tonnes
Moyenne.. 1.205 tonnes, par kilomètre carré etpar an.
La moyenne de l'extraction du département du Nord tombe à 1205 tonnes par kilomètre carré et par an tandis que celle du Pas-de-Calais est de 3.60i c'est-à-dire triple.
Cela est inadmissible. Les compagnies d'Anzin et d 'Aniche arrivent les dernières de tout le bassin pour l'extraction annuelle rapportée au périmètre concédé avec une moyenne de 1.000 tonnes par kilomètre carré concédé.
Il y aurait donc lieu de ramener tout le département du Nord à la moyenne du 'Pas-de-Calais. Dans ces conditions, l'extraction d'Anzin devrait être triple soit de 9 millions de tonnes au lieu de 3 millions, celle d'Aniche de 3 millions de tonnes au lieu de onze cent mille. On obtiendrait ainsi, 9 millions de tonnes supplémentaires.
Il manque à la France Douze millions de tonnes, ce simple effort de deux compagnies comblerait aux trois quarts le déficit.
Certes, il n'y a pas lieu de considérer ces chiffres comme absolus et nous ne les donnons bien entendu que comme des indications, mais ir est impossible de ne pas constater que les deux plus grands périmètres houillers concédés sont les moins exploités de tout le pays.
Notre exemple, nous semble donc topique.
La loi de 1810, et notamment l'articjie 49 sont formels. Si la consommation générale est inquiétée, comme c'est le cas actuellement, c'est aux concessionnaires qui ont en quelque sorte accaparé les concessions comme la compagnie d'Anzin (qui en a huit a elle seule) qu'il faut tout d'abord s'adresser pour augmenter la production nationale.
Et l'article 49 ajoute :
«Si l'exploitation est restreinte...»
Or, n'est ce pas le cas, puisque dans cette année de demande exceptionnelle pour la houille la production d'Anzin notamment a été la seule en diminution dans toute la France sur l'année 1898 !
Il y a donc lieu d'aviser à notre avis.
L'Etat restera, en agissant ainsi fidèle à l'esprit de la loi de 1810 et de l'article 419 qu'on fera bien de rappeler dans cette circonstance.
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Les Causes de l'Accaparement La Protection le favorise-t-elle?
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Maintenant que nous avons étudié les effets des accaparements, il ne nous reste plus, avant d'arriver à la dernière partie de cet ouvrage, c'est-à-dire à l'étude des textes législatifs en vigueur à l'étranger contre l'accaparement et de ceux qu'on pourrait proposer pour la France — il ne nous reste plus qu'à parler des causes qui déterminent les accaparements.
Des économistes éminents comme M.Raffalovich, Yves GuYOT, Paul Leroy-Beaulieu n'ont pas hésité à attribuer au protectionnisme le développement inouï des syndicats (Kartells, trusts, corners etc.) à notre époque. Dans de récentes conférences du 5 Février 1900 notamment, cette opinion a été nettement formulée à la Société d'Economie politique.
Nous ne sommes pas suspect de protectionnisme à outrance : €ar nous déclarons avant d'examiner les dires de ces éminents écrivains que nous n'appartenons à aucune école économique.
Nous estimons qu'on peut être protectionniste ou
libre échangiste selon les cas. — Qu'on nous pardonne cette hérésie.
Pour asseoir une industrie naissante, développer les forces intérieures économiques d'un pays, la protection a du bon, ùe même que pour donner à ce pays tout srn essor industriel et commercial, le libre échange peut être préconisé.
Il se passe sous nos yeux de bien curieux exemples à ce sujet.
L'Amérique, d'ultra protectionniste qu'elle était est entrain de devenir presque libre échangiste, — notamment pour ses houilles, ses métaux, ses pétroles ses blés et ses cotons. Le jour n'est peut être pas loin, où nous verrons cette « nouvelle Angleterre » venir nous combattre économiquement sur nos côtes.
