ABSORPTION PAR LE TUBE DIGESTIF
Avant d'aborder le côté physiologique de cette question, nous devons nous demander quelles sont les conditions anatomiques appartenant à l'ensemble du tube digestif , et pouvant favoriser l'absorption.
Les substances absorbables se trouvent ici en présence d'un long tube tapissé par une muqueuse et pourvu d'une enveloppe contractile. Danslamuqueuse, de riches réseaux sanguins et de nombreuses radicules lymphatiques créent, près de la surface de la muqueuse, une nappe de liquides alcalins , albumineux , trèspropres à l'absorption. Un épithélium, soit pavimenteux dans quelques régions limitées, soit surtout cylindrique, ne constitue presque partout qu'une couche unique, mince, permettant l'accomplissement des jjhénomènes de diffusion, et paraissant doué de qualités osmotiques remarquables. La masse de sang qui circule dans les vaisseaux intestinaux, pendant la digestion, fournit une quantité énorme de sucs qui peuvent servir à la dilution des solutions , et à la dissolution des matières solides. Les liquides sécrétés présentent des réactions variées que nous préciserons plus tard, et qui ont certainement sur l'absorption des différentes matières, des influences utiles et variées. Enfin , la surface absorbante est presque partout multipliée par la présence de millions de villosités et diverticulums microscopiques; car je n'hésite pas à regarder comme de vraies surfaces absorbantes ces culs-de-sac sans nombre auxquels on a donné les noms de glandes de Lieberkuhn, glandes muqueuses.
Ces prétendues glandes, en effet, enveloppées d'un réseau capillaire analogue à celui des villosités, et tapissées d'un épithélium cylindrique en tout semblable
à celui de la surface de rinteslin, ne méritent pas plus le nom de glandes que tout le reste de la muqueuse inlestinale. Il y a là, sans doute, comme partout, sécrétion d'un fluide intestinal, mais il y a aussi aptitude à une absorption active.
Si nous songeons maintenant à la tunique contractile qui enlace cette cavité essentiellement mobile, nous saisirons immédiatement le rôle important qu'elle peut jouer dans l'absorption, soit en malaxant les matières absorbables, et en faisant passer successivement toutes leurs parties au contact de la muqueuse, soit en exerçant sur elles une pression très-favorable à leur pénétration, soit en exprimant de la masse chymeuse les parties les plus liquides et les injectant pour ainsi dire dans ses diverticules muqueux , où elles seront rapidement absorbées ; soit enfin en produisant, par ses alternatives de contraction et de relâchement, des phénomènes successifs de pression et d'aspiration, dont nous comprendrons l'importance , pour l'absorption surtout des substances qui doivent entrer dans la voie des chylifères.
A l'aide de ces notions préliminaires, nous pouvons entrer dans l'élude de l'absorption inlestinale, et nous le ferons en l'étudiant : 1° dans ses rapports avec la nature des substances absorbées ; 2° ensuite dans ses rapports avec les diverses subdivisions du tube intestinal.
A. Absorption des gaz.
Des gaz de nature variée se trouvent normalement dans J'inteslin. On y rencontre de l'azote, de l'acide carbonique, de l'hydrogène sulfuré, etc. Ces gaz, qui s'y trouvent quelquefois dans des proportions assez considérables pour devenir une cause de gêne et même de mort, disparaissent en partie par les ouvertures naturelles. Mais il est incontestable qu'une grande partie en est souvent absorbée , ainsi que le prouvent les cas de tympanites guéries sans excrétion directe, et les expériences consistant à injecter dans le tube digestif certains gaz, tels que l'hydrogène sulfuré, et à les retrouver dans les gaz expirés. On sait aussi que la loche des étangs avale de l'air en quantité assez considérable pour subvenir à une vraie respiration intestinale.
Sous quelle forme s'absorbent les gaz? Les gaz, obéissant aux lois de diffusion , peuvent s'absorber directement et comme gaz. Mais il est probable que la plupart sont entraînés à l'état de dissolution dans les liquides intestinaux.
JB. Absorption de l'eau et des sels.
Grâce aux notions que nous possédons déjà, je n'aurai pas besoin de beaucoup insister sur ce point. L'alcalinité du sang et la grande puissance osmotique de son
albumine, nous font suffisamment comprendre combien l'eau et les substances salines seront rapidement absorbées. Les sels pénétrant dans le sang en vertu de leur pouvoir diffusif, nous pouvons prévoir que, plus leur dissolution sera concentrée, plus la quantité absorbée dans un temps donné sera considérable. Les conditions anatomiques de l'absorption intestinale nous permettent de comprendre leur facile passage dans le sein des liquides en circulation, et nous ne sentons pas le besoin d'insister sur ce point.