‹ De l'accaparementChapitre 10 sur 29 · AUG · texte numérisé non relu

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57,87 (juill.)

51 » (nov.)

lu3,58

remment avec un développement de la production et des exportations, témoigne de ce fait que la métallurgie aux Etats Unis est dirigée dans le sens de la spéculation, qui y est d'ailleurs favorisée par le groupement nouveau des capitaux engagés dans cette industrie.

En résumé, la métallurgie des Etats-Unis a pris un développement tel que la production française tout entière n'atteint pas même la seule augmentation de la production américaine d'une année sur l'autre ; cette industrie dirigée, en outre, dans le sens de la spéculation et favorisée par des prix de revient inconnus en Europe menace très gravement l'industrie du vieux Continent ; les pays même comme l'Angleterre, l'Allemagne et la Belgique qui semblaient, jusqu'à ce jour, avoir le moins à craindre la concur-

Fonte grise d'affinage

(minerai des lacs), à

Pittsburg. . . . 45,74 (fév.) 109,95 140,38 Fonte Bessemer, à

Pittsburg .... 51 » (janv.) 127,50 150 »

Rails d'acier (prix à

rusine),enPensylv . 86,70 (juill.) 178,50 105,88 Billetles d'acier (prix

à l'usine (à Pitts-

burgh . . . . . 75,22 (juill.) 198,90 164,42 Fer de qualité supérieure en barres, à

Philadelphie ( chez

les marchands), prix

de base 142,80 (déc.) 285,60 100 >

Fer de qualité supérieure en barres, à

Pitlsburgh, prix de

base 114,24 (déc.) 285,60 150 »

rence étrangère ont été vivement inmpressionnés, depuis deux ans, par les importations successives qui ont marqué le commencement de la formidable concurrence américaine sur leurs propres marchés.

C'est ainsi que s'exprime le président du Comité des forges de France :

Ainsi, voilà des faits, des chiffres incontestables. Voilà ce que l'accaparement Carnegie, ce que la fièvre de la concentration industrielle qui a gagnié les aciéries, ont fait, aux Etats-Unis.

Le plan est visible, nous le connaissons de source sûre. L'exécution en est commencée.

Depuis la conclusion du fameux traité M. Carnegie, laisse vivre le marché américain, les cinq ou six aciéries qu'il a laissées debout ont vu les prix de l'acier remonter de plus de 130 %.

Il vient même de faire avec elle une combinaison et a eu en l'air de s'amalgamer dans une compagnie gigantesque qui lui a donné cinq cents millions de dollars pour sa part. Au fond, c'est toujours lui qui est l'âme de toute combinaison.

* L'industrie métallurgique américaine connait enfin le repos et la sécurité après tant d'années d'épreuve et d'incertitude. Elle connait même la grande prospérité, c'est le bon plaisir du roi Carnegie. Maïs il se prépare à porter la bataille industrielle sur un

un autre terrain. Le marché étranger est seul assez vaste pour lui permette d'écouler son immense production, comme le fait remarquer le Président du Comité des Forges de France. Le duel va donc s'engager fatalement entré le nouveau monde et l'ancien.

Déjà, Carnegie a installé en plein pays ennemi — je veux dire en Angleterre qu'il menace en premier lieu parceque c'est un pays ouvert sans fortifications douanières — un poste avancé à Londres où la Compagnie Carnegie possède une agence supérieurement menée.

Les importations d'acier en Europe se font tous les jours plus actives et n'était le manque de grands vapeurs marchands américains — car la marine marchande a été surprise par la rapide transformation de la protectionniste Amérique qui va devenir exportatrice à outrance — il y aurait déjà un an que Carnegie aurait saturé le marché européen de produits métallurgiques.

C'est par l'Angleterre, du reste, que le Roi de l'acier va commencer en continuant par la Belgique dont le déclin va s'accentuer. C'est donc sous nos yeux que le marché belge, notre voisin immédiat sera conquis un jour par Pittsburgh qui lui vendra ses matières premières.

Notre tour viendra ensuite.