Inversement, nous voyons l'Angleterre, — surprise par l'offensive commerciale de ses voisins, notamment de l'Allemagne et de l'Amérique, — se replier sur elle-même et commencer par des voies détournées à chercher une protection contre ses. ennemis.
On peut donc dire dans tous les cas que l'on n'est plus aussi libre échangiste à Londres et à Manchester qu'il y a quelques années.
Au fond et sincèrement, liberté ou protection, ne sont point des articles de foi économiques pour nous. Il n'y a point là de dogmes intangibles. Il
y a une question d'intérêt et d'opportunité.
Nous admettons très bien que la France puisse
redevenir libre échangiste, si un jour son intérêt le lui commande, mais pour le moment nous trouvons qu'au milieu de toutes ces nations armées jusqu'aux dents pour l'attaque, quelques fortifications douanières ne sont pas de trop pour nous.
Bref, nous appartenons à une écol'e peu nombreuse mais qui a la prétention d'introduire un peu d'opportunisme dans l'économie politique.
Cela dit pour montrer combien la question de principe, nous passionne peu, écoutons un des plus éminents parmi les économistes libres échangistes M. Raffalowich.
Dans son étude. (( Les coalitions de producteurs et le protectionnisme » (1) cet écrivain débute ainsi :
La tribune parlementaire retentit parfois en France d'étranges théories. N'avons-nous pas entendu récemment un ministre de l'agriculture. (Monsieur Viette), affirmer que les droits de douane protégeaient les consommateurs contre les manœuvres dçs syndicats, contre les accaparements ?
Il m'a donc paru utile d'examiner cette question des coalitions et du protectionnisme (suit l'exposé de certaines 'coalitions internationales et notamment de celle des cuivres).
A côté de ces gigantesques et précaires syndicats internationaux, de ces syndicats ambitieux, il en est d'autres plus modestes, qui se contentent d'embrasser un pays, d'y dominer sur le marché intérieur, de prélever une véritable dime sur le consommateur indigène.
(I). Librairie Guillaume et Cie, des Annales xiiConomiques 1889.
Je a'irai certainement pas combattre la liberté d'association. En s'associant, en se coalisant pour réduire leur production et pour s'entendre sur le maintien des cours, les industriels ne font qu'user d'un droit strict- II n'y aurait délit que si quelques uns d'entre eux usaient de menaces ou de manœuvres dolosives pour forcer les récalcitrants à entrer dans le syndicat. Mais il est un cas où les coalitions de producteurs sont condamnables, c'est si elles sont encouragées directement ou indirectement par l'Etat. Il va sans dire qu'elles ne sont tolérables que dans les pays qui vivent sous le régime de la liberté commerciale, parce que le consommateiir a la possibilité de se soustraire au joug qu'on veut lui imposer, en s'adressant, aux producteurs étrangers. Dans les pays de protection, ces syndicats ont un caractère odieux, écrivait mon excellent confrère et ami, M. Georges Michel.
L'objet de toutes ces associations est d'empêcher Ta concurrence et d'extorquer des consommateurs un profit supérieur à celui qui pourrait être obtenu tant que la concuri'ence subsiste. Le tarif protecteur, en Amérique, a encouragé le développement de ces combinaisons et les a mises en mesure d'empêcher des bénéfices inouïs. Fne étude publiée par le New-York Times a montré que les syndicats constitués dans les dernières années ont été rendus possibles par le tarif qui protège les américains contre les marchandises à meilleur marché.
