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L'ACCAPAREMENT A LA DEUXIÈME PUISSANCE

(IIIatîèi*e première et matière ouvrée)

Je viens de démontrer que raccaparement des objets fabriqués, ne saurait être délictueux.

Mais dans les accaparements punissables, il faut distinguer des différences, « ainsi que la vertu, le vice a ses degrés » a dit le poète.

Accaparer une matière première de première nécessité, — soit. — On peut rançonner les transformateurs, les producteurs d'objets fabriqués. En réalité, ces derniers sont tous égaux devant la hausse de la matière première et le consommateur seul est atteint.

Mais si le producteur de matières premières devient lui-même producteur d'objets fabriqués — et la tentation en est grande — sïl arrive par les avantages

qu'il s'est ainsi constitué à lui-même^ à supprimer totalement la concurrence sur les dits objets, alors on le voit, le détenteur du monopole se trouve seul en présence de la consommation livrée à lui pieds et poings liés.

C'est ce que j'appelle l'accaparement à la deuxième puissance.

Mais dira~t-on encore, cela est impossible, le fait a pu arriver pour le pétrole, matière très localisée et en réalité peu volumineuse et facile par cela même, à réunir dans une seule main, mais pour les grands produits de l'industrie humaine, pour le fer par exemple, répandu partout, produit en quantités immenses, la chose est matériellement irréalisable.. Gomment en effet, réunir sur une seule tête, toutes les mines, tous les outillages, toutes les usines, tous les hauts fourneaux. Jamais des intérêts aussi multiples, aussi complexes, aussi divergents ne se grouperont.

Hélas I II ne faut p lus dire en matière économique, comme en toute autre du reste : C'est impossible.

Le fait vient de se réaliser, non plus, par la puissance de l'association d'une foule d'intéressés mettant loyalement et au grand jour, comme au syndicat westphalien, tous leurs intérêts dans une seule main, mais par la volonté pure et simple de deux hommes, de deux puissances, de deux grandes intelligences presque géniales. J'ai nommé Carnegie et Rockfeller,

Ils ont réalisé en Ainériqae, un accaparement réputé impossible, l'accaparement des aciers.

Et j'insisterai de suite sur ce fait, c'est que cet accaparement inoui que nous allons raconter, vérifie pleinement la thèse que nous venons de soutenir dans le chapitre précédent, à savoir, qu'il n'y a pas d'accaparement possible sur une matière ouvrée, car voilà quinze ans que le dit accaparement des aciers est tenté par M. Carnegie lui-même et sans succès, et ce n'est que du jour où il a rencontré M. Bockfeller, l'accapareur des minerais de fer du Lac supérieur, c'est-à-dire de la matière première, qu'immédiatement, d'un trait de pluroe de ces deux Rois industriels, le trmt depuis longtemps rêvé, s'est fait sur les aciers, formidable et menaçant.

Sans l'intervention de la matière première, il n'y a donc pas d'accaparement pour le produit fabriqué, mais^sielle intervient, je répète que cet accaparement est, qu'on me pardonne l'expression un peu mathématique, à la deuxième puissance.

Voici du reste comment les faits se sont passés tout récemment en Amérique

C'est par un nombre infini de pools éphémères, que débute la Carnegie-Rockfeller Combination, ainsi qu'on l'appelle de l'autre côté de l'Atlantique.

Le point de départ véritable de ces pools, c'est rac/.dul4juin 1870, qui frappe les rails d'acier de provenance étrangère, d'un droit d'entrée d'un cent 1/4 par livre, ce qui fait 137 fr. 50 par tonne! En 1883, il est vrai, ce droit tombe à 66 francs la tonne, et enfin Vact, du 27 août 1894, l'abaisse définitivement à 7/20 de cent par livre, soit 38 fr. 50 par tonne.

Mais enfin l'Amérique vit pendant 13 ans sous le régime prohibitif du droit de 137 fr. 50 par tonne. (Et l'on parle de nos droits métallurgiques en Europe!) A la faveur de ce droit, des batailles commerciales acharnées, se livrent sur le marché fermé de l'acier en Amérique et il en résulte peu à peu une diminution graduelle des champions dont la plupart mordent successivement la poussière.

Un • seul grandit à chaque luite, c'est M. Gar- . negie.

