'absorption est surtout active pondant la période de repos. De cette assertion, sur laquelle jô ne m'étendrai pas plus longtemps, se déduisent des notions utiles pour la pratique, quant au siège des frictions médicamenteuses, quant à la forme de la substance employée comme menstrue, quant au moment oii il faut faire les applications cutanées.

L'idée première de cette opinion revient, en définitive, à Seguin, qui considère que l'absorption cutanée se fait surtout par les canaux exhalants; mais, pour être juste, nous devons dire que c'est Fort qui l'a formulée nettement dans son Manuel de dissection.

Un mot, pour terminer ce sujet, sur l'absorption des particules solides par la peau. Je range sous cette dénomination le mercure , aussi bien que les particules colorantes que l'on a retrouvées dans les ganglions lymphatiques à la suite de tatouages, etc. Le mercure est

absorbé, nul ne le conteste; la preuve en est par trop évidente. Je me borne à dire que c'est à son extrême division et à son incorporation à un corps gras, qu'il doit de pénétrer dans le sang, où il passe sans doute dans des combinaisons qui le dépouillent de son état de métal. Quant aux particules colorantes, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elles pénètrent dans les vaisseaux lymphatiques , car l'opération du tatouage doit bien souvent les y introduire directement, en piquant les vaisseaux eux-mêmes. Ces particules peuvent aussi y pénétrer par pression, par résorption des tissus, en un mot i^ST pénétration, au sens de M. Robin.

L'absorption sur le derme dénudé est d'une activité excessive , on comprend pourquoi : c'est là la base de la méthode endermique, si employée en médecine. Dans ce cas, l'activité de l'absorption est accrue par la minceur et la perméabilité de la membrane, en même temps que par un accroissement de vascularité qui est consécutive aux moyens de dénudation du derme, et à cette dénudation elle-même.

L'expérience de tous les jours a démontré que l'absorption est la plus active immédiatement après la chute de l'épiderrae, et qu'elle décroît avec le temps.

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