Monsieur Bonhain un écrivain américain a dit-:
€ Les coalitions sont un moyen de s'approprier la a prime que le tarif protecteur accorde indirectement « à certaines industries spéciales. Sur ce terrain elles « opèrent en limitant la production de cette branche a En même temps elles réduisent le prix de revient de « l'article en pesant sur les salaires. La coalition empoche
€ la différence qui en résulte. Le moFile essentiel de « cette espèce de coalition devrait être de lui-même suf- € fisant pour montrer qu'un encouragement continu à « l'aide de la protection contient une Bonne dose de « déception Tout protectionniste suppose que le tarif « stimule le développement de Tindustrie à laquelle « il s'applique. Il n'y a pas de prétention qu'il doive « exister pour quelque autre but, et cependant la seule « fonction possible de la coalition c'est de réprimer le « développement et de s'emparer du résultat. Il est « vrai que la protection agit indirectement, mais elle « n'agit pas moins sûrement. Si dans un article, 1 acier « par exemple, la production excède la consommation, « le seul but de la création d'un syndicat, c'est de res- « treindre la production, soit en limitant arbitraire- « ment la quantité produite par chaque membre du « syndicat, ou bien en fermant une partie des usines à « la volonté de la coalition, en compensant les proprié- « taires des usines fermées qu'on laissé participer aux « profits généraux de l'industrie ainsi réduite.
€ Les protectionnistes crient et réclament la protec- « tion sous prétexte qu'elle encourage l'industrie. La « conduite de leurs syndicats les contredit ouvertement. « Ils s'efforcent de défendre la concurrence étrangère € par le tarif, ils restreignent l'industrie nationale en « se coalisant. C'est ainsi qu'aux Etats-Unis les coali- € tions du sel, de l'acier, du plomb, du caoutchouc, « tendent rigoureusement et méthodiquement à empê- « cher de grandir les diverses industries que le tarif « doit soi-disant développer, afin que les organisateurs € des trusts puissent profiter de cette compression des € industries et ensuite en réduisant les salaires, en fai- « sant baisser ceux-ci, empocher la prime du gouvert nement... >
Les protectionnistes américains sentent bien que les
abus commis par les trusts sont compromettants, a Si le» amis sincères de l'industrie américaine veulent protéger la protection, dit le Times de Philadelphie, ils doivent promptement séparer leur cause du brigandage des tnists monopolistes. La protection peut survivre à des attaques franches d'ennemis déclarés, elle ne peut survivre aux coups suicidai de ceux qui se servent de la protection seulement pour en abuser, en opprimant arbitrairement les consommateurs... »
Après les Etats-Unis, le pays où les syndicats sont ^e mieux et le puissamment organisés me semble être l'Allemagne. Ici encore on voit que les droits d'entrée frappant les articles similaires de l'étranger facilitent la coalition des producteurs regnicoles...
Je vais m' efforcer, dit en terminant M. E-affalowich, de condenser les faits que j'ai exposés :
Sur un marché faussé par des droits de douane, fermé à la concurrence étrangère, il y a d'abord une période d'inflation. L'industrie stimulée par l'exclusion des articles similaires de l'étranger force sa production, inonde le marché intérieur, se fait une concurrence à outrance. Les producteurs s'aperçoivent alors qu'ils ont fait fausse route, qu'ils se ruinent les uns les autres; quelques fortes têtes conçoivent le projet d'une entente ayant pour objet de déterminer le prix minimum fie vente ou Bien de faire l'une et l'autre chose, au besoin d'installer un bureau central qui sera chargé de répartir les commandes et de faire les ventes au consommateur. Le protectionnisme a eu pour but d'assurer à l'industrie indigène le débouché intérieur en même temps que d'agir sur les prix. Par leur faute, les industriels ont déprécié les prix, la coalition est leur remède. Le troupeau des consommateurs sans défense est fait pour être tondu. On lui vendra aussi cher que possible, au prix, par exemple auquel les usines étrangères
peuvent vendre à la frontière, mais augmenté du droit ; on divisera le pays par zone qu'on attribuera aux industries groupées par district.
S'il y a malgré tout un excès de production, et c'est probable, parce que la consommation reculera devant le renchérissement, on écoulera meilleur marché au dehors. Le consommateur indigène sera taxé et la prime encaissée par le fabricant profitera aux consommateurs étrangers.