11 agrandit chaque année ses établissements sur les bords du Monongehela.A Homestead on voit grossir démesurément la plus grande usine de production de métal du monde entier. Comprenant que c'est dans le perfectionnement de l'outillage qu'est pour la métallurgie du fer et de l'acier le triomphe définitif par les grandes productions, Carnegie construit des bataillons rangés de hauts-fourneaux gigantesques dépassant en production journalière tous les hauts-fourneaux connus. Il résout tout par les problèmes mécaniques et — du trou de coulée du haut-fourneau au wagon de chargement des saumons de fonte — tout se fait par des moyens automatiques. La main-

d'œuvre est à peu près supprimée et aujourd'hui les ingénieurs d'Europe vont à Homestead chercher le dernier cri de la métallurgie de l'acier dans le monde.

Pendant ce long travail technique, Carnegie entre dans les2)ools. Il devient même tellement prépondérant, aussi bien par la place qu'il a conquise que par la masse des capitaux dont il dispose, et l'immensité de ses ateliers, que ses associés ne lui résistent plus guère.

« Les fabriques rivales font tous leurs efforts pour « conclure des pools avec lui », dit M. von Halle « dans son consciencieux ouvrage et toutes les c< fois qu'un pool se dissout, ajoute-t-il, ils entrent « de nouveau en négociation avec lui, bien que l'ex- « périence leur ait appris que la coopération avec c( M. Carnegie ne tourne par toujours à leur avant « tage particulier. Il gouverne avec un pouvoir pres- « que absolu ; à la fin de 1893 il brise un pool « parce que l'un de ses membres a produit plus que « la proportion fixée. Ensuite quelques semaines plus c( tard il fait une nouvelle combinaison avec six « usines d'acier, réunissant ainsi sous sa direction « soixante cinq pour cent de la production totale « des Etats- Unis !

Cette combinaison n'est pas plus heureuse que les autres.

A ce jeu, le produit fabriqué au lieu d'augmenter de valeur passe successivement de 158 dollars la tonne de rails d'acier en 1868 à 112 dollars en 1872,

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59 dollars en ^1876, 31 dollars en 1884 (Hadley iîai7road transportation).

A partir de 1884 rabaissement continue à se produire et atteint 25 dollars. Enfin en 1896 le prix tombe à 17 dollars 85 francs la tonne !

Il faut donc insister sur ce point théorique spécial. Malgré les droits de douane, malgvé les conditions merveilleuses de production de l'Amérique, malgré les capitaux immenses de Carnegie, malgré les outillages merveilleux, l'accaparement d'un produit fabriqué échoue lamentablement et finalement le marché est plus désorganisé que jamais.

C'est alors que ce que j'ai appelé la « nécessité économique » apparaît! Un grand coup de théâtre se prépare.

Au printemps de 1896 les producteurs d'acier Bessemer forment entr'eux une entente spéciale un pool gigantesque et le résultat de cette entente est de faire monter le prix de l'acier en barre (eteel billet) de 17 doll. 50 à 20 doll. 25 sur le marché de Pittsburgh. Ce syndicat groupe 300 millions de dollars soit un milliard et demi de capital 1

Mais dès le début de novembre on accuse ouvertement Carnegie et l'Illinois Steel C" de trahir l'entente et la firme Bellaire Cla dénonce formellement. Le 9, les usines syndiquées se réunissent à Pittsburgh pour parer à la crise imminente. Les prix artificiel-

lement maintenus sont abandonnés. On recommence la lutte du bon marché avec les dissidents. C'est de nouveau le désastre. Le 22 décembre, M. Carnegie déclare avoir de l'éloignement à accepter certaines conditions (a disinclination to agrée to certain terms in a supposed new agreement). Tout est rompu.

Le 8 février Carnegie fait prononcer la dissolution du pool des rails d'acier.

Le lendemain la tonne de rails tombe de 26 à 18 dollars à Chicagoet.de 25 à 15 dollars 1/4; àPittsburgh, trois jours après, on cote 17 dollars à Chicago et 14 dollars 1/4 à Pittsburgh I Carnegie baisse par- . tout le taux de ses offres, le marché s'eff'ondre, le rail est à 70 francs la tonne ! Tous les pools sont dissous, le marché américain apparait désemparé, désespéré, après trente ans de luttes contre la surproduction et la mauvaise foi incoercible des poolers.

C'est l'anarchie commerciale.

Le dictateur va venir.

Ainsi, en Pensylvanie, Carnegie est le maître incontesté du combustible et de l'outillage.

