SUBSTANCE CONJONCTIVE DE LA VILLOSITÉ
Renfermaot :
1 ° Des canalicules en réseau formés par les corpuscules du tissu conjonctif, communiquant avec le chylifére central.
Virchow, Leydig, Heidenhain.
2o Des cavités lacunaires en réseau placées dans les mailles du réticulum.
Billrolh, His, Lndwig, Tomsa, Recklinghausen.
3° Union directe par des canaux et des corpuscules du tissu conjonctif entre les cellules épithéliales et le chylifère central.
Heidenhain.
A chacune des opinions anatomiques que nous venons d'énumérer, se rattachent une ou plusieurs théories sur le mécanisme de l'absorption de la graisse. Je n'aurai garde de vouloir les analyser toutes. Laissant de côté les nuances, je me bornerai aux divisions importantes.
1° Chute des cellules. — La question de l'absorption de la graisse paraîtrait bien simpliûée, s'il était établi qu'au moment de la digestion les cellules épithéliales disparaissent et laissent à nu la substance molle de la villosité.
Goodsir (1842), qui le premier vit l'infiltration graisseuse des cellules intestinales, avait supposé qu'il en était ainsi; mais s'il est vrai que dans cet état d'infiltration graisseuse les cellules se détachent facilement de l'intestin, il n'en est pas moins établi par des observations multipliées que la muqueuse conserve son épilhélium. Du reste, l'épithélium fût-il supprimé, qu'il nous resterait toujours à expliquer la pénétration , dans son intérieur, des globules graisseux qui l'ont envahi.
Il est donc établi que l'épithélium persiste pendant la période de l'absorption , et nous avons d'abord à nous demander comment s'opère le passage des globules graisseux de l'intestin dans les cellules épithéliales, et comment ils sortent de ces mêmes cellules. Deux théories principales et diamétralement opposées se trouvent en présence :
2° Théorie de la pénétration directe. — Je range dans cette dénomination les théories qui , comme celles de Briicke, de Lambl, de Leydig, etc., reposent sur l'admission d'une ou plusieurs ouvertures permanentes ou transitoires du bourrelet épithéUal, et sur
une ouverture correspondante de l'extrémité adhérente de la cellule.
La pression intestinale fait pénétrer directement les globules de graisse dans la cavité de la cellule, et les premiers arrivés, poussés par les nouveaux venus, sortent de la cellule et pénètrent dans la villosité.
3» Théorie de l'endosmose. — Funke, le principal défenseur de cette théorie, considère les cellules comme pourvues d'une paroi continue, imperméable aux solides.
Les graisses liquides y pénétreraient par endosmose, grâce à la pression intestinale, et grâce aussi à celte influence de la bile que nous avons déjà fait connaître.
Les partisans des canalicules poreux du bourrelet épilhélial, tels queKolIiker, Donders, ont apporté un perfectionnement à cette théorie : ils supposent que les globules graisseux, pressés par la contraction intestinale, se divisent, pour pénétrer dans ces canalicules extrêmement fins, et sont, par suite de cette division extrême , plus aptes à traverser par endosmose la paroi propre, si délicate, de la cellule.
Les globules graisseux sortent de la cellule, en • vertu des mêmes forces qui les y ont poussés, c'està-dire par pression et endosmose.
Chacune des deux théories a ses partisans. A la première se rattachent : Gruby et Delafond, Brllcke,
Wiltich , Reichert , Moleschott , Milne Edwards , Lambl, etc. La seconde est acceptée par 0. Fiinke, KoUiker, Donders, Frey, Schiff, Balogh , Eberlh , Ch. Robin, Morel, Bruch, Morin, Jeannel, Frerichs, J. Béclard, etc.
Un jugement absolu sur cette question serait , sans doute, très-prématuré; mais il nous semble que les affirmations à la fois les plus nombreuses et les plus désintéressées, sont du côté de ceux qui, ne reculant pas devant les conséquences embarrassantes de leurs observations, soutiennent que le bord supérieur de la cellule est complètement fermé, quoiqu'il puisse présenter, ou non, des canalicules poreux fermés par la membrane propre de la cellule. Cette membrane propre est, du reste, extrêmement mince et délicate, et la filtration de la graisse émulsionnée et mêlée aux sels alcalins de la bile, peut s'y faire avec facilité.
Comment se fait la pénétration des globules dans la villosité? Une théorie commode est proposée par Heidenhain. Les globules arrivés dans la cellule sont poussés dans un prolongement caudal de cette cellule, qui se relie avec le réseau des corpuscules du tissu conjonctif. Ce réseau communique lui-même avec la lacune centrale. L'explication serait satisfaisante, si ces prolongements cellulaires et leur anastomose avec un réseau vâsculaire étaient réellement démontrés ; mais jusqu'à présent Wiegandt seul s'est rallié à cette opinion.
Une opinion plus probable et plus en rapport avec ces faits, se déduit naturellement des notions positives que nous avons aujourd'hui sur la structure du tissu fondamental de la villosité. Il est en effet permis de penser que les globules, pressés à leur sortie des cellules épilhéliales , pénètrent peu à peu dans le tissu gélatineux demi-liquide qui remplit les mailles du réticulum. Poussées par celles qui sont en arrière, elles cheminent sous forme de files ou séries pouvant présenter l'aspect d'un véritable réseau vasculaire. Par l'effet des contractions des muscles de la villosité , la lacune centrale se vide et le chyle qu'elle renfermait passe dans les vaisseaux lymphatiques qui lui font suite. Lors du relâchement de ces mêmes muscles , la villosité revient d'autant plus énergiquement sur elle-même, que son élasticité propre est accrue par l'état de turgescence sanguine dans lequel elle se trouve. Il s'établit aiusi une aspiration de la surface au centre de la villosité, aspiration qui, attirant vers la lacune la lymphe qui transsude abondamment des vaisseaux sanguins turgescents, entraîne avec elle les globules graisseux.
Telle est la théorie de l'absorption de la graisse qui nous paraît la plus acceptable, dans l'état actuel de la science.
Toutefois il suffit que des observateurs aussi distingués que Brïicke, Leydig, Moleschott, etc., se rangent à une opinion tout opposée, pour que nous devions
nous tenir dans une prudente réserve et attendre de nouveaux faits.