C'est alors qu'éclatera à tous les yeux, l'efficacité

d'un régime douanier protecteur. Sans les droits

métallurgiques, le marché américain n'aurait fait

déjà qu'une bouchée du marché français, enrayé l'es-

sor de notre industrie, paralysé la production de la fonte ; alors, c'est au certificat d'origine, à la surtaxe de pavillon, aux petites prescriptions d'entrepôt d'Europe (que le Comptoir de Longwy a exhumées fort à propos), à toutes les armes défensives en un mot du régime protecteur, que la France a dû jusqu'à présent de n'être pas envahie comme l'ont été l'Angleterre, la Belgique et même l'Allemagne. Mais ce n'est évidemment qu'une question de temps et dans, tous les cas, l'exportation métallurgique française,, qui commençait à se développer, pourrait bien être compromise. Nous conserverons peut-être notre marché intérieur, mais c'est tout. Il faut donc agir, et nous défendre.

Contre d'aussi gigantesques entreprises, que peuvent les petites lois de chaque pays si facilement tournées et si impuissantes ? Que devient le maigre article 419 de notre Code En quoi arrêtera-t-il Carnegie surtout aux pays libres-échangistes ?

Le cas de M. Carnegie est en effet intangible par les moyens ordinaires, c'est un accaparement de matière première de première nécessité et d'objets fabriqués dérivés, accaparement gigantesque qui met en fait à la merci d'un seul homme le marché américain tout entier et lui permet de tenter, de contrôler également le marché international.

Mais, il n'y a pas coalition puisque Carnegie est seul ou qu'il fait partie d'une compagnie unique.

Il n'y a pas non plus manœuvres frauduleuses, puisque c'est un particulier ou une société qui opère

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avec ses propres forces, avec son argent, avec ses ressources d'intelligence et d'outillage.

Que faire ?

J'ai toujours pensé que l'étude des phénomènes de concentration industrielle et de ses conséquences était une étude générale, qu'un jour ou l'autre les gouvernements auraient intérêt à faire en commun car, ainsi que je le démontrerai dans un prochain chapitre, quand un accaparement devient international, les lois nationales demeurent impuissantes parce qu'elles sont fatalement disparates et hétérogènes.

Il faudra en arriver à unifier au moins dans les grandes lignes, la législation contre l'accaparement viser par un article l'accaparement international dont nous parlerons en dernier lieu. Ainsi s'esquisse un point qui fera partie de nos conclusions, à savoir qu'il faudra un jour ou l'autre réunir à Paris une Conférence européenne internationale qui s'occupera de la question que nous traitons, qui édictera un règlement de défense contre les effets de l'accaparement universel, chaque nation restant maîtresse d'édicter les lois qui pourront lui convenir à l'intérieur.

Ce sera, le commencement des ententes économiques entre les nations européennes, quelque chose comme le début du fameux ZoUverein dont a parlé Guillaume II.

Dans tous les cas, gardons notre régime économique. C'est à l'abri d'une protection de 137,50 francs

par tonne d'acier que TAmérique s'est préparée à sa grande évolution métallurgique.

Faisons de même dans des proportions infiaiiment plus modestes et plus sensées.

Nous sommes attaqués, fortifions plus que jamais la place. Nous ferons des sorties contre l'ennemi commun plus tard.

Et que cela ne nous empêche pas de continuer d'aller au progrès scientifique et technique comme l'a fait Carnegie.

Ce qu'il faut retenir de cet exemple nouveau, c'est que la concentration industrielle n'a pas dit son dernier mot, c'est que nos petits syndicats, nos comptoirs, nos chambres syndicales ne sont qu'une étape.

Nous allons à la royauté industrielle ! Mystérieuses ^ destinées ! Tandis que les peuples semblent aller à la République en politique, ils vont à la Monarchie en industrie. Comme si dans toute transformation sociale ou industrielle on devait fatalement commen cer par la volonté unique, absolue, dictant ses lois au plus grand nombre.

Nous en sommes là, les masses obéissent aux obscures poussées de la concentration industrielle qui appelle fatalement la concentration de la volonté c'est -à-dire la Royauté et nous allons constituer de

plus en plus des trusts, des, fédérations, des groupements de patrons, d'ouvriers, de producteurs qui comme des années évolueront sous les ordres des Napoléon de l'économie politique comme Carnegie.

Le mouvement n'est donc pas fini.

Nous venons de voir un accaparement à la deuxième puissance (matière première et objets fabriqués) il nous reste à voir l'accaparement complet universel, international.

Il existe.

L'Accaparement

International

àla Troisième Puissance

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