Mais il n'a pas le minerg^i à lui, en abondance.

S'il a le minerai il devient le maître absolu du mar-

elle américain et peut-être pourra-t-il entamer la lutte avec l'Europe.

Il y a bien des minerais en quantités énormes et d'excellente qualité au Lac Supérieur, mais ils sont très éloignés et puis les usines de Chicago et de Cleveland, qui en sont plus près que lui, sont avantagées sous ce rapport (quoique l'avantage reste à M. Carnegie pour l'outillage et le coke, car il a construit d'immenses usines à coke à Gonnesville.) Comment détruire cette concurrence ?

Un homme, un génie industriel un conquistador commercial, pour qui les scrupules ne sont jamais un obstacle, l'a compris, c'est M. Rockfeller, c'est lui qui apportera à Carnegie les minerais du Lac Supérieur I

Cela tient uu peu de la féerie et cela est pourtant.

Mais laissons parler M. Paul de Bousiers.

Depuis plusieurs années, John D. Rockefeller, embarrassé des immenses capitaux que ses fructueuses opérations sur le pétrole lui mettaient entre les mains, et se rendant compte que cette seule branche de l'industrie ne pouvait pas suffire à les employer, avait conçu le plan d'une vaste entreprise. La richesse exceptionnelle des minerais de fer au Lac Supérieur lui avait inspiré le dessein de s'en emparer, de les monopoliser comme il avait monopolisé le pétrole. Il acheta peu à peu les gisements très étendus connus sous le nom de l^he Mesaha Range, qui sont situés au nord de Duluth, non sans soulever de vives oppositions, dont quelques-unes l'exposèrent à des procès retentissants. Ici, comme dans la constitution du trust du pétrole, on l'accusait d'em-

ployer vis-à-vis de ces concurrents des méthodes d'écrasement peu délicates. Quoiqu'il en soit, il réussit à se rendre maître des gisements lea plus riches et les plus faciles à exploiter, et tandis que les mines rivales ne pouvaient extraire lé minerai qu'au moyen de puits profonds et coûteux, il enlevait à 100 pieds de profondeur seulement, avec des méthodes d'une grande simplicité, des couches entières de minerai atteignant parfois jusqu'à 92 pour 100 de pureté.

La concurrence de Rockefeller devint ainsi promptement désastreuse aux minces voisines. Lorsqu'elles succombaient dans la lutte, le vainqueur les reprenait à bas prix si elles lui paraissaient assez riches. Résistaientelles trop longtemps, il leur appliquait le procédé de l'inderselling ; il vendait au-dessous du cours, les forçant ainsi à baisser leurs prix d'une manière ruineuse pour elles, jusqu'à ce que la faillite ou la soumission volontaire les eût mises à ses pieds. Lui pouvait sans difficulté, perdre pendant plusieurs mois, s'il le fallait, sur chaque tonne de minerai vendue. Il possédait la bourse la plus longue {the longer pur se). Il savait que celle de ses concurrents serait épuisée avant la éienne. L'expérience de la Standard Oïl C°, avait appris à Rockfeller quelle était l'importance de la question des transports dans la vente des matières encombrantes. Il commençai par acheter les chemins de fer assez courts qui mettaient ses difEérentes mines en communication avec les mines du lac Supérieur; il créa des docks aux points de distribution les plus importants sur le pourtour des lacs, puis substitua aux modes de transports anciens une flotte d'énormes navires spécialement aménagés pour le minerai. Il ajoutait ainsi aux bénéfices résultant de l'exploitation minière ceux d'un armement fait à coup sûr, et étendait son pouvoir dominateur jusqu'aux grands centres industriels de Chicago et de Cle- Telojad qu'il atteignait directement.

CliacTine dj ces entreprises était conduite d'ailleurs avec la même science des aiïaîres et la même préoccupation d'éviter toute fau&ge dépense. Il est assez curieux de voir que le « grand capitaine d'industrie », qui sait cQnjpromettre hardiment un capital énorme, lorsqu'il le croit avantageux, emploie à l'occasion des ruses de détail, comme le ferait un petit commerçant.