Les coalitions ont la prétention d'assurer la marche normale de leurs branches, de garantir le travail des ouvriers employés par elles. Mais cela ne me semble pas aussi évident que cela, et c'est en contradiction avec la prétention de restreindre la production. J'ai montré ce qui se passe aux Etats-Unis où les coalitions ferment des fabriques, réduisent la main-d'œuvre, pèsent sur les salaires. Les protectionnistes ont beau affirmer que plus la protection est grande, plus le lîapital afflue vers les branches protégées, que la demande de maind'œuvre en serait d'autant plus considérable et que les salaires s'élèveront. On peut leur répondre au contraire que plus une marchandise est bon marché, plus grande est la consommation ; plus l'industrie est active, plus on demande d'ouvriers. Il faut faciliter la consommation, cela vaudr.a mieux que de la restreindre par des entraves artificielles. Les coalitions sont faites pour augmenter le prix d'un article manufacturé, au profit du capital engagé dans la production. Or toute élévation .de prix d'un article manufacturé .dans l'intérêt exclusif du capital est nuisible aux consommateurs, parce que ceux-ci doivent consacrer une part plus grande de leur labeur à se procurer ces produits. Cet inconvénient peut se produire sous diverses formes. Les syndicats de fer brut, par exemple, rendront plus dure Pexistence des industries qui travaillent le fer. Mais l'inconvénient est surtout sensible lorsqu'il s'agit d'articles
de la consommation directe et que le consommateur est un simple ouvrier sans capital. L'ouvrier qui est obligé de se nourrir de se vêtir perd dans les cas de renchérissement artificiel, dit M. Babth dans la Revue hebdomadaire La Nation, tout comme il le fait sous le régime protecteur qui favorise le capital aux dépens du travail. Les protectionnistes cherchent à dissimuler cette vérité si pénible pour eux: à les entendre, Touvrier gagne ce qu'il perd comme consommateur par suite du redoublement d'activité industrielle. On lui fournit l'occasion de compenser par plus de travail la cherté des articles de consommation. D'ailleurs avec les syndicats, il n'y a pas toujours augmentation de la production ni amélioration des conditions de travail. Au contraire un syndicat habile, voyant que les prix élevés influent sur la consommation, cherchera à limiter la production, afin de ne pas travailler sur stock: je ne vois pas comment la demande de main d' œuvre augmentera. L'ouvrier perd donc doublement il a le droit de protester contre un régime anti-économique contre la protection douanière qui rend aisées ces coalitions de fabricants.
J'ai montré comment le protectionnisme a porte atteinte au libre jeu de la concurrence qui seule est capable de déterminer par l'offre et la demande le véritable prix. Dans un pays où règne la liberté commerciale, les coalitions sont moins dangereuses, leur existence plus précaire. Le Gouvernement et l'opinion publique restent passives et attendent que les bénéfices considérables des syndicats attirent de nouveaux capitaux ou stimulent l'importation.
(Et M. Eaffalowich s'écrie en terminant :)
Et nous, quelle doit-être notre attitude vis-à-vis des coalitions? Demanderons-nous qu'on forge de nouvelles dispositions pénales, qu'on en appelle à l'Etat pour réprimer les abus qui naissent du droit d'association? Non,
nou9 ne demanderons pas qu'on porte atteinte à la liberté d'association: seulement nous réclamerons l'abandon d'un régime aussi immoral que la protection, qui fausse tout ce qu'il touche, qui, sous prétexte d'écarter la concurrence étrangère, sacrifie les consommateurs au monopole des industries coalisées.
Telle est la théorie de M. Raffalowich que nous avons tenu à exposer avec impartialité.
Il se fait, croyons-nous de la cause qui a déterminé l'éclosion des syndicats, une idée peut être plus complexe qu'elle n'est en réalité et son insistance à rejeter la faute sur le protectionnisme fait peut être plus d'honneur à sa combativité qu'à son jugement toujours si sûr cependant.
