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ABSORPTION DES CORPS SOLIDES

Voici encore une question très-débattue et sans solution inattaquable.

Les particules solides sont-elles absorbées par l'intestin ? De nombreuses séries d'expériences ont été entreprises pour répondre à cette question.

Herbst (184-4-) les institua le premier. Il injecta du lait dans l'intestin, et il le retrouva dans le sang, à l'aide du microscope. Il en fut de même avec des granules d'amidon , dont la présence dans le sang fut constatée par la vue et à l'aide de l'iode.

OEsterlen (1846) nourrit des lapins, des chats et des coqs avec de la poudre de charbon, et la retrouva dans le sang des veines mésentériques , le cœur, le poumon , rarement dans les reins ; les villosités et l'épithélium intestinal étaient intacts.

Eberhard (184-7) expérimenta avec du charbon, du soufre sublimé , et les retrouva dans les veines et les chylifères.

Mensonides et Donders (1 848) virent dans un petit vaisseau du mésentère d'une grenouille, quelques granules d'amidon. Pour le charbon et le soufre, ils n'eurent que des résultats douteux.

Bruch(1 853) trouva le charbon dans les chylifères.

Hoffmann (1854) introduisit dans l'intestin, sans succès , du mercure en substance ou divisé sous forme d'onguent gris.

Moleschott et Marfels (1854) reprochent aux expériences antérieures d'être faites avec des corps anguleux pouvant déchirer les tissus. Ils expérimentent avec des globules arrondis de sang de mammifères (mouton, bœnf), introduits dans l'intestin de grenouilles dont les globules sanguins sont elliptiques.

Dans plus de deux cents expériences, ils retrouvent les globules arrondis dans le sang.

Même succès avec le pigment choroïdien introduit dans l'estomac de grenouilles et de chiens. Ces auteurs se rattachent, pour expliquer ces faits, à la théorie de Brùcke , sur l'absorption des graisses.

Hollander et Bidder (1857) reprennent à Dorpat les expériences précédentes, mais avec des résultats constamment opposés.

Donders (1857) n'a pas vu des particules solides passer à travers l'épithéliùm intestinal.

Moleschott (1857) lui répond par des expériences où le bleu de Prusse a pénétré dans les cellules épithéliales et le sang.

Von Wittich (1857) cite un fait remarquable de présence de globules rouges dans les villosités d'un lapin qui, à la suite d'une blessure, avait du sang dans l'intestin. Après quelques essais infructueux, il a vu des globules rouges dans les chylifères ducœcum

d'un animal dans l'intestin duquel il avait injecté du sang.

Crocq (1859) expérimente avec de la poudre de charbon sur la peau, les muqueuses, les séreuses, les bronches. Pour lui, le passage du charbon est fréquent, mais il faut que l'épithélium ait disparu. Cette pénétration est pour ainsi dire anormale.

Schweiger-Seidel (1 862) reprend les expériences de Herbst, les combat, et démontre que les corpuscules solides ne peuvent pas passer du sang dans les vaisseaux lymphatiques.

Rindfleisch (1862) combat les idées de Moleschott.

Enfin, notre ancien collègue le docteur Villaret, dans une thèse remarquable sur un cas rare d'anthracosis, rapporte des expériences faites par lui pour expliquer la pénétration des poudres solides dans le poumon . Or, il rapporte que des lapins qu'il a fait vivre , pendant plusieurs heures , la tête dans un sac rempli de poudre de charbon, n'ont jamais présenté une particule de cette substance dans les vésicules pulmonaires; tandis que l'estomac et l'intestin en renfermaient beaucoup : c'est donc par là que doivent passer les particules solides qui vont s'arrêter et s'accumuler dans le poumon.

L'auteur accepte du reste l'idée de Robin , que c'est par pénétration, par la disparition molécule à molécule de la membrane organique au-devant du corps solide, que celui-ci arrive dans les vaisseaux absorbants.

Après rénumération de tous ces résultats contradictoires, on se demande quelle est l'opinion que l'on doit se former sur un pareil sujet. On ne peut en accepter une d'une manière définitive ; mais en attendant que des faits mieux observés aient dissipé l'obscurité, nous pouvons présenter quelques considérations utiles.

Ainsi, nous ferons remarquer, d'abord que la pénétration des corps solides de l'intestin dans le cours du sang peut à peine être niée, puisqu'elle est le seul moyen par lequel nous puissions comprendre le passage des œufs d'entozoaires avalés , dans le reste du corps ; ensuite , que les résultats les moins contestés de pénétration ont été obtenus avec de la poudre de charbon, matière dure, solide, pénétrante, anguleuse. Nous pouvons enfin rappeler que l'épithélium intestinal est , dans certains cas , d'une caducité remarquable , et laisse à nu la substance molle et pénétrable des villosités.

En réunissant ces éléments, il est peut-être permis de penser, ou bien avec Berard , Robin, que les particules anguleuses et résistantes déchirent, divisent l'épithélium grâce à la pression intestinale, et arrivent dans la villosité, oIj cette pression les fait facilement cheminer ; ou bien avec Crocq, approuvé par Spring, Schwann et Cluge , que la pénétration des matières solides est un cas accidentel assez fréquent, mais nécessitant toujours la chute de l'épithélium.

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