On raconte que lorsque Rockefeller décida de construire sa flotte pour le transport du minerai, il eut recours à une de ces ruses. Il avait six navires à commander d'un seul coup aux constructeurs dont les chantiers se trouvent sur les rives des lacs. Par suite de l'isolement maritime de ces lacs, ces constructeurs se trouvent pourvus d'une sorte de monopole naturel ; aucun navire ne peut circuler sur les lacs qui ne sorte de chez eux; Rockfeller se trouvait donc à leur merci, et sachant mieux que personne ce qu'il en coûte de tomber sous la puissance d''un monopole, il s'arrangea adroitement pour y échapper. Au lieu d'annoncer son intention de commander à la fois 6 grands vaisseaux, ce qui aurait appris de suite aux constructeurs des lacs qu'ils pouvaient lui faire la loi, il s'aboucha avec 6 des plus grandes maisons, leur soumit un plan de bâtiment, et leur demanda à qu'elles conditions elles pourraient l'exécuter. Chacune de ces maisons, se sachant en concurrence avec de puissants rivaux et désireuse d'obtenir une commande importante qui lui ferait honneur, envoya les propositions les plus avantageuses pu'elle crut pouvoir consentir. Lorsque Rockefeller eut reçu les 6 réponses, il lit écrire à chacune des 6 maisons qu'il acceptait son marché, et ses 6 vaisseaux se trouvèrent ainsi commandés au plus juste prix avant que les constructeurs aient pu savoir qu'elle bonne occasion ils perdaient de prendre avantage sur lui.

A la fin de 1896, la flotte de Eockfeller sur les lacs était en état de faire une concurrence ruineuse aux

anciens bâtiments employés jusque là au transport du minerai. Le" roi des Mines de fer pouvait désormais donner la main au roi de Facier et affronter avec lui n'importe qu'elle coalition.

On peut donc croire 'que la dissolution du vool des minerais de fer ne coïncide pas par un simple effet du hasard avec celle des pools de l'acier en barres et des rails. On apprit en même temps et la baisse subite des rails et l'existence d'une combinaison entre MM.Came* gie et Rockefeller, et la vente des minerais de fer audessous maintenu jusque-là par Flron Ore Association. L entreprise de M. Eockfeller, officiellement connue gous le nom de The lahe supérior Consolidated, faisait partie de cette association, véritable pool sur les minerais de fer, dans lequel elle jouait un rôle dominant analogue à celui de la compagnie Carnegie dans le pool des rails. Tant que sa prépondérance n'avait pas été suffisamment ^surée, M. Rockefelier' avait maintenu l'entente. Une fois sa flotte terminée, il ne garda plus de ménagements et la brisa.

Ainsi par une action parallèle habilement concertée au même moment, Rockefeller devient le maître du marché des minerais et Carnegie le maître du marché de Facier. Ils se donnent la main et la plus formidable des coalitions est conclue, inattaquable, au dessus des lois, mais plus menaçante que toutes les autres, comme nous allons le voir.

L'effet de cette nouvelle de l'accaparement Carnegie et Rockfeller est immense en Amérique, comme bien on le pense .

The Minerai industryXdi publication si estimée de M. RoTHWELLde VEngineering andMining Joumctl de New Yortc, s'exprime ainsi :

«Avec son énorme outillage, auquel toutes les « dernières inventions ont été appliquées ; avec une (( matière première qui lui est fournie en fait au prix « de revient (at hare eost), cette compagnie (Carnegie) « est non seulement en mesure de donner l'acier à (( meilleur compte que qui que ce soit, mais elle a le « pouvoir de dominer absolument le marché et de met^ « tre l'acier au prix qu'il lui plaira. Nous avons eu « des pools et des combinaisons sans nombre dans (( l'industrie du fer aux Etats Unis, mais jamais (( encore une situation comme celle d'aujourd'hui où (( une seule compagnie peut absolument dominer le (i marché et obliger toute combinaison qui se force merait, à enregistrer purement et simplement ses « volontés.

La presse et le public américains crient au trust: Pooldies, trust born {le pool menrl, le trust est né !) tel est le titre à sensation dnjVeio-YorkHeralddu H février : (( L'acier du monde entier va être fabriqué par Carnegie et Rockfeller » écrit-on partout. (Nous examinerons si cette prédiction n'est pas entrain de se réaliser).

Mais y a-t-il dans la Carnegie Rockfeller combination un accaparement au sens propre du mot ?

L'acte apparent par lequel Carnegie et Rockfeller scellent leur alliance n'est nullement un /ri^^i^ tombant sous le coup de la législation américaine c'est un simple bail par lequel la compagnie du « Lake supérior Consolidated» loue ses mines pour une durée dQ cinquante ans à la Compi^gnie Carnegie et met sa

flotte des Grands lacs à la disposition de celle-ci à des conditions déterminées. Et c'est tout.