Pourquoi aller chercher un peu loin des causes qui sont si simples et si naturelles, croyons-nous ? Ne seraient-elles pas les suivantes?
La science a fait dans la seconde moitié du XIX* siècle des progrès d'une foudroyante rapidité.
Si Ton se reporte en effet à un peu plus de 50 ans en arrière on voit partout les grandes industries se développer graduellement, la production suit les besoins, le prix des matières premières, celui de la main d'œuvre, celui des transports ne présentent pas de trop grandes fluctuations et s'élèvent lentement.
Les chemins de fer se développent. Alors une
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nouvelle cristallisation industrielle se produit, les matières premières sont amenées avec plus de facilité au fabricant, le rayon d'action de ses usines augmente. Mais il s'en crée un plus grand nombre, de nouveaux points favorables à la fabrication se trouvant déterminés par le passage du chemin de fer Ainsi, augmentation des usines avec les chemins de fer. Premier effet du nouveau mode des transports.
Parallèlement, un second progrès se produit.
Les méthodes de f£(,brication se perfectionnent à l'envi. En mécanique, les pas en avant sont gigantesques. L'Amérique notamment pousse le monde entier dans la voie du machinisme à outrance et d'un machinisme extrêmement ingénieux.
Chaque industrie voit ses procédés changer presque tous les dix ans. Pour ne citer qu'une industrie que nous connaissons bien, l'industrie métallurgique, on assiste, depuis la découverte Bessemer c'est-à-dire depuis trente ans environ, à une série de métamorphoses rapides qui ont fait passer le prix de la tonne d'acier de 2.000 francs à 100 francs avec des facilités inouïes pour la production en grande masse.
Un maître de forges d'esprit, disait un jour :
— Nous demandons que les inventeurs se reposent un peu.
Hélas ! vain désir, on innove, on échange, on perfectionne toujours dans le même but : diminuer le prix de revient en augmentant la production.
Certes la consommation, à la disposition" de la-
quelle on met tous les jours des denrées à un prix plus bas, augmente dans de fortes proportions mais la production continue à croître à chaque découverte nouvelle et un jour, l'équilibre se trouve rompu entre la production et la consommation.
C'est cette rupture d'équilibre qui à mon avis est surtout la cause du groupement syndicataire industriel.
Toujours, en effet, nous l'avons maintes fois indiqué au lecteur, nous voyons les ententes s'opérer sous la pression de la « nécessité économique ^) déterminée par la surproduction.
Ainsi, nous sommes d'accord avec M. Raffalowich pour attribuer la formation des syndicats à la surproduction, seulement il rend la protection responsable de tous les méfaits, tandis que nous l'attribuons au perfectionnement des méthodes. Peut-être avons-nous raison tous les deux :
Mais nous avons une preuve tangible de la véracité de notre dire.
Où le mouvement syndicataire des producteurs devait-il se faire le plus sentir d'après notre thèse ? Dans les pays où le développeme-nt industriel était le plus grand et le plus rapide évidemment. Or, c'est précisément en Amérique et en Allemagne, pays oui ont fait des progrès techniques inouïs depuis vingt ans, que le dit mouvement s'est produit avec le plus d'intensité.
Si la thèse de M. Raffalowich eut été exacte, tous
les pays protégés eussent assisté à un grand mouvement syndicataire. Or la France y parait un peu réfractaire, l'Espagne l'ignore ainsi que la Russie. Et pourtant ce sont les trois pays les plus protectionnistes d'Europe !
Donc un progrès rapide dans les méthodes scientifiques et industrielles, une surproduction en résultant, telles sont les véritables causes des accaparements, des trusts, des kartells, des syndicats industriels et commerciaux.
Nous ne ferons pas de difficultés, cependant de reconnaître que les « pools, » les ententes éphémères d'Amérique ont été favorisés par des tarifs élevés à l'entrée, mais ces pools sortes de jeux de bourse sur les denrées n'ont qu'une simple parenté avec les syndicats puissants comme celui de Westphalie, par exemple, dont le rôle consiste à régularises la production et à niveler les prix durant de longues périodes.
