CONCLUSIONS
De tous les agents que possède la thérapeutique, il en est peu qui possèdent des caractères aussi tranchés que l'abstinence. On a pu, en effet, constater la dépression constante que subissent les organes et les fonctions sous l'influence prolongée de la privation d'aliments. Mais aussi il y a un écueil à éviter lorsqne l'organisme est préalablement affaibli par des pertes considérables ou par une alimentation insuffisante. Ces diverses circonstances sont connues, il ne reste plus qu'à les résumer d une manière générale.
Or, d'après les observations recueillies au lit du malade et en se basant sur ce qui précède, on peut conclure que :
1° L'abstinence n'exerce aucune action sur les fièvres continues; elle n'en modifie point la marche ni les manifestations symptomatiques.
Dans ces affections, Pinanitiation prime souvent la maladie principale et devient une nouvelle cause d'accidents.
-2° Dans les fièvres intermittentes on se gardera de priver de nourriture les malades ; une alimentation insuffisante peut donner à la maladie un caractère sinistre et faciliter le développement de la cachexie paludéenne.
5° Très- utile dans les inflammations du tube digestif, Pabs-
linence ne doit jamais être conseillée dans les maladies dont elle peut favoriser la production, telles sont la gastralgie, etc.
4° Les inflammations du poumon sont combattues par l'abstinence avec autant de succès que par tout aulre agent thérapeutique.
5" Les épanchemenls séreux de la plèvre se résorbent rapidement sous l'influence de la privation d'aliments et de boissons.
G0 L'abstinence prolongée peut contribuer puissamment à amender les symptômes des maladies du cœurlorsqu'il n'existe aucune lésion organiquede ce viscère; mais elle n'est d'aucun secours quand cet organe présente des altérations dans sa structure, dans les maladies des vaisseaux, etc.
7° Les affections rhumatismales ne disparaissent point par l'emploi exclusif de l'abstinence.
8° Cet agent diététique est funeste dans l'anémie.
0° Facilement tolérée dans les névroses, l'abstinence ne doit jamais être mise en usage dans les névralgies.
10° Enfin, dans les maladies de l'appareil urinaire, l'abstinence des boissons amène toujours une diminution notable dans la quantité des urines el dans la proportion d'albumine que ce liquide peut renfermer anormalement.
Telles sont les conclusions auxquelles nous avons été conduit par l'examen des malades.
Appendice
De f alimentation des inanitiés.
Toutes les fois qu'un malade a été soumis à l'abstinence ou seulement à une alimentation insuffisante, lorsque l'inanitiation sera manifeste, ce n'est point par des agents médicamenteux, c'est seulement par l'alimentation qu'il faudra combattre les accidents. Souvent, il est vrai, le malade refuse la nourriture qu'on lui présente, il a même de la répugnance pour les aliments. On ne se laissera pas imposer par les refus obstinés.
11 convient alors do le nourrir quand môme, et l'on donnera de préférence les viandes rôties. Les boissons et les aliments liquides sont funestesen pareille circonstance ils favorisent certains phénomènes morbides. On insistera donc sur les aliments solides, et l'on n'accordera que peu de boissons, encore cellesci seront-elles réparatrices. C'est de celle manière que l'on triomphera des désordres de l'abstinence et que l'on en préviendra les suites fatales C'est ici qu'il conviendrait peutôtre d'exposer les observations qui ont servi de base à ce tra- \ail ; mais la longueur et la répétition de ces détails dépasseraient les bornes que nous nous sommes imposées. Nous renvoyons donc à notre Mémoire déposé à la bibliothèque de la Faculté de médecine.
Paris.— Imprimé chez Bona.ventui\e et Di;cessois, 55, quai des Augustins.