Une convention d'allure paterne entre deux bons propriétaires qui mettent en commun leurs intérêts qu'y a-t-il là de délictueux ?

Est-ce que la loi va s'immiscer dans les contrats entre deux particuliers et les poursuivre comme dans les complots politiques <( pour association illicite de deux personnes au moins ? »

Evidemment, la loi est impuissante contre cette coalition appliquée à deux individus. Dans aucune législation du monde, MM. Carnegie et Rockfeller ne pourront actuellement être poursuivis.

Et pourtant, qui niera qu'il y ait, par l'entente de ces deux hommes, accaparement d'une matière de première nécessité ?

Qui niera comme le dit \eMme?^al Indtistry que la c< nouvelle entité Carnegie Rockfeller ne puisse abso- « lument dominer le marché et obliger toute combi- (( naison à enregistrer purement et simplement ses « volontés ? »

Et dès lors les intérêts de la collectivité ne peuvent ils être lésés ? Et bien plus facilement lésés, ajouterai- je par ces deux individualités que par un syndicat comptant de nombreux associés.

Car dans une association multiple, comme dans les gouvernements parlementaires, il n'y a pas à craindre les décisions soudaines, les coups d'audace, la spéculation pure, on discute, on pèse, on soupèse

les arguments et une honnête moyenne d'opinion se dégage en général des délibérations autour du tapis vert des conseils d'administration.

Avec deux volontés seulement à accorder, avec deux hommes à individualités puissantes, capables de mener comme M. Carnegie une campagne de quinze années pour aboutir à un but que personne ne voit durant ces quinze années. Avec M. Rockfeller qui a pétri de sa forte main letritsidn pétrole, quels coups d'audace ne peut-on pas attendre ? Il n'est pas de gouvernement, pas de puissance industrielle, pas de force au monde, qui puisse les arrêter. Ils ont les milliards, l'organisation, l'outillage, l'intelligence. Ils peuvent tout.

Et quand je dis qu'ils sont deux, je me trompe, M. Rockfeller est désormais dans la coulisse, il a cédé ses mines pour cinquante ans, il n'a même plus voix délibérative au chapitre et nous voyons en réalité le trust à une tête la coalition d'un seul, si l'on peut s'expliquer ainsi, la véritable dictature transportée pour la première fois dans le domaine industriel et commercial triompher de tous les obstacles.

Il y a là, il faut l'avouer quelque chose de saisissant et l'homme qui a su conquérir cette Royauté de l'acier, n'est pas certainement un homme vulgaire. (1).

Eh ! c'est précisément ce qui me paraît le plus dan-

(1) M. Ca'negie a depuis fondé utie cemragnie à laquelle il a fait apport de ses usir'es, mais c'est encore là encore une feinte du grand spéculateur. Il est toiij«.uis le maître et n'a fait que se dérober aux lesponsabiliiés éventuelles.

gereux, car nous sommes bien cette fois, à la merci d'une volonté unique, d'un véritable monopole de fait et si l'on veut nous permettre d'anticiper peutr être sur les événements nous pourrons donner une idée de ce que nous réserve dans l'avenir le marché américain, conduit ainsi par une volonté indomptable. C'est l'exemple des répercussions internationales d'un accaparement.

Qu'est devenu le marché sidérurgique américain depuis la mémorable date de 1897, depuis l'accaparement Carnegie Rockfeller. Une lettre adressée dernièrement par le Président du Comité des Forges de France à M. le Président de la Commission des Douanes à la Chambre nous l'apprend :

La production de la fonte, base de toute métallurgie, aux Etats Unis a été :

en 1896 8.761.097 tonnes

L'augmentation de 1899 sur 1897 est donc de 2.2'8.000 T. soit environ 18 %. Cette augmentation annuelle est presque égale à la production totale de la France en une année, 2.534.000 tonnes en 1896.

La production totale de l'acier en 1899 aux Etate- Unis a été de 11.745.128 tonnes (dont 2.540.000 de rails), au lieu de 8.980.736 en 1898.

Cet essor prodigieux de la sidérurgie américaine correspond à une production qui dépasse de beaucoup les besoins de la consommation du marché des

Etats-Unis ; comme les chiffres suivants permettent de le constater :

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