Certes, l'Amérique protectionniste a été la patrie des syndicats à l'origine. Mais, la Belgique, libre échangiste en a vu fleurir quelques-uns parmi les plus en vue comme le syndicat des cokes. La France de M.MÉLINE compte seulement une vingtaine de syndicats, tandis que l'Allemagne en a plus de cent cinquante. En Autriche ils sont légions. La Russie est un pays protectionniste s'il en fut mais la surproduction qui devrait en être la conséquence ne s'y fait pas sentir encore. Enfin en Angleterre, ce pays du libre échange, il y a le syndicat de sel, des
fédérations de charbonnages, de constructeurs, des « unions » pour le fer, les filés, de coton, de chanvre. Il y a le syndicat de la farine, du papier, du diamant, du rubis etc etc.
Non, sincèrement, le mouvement de concentration industrielle ne tient pas au régime économique, il est fonction d'une grande évolution dans la production humaine sous l'impulsion de la science et du progrès.
Que cette impulsion soit un peu trop vive en ce moment, cela est possible et l'apparition d'une nouvelle forme de l'énergie — j'ai nommé l'électricité — n'est pas faite pour modérer ce mouvement en avant.
Mais qu'y faire ?
Nous ne sommes pas de ceux qui oseront dire au progrès : Nec plus ultra ! Il faut l'accepter avec toutes ses conséquences.
Mais, si nous osions, nous dirions presque à l'inverse de nos contradicteurs que les grands syndicats nous conduisent au contraire au libre échange* En effet, nous avons cité l'exemple de l'industrie des aciers, galvanisée à outrance par Carnegie. A quoi a abouti cette colossale concentration industrielle ? Chose étonnante, elle a donné à l'industrie métallurgique américaine une force d'expansion telle qu'il lui faut à tout prix maintenant pour se satisfaire, l'exportation, la conquête du marché étranger, c'est
-: *-«r*ïT7Ti?^y^^^^i^^-
à-dire la liberté ! C'est le trust des aciéries qui marque le mouvement anti protectionniste aux Etats- Unis !
Oui, on peut concéder si Ton veut, que les syndicats d'industries S07it 7iès de la protection mais qu'ils vont au libre-échaiige, \lors, au lieu d'en faire un reproche au régime protectionniste on devrait plutôt l'en louer en bonne logique.
Mais ces querelles de partis économiques, à notre avis, ne sont pas dignes d'un sujet aussi élevé, que celui qui nous occupe. Que les grands syndicats aient été ou non engendrés par tel ou tel système économique ils existent, ils fonctionnent, ils transforment nos moeurs commerciales ils se moquent des discussions académiques des économistes. La véritable question est de savoir s'ils menacent ou non la consommation universelle. Et là sur cette question, il y a un intérêt pratique à se demander. Quel est le régime économique qui pourrait le mieux, le cas échéant, combattre les excès des syndicats d'industries s'ils se produisaient ?
Eh bien, il n'y a pas de doute possible. L'essence même du libre échange est de laisser faire les forces économiques. On ne voit pas bien l'Angleterre par exemple prenant des dispositions restrictives contre les fédérations quelconques de patrons contre les Unions ou les syndicats. Aucun article de loi à ce sujet. Cela est contraire aux mœurs commerciales anglaises.
Donc, s'il doit y avoir un jour des abus ils ne pourront être réprimés en pays libre-échangiste.
Il n'en est pas de même sous le régime protecteur.
En réalité, au point de vue du groupement dans le monde, les accaparements peuvent se classer en deux grandes catégories. Les accaparements; internationaux affectant plusieurs peuples à la fois et les accaparements nationaux c'est-à-dire, n'affectant qu'une seule nation.
Dans ce dernier cas, nous l'avons indiqué précédemment, pour la France protectionniste, il y aies droits de douane, qui fonctionnent comme une soupape de sûreté contre les excès de l'accaparement Certes il ne faudrait user du moyen qui consisterait à abaisser la barrière douanière pour les matières qui seraient l'objet d'un accaparement national qu'avec une extrême prudence mais, je le repète, il y a là une arme efficace en dehors des articles du code.
Tandis que dans l'accaparement international, d n'y a point de remède, la protection, le libre échange sont également désarniés.
Un exemple fera bien comprendre notre pensée.
Supposons qu'il se forme en France un puissant syndicat des cokes (on verra tout à l'heure pourquoi nous choisissons cette denrée) qui en élève le prix au point d'alarmer la métallurgie française. Le premier mouvement de cette dernière industrie sera
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de faire venir des cokes étrangers, de Belgique ou d'Allemagne.
(C'est ce qui a lieu actuellement mais pour une autre raison la production française étant encore insuffisante pour alimenter tous nos hauts-fourneaux.)
Bref s'il y avait accaparement des cokes, la métallurgie pourrait avoir les cokes étrangers et même au besoin elle pourrait demander au gouvernement de supprimer le droit de 1 fr. 30 par tonne dont le coke étranger est frappé à son entrée en France afin de réduire et faire capituler les accaparements.
Elle se garderait bien de le faire du reste.
On le voit donc, dans le cas d'un accaparement national le pays est sauvegardé par le droit de douane et le danger n'est jamais bien grand.
Mais, on ignore généralement qu'il existe en Belgique un syndicat des cokes admirablement organisé, très militant comprenant toutes les usines à coke et' qui en ce moment traite un peu à l'américaine tout le marché belge.
Les journaux sont pleins des doléances de la métallurgie contre ce syndicat qui tient maintenant le coke aux environs de 52 francs la tonne (c'est-àdire à peu près au double de ce qu'il était précédemment) et dont les préférences pour certains, les exigences pour d'autres, les refus absolus de traiter avec quelques uns, donnent un avant goût de '^e que nous allons révéler à nos lecteurs..
Le syndicat des cokes de Belgique n'est pas le seul, il a un voisin, le syndicat de Westphalie branche autonome du grand syndicat des houilles d'Essen. Et, fait de la dernière gravité, ces deux puissances se sont entendues, se sont partagées la clientèle comme on se partage un fief, bref les deux syndicats ont formé une petite fédération qui règne en maîtresse sur la Belgique, l'Allemagne et un peu la France.
Supposons alors que le syndicat des cokes anglais, qui est dans l'air et le syndicat des coke& français, imitent l'exemple alléchant de leurs deux aînés et se fédèrent entr'eux. Voilà quatre pays, la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Angleterre à la merci de quatre associations syndiquées..
Et là, il n'y a plus de barrières douanières efficaces, plus de protection, plus de libre échange qui puisse réagir contre les prix fixés par cette association nouvelle se partageant le continent sans concurrence possible.
La fédération des syndicats industriels se met ainsi hors la loi, au-dessus des tarifs, au-dessus des gouvernements.
Au fond, les Rois industriels ne sont pas bien dangereux pour les sociétés.
Le Roi de l'Huile, le Roi de l'Acier sont mortels.
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Après eux, tout dépend de leur successeur comme dans toutes les dynasties.
Mais avec des associations anonymes, durables, dont la pérennité peut être assurée pour de longues périodes successives par des textes impératifs, il y a tout à craindre.
Voilà pourquoi nous dirons dans notre conclusion que la mesure législative la plus urgente est une mesure générale prise par les gouvernements, pour la répression de l'accaparement international pratiqué au moyen de la fédération des syndicats d'accaparements nationaux.
C'est le syndicat des syndicats ! Voilà le vrai péril social.
J'entrevois cela dans l'avenir comme l'éventualité la plus grave, vers laquelle nous nous acheminons sans presque nous en douter.