HISTORIQUE
Les très anciens auteurs, Hippocrate en tête, ne. parlent pas positivement des cas où l'enfant se présente par la face. Ils disent seulement que pour que l'accouchement soit naturel, il faut que l'enfant se présente la tête la première, sans spécifier autrement, ajoutant. d’ailleurs que les mères succombent la plupart du temps quand les enfants viennent par le tronc ou par les pieds. La seule conduite qui semble avoir été tenue a été la. suivante: s'efforcer de transformer les présentations de la face, en présentation du sommet. (Hippocrate, traduction Littré. T. VII, de la nature de l'enfant).
Guillemeau, en 1609, est le premier qui en fasse réellement mention, en disant que la tête peut se trouver tournée de quatre façons, reposant sur le dos, sur son estomac, et sur le bord des épaules, ce que nous tra-. duirions ainsi aujourd’hui : tête défléchie, tête fléchie, tête inclinée. Ainsi placée, ajoute Guillemeau, la mère.
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s'épuise en vains efforts, et il conseille d'introduire la main pour repousser le corps de l'enfant. En 1671, Viardel exprime la même opinion. tout en ajoutant cependant un léger correctif : il s'entoure la main d'un linge, de peur de froisser, de meurtrir les parties molles de la mère. Voici du reste tout au long cette intéressante observation :
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« En l'année 1669, au mois de septembre, je fus mandé pour aller accoucher la femme de M. Nissole, tapissier rue Beaubourg, qui était en travail depuis deux jours. Étant arrivé, je demandai à M‘ Alexandre, sa sage-femme, ce qui se présentait, et l'ayant touchée, je trouvai que l'enfant se présentait la face la première
«au passage (On voit que l’auteur ne fait pas mention de « la variété); ce qu'ayant bien examiné, je me mis en état :
‘de secourir la mère, et de sauver l'enfant en cette
manière. J'introduisis premièrement ma main tout doucement dans le col de la matrice, joignant mes quatre doigts ensemble, et repoussai peu à peu la face, sans blesser ni incommoder l'enfant aucunement | avec une compresse que j'avais mise à l'extrémité de mes doigts, laissant pendre hors du col de la matrice. un bout d'une bande attachée à ladite compresse pour la pouvoir plus aisément retirer lorsque j'aurais repoussé la face, et je glissai tout doucement la main le long du visage jusqu'à la partie postérieure, c'està-dire le derrière de la tête, où étant arrivé, je tâchai de l'abaisser progressivement et doucement, jusqu'à ce que le menton de l'enfant touchât à la poitrine, et
« par ce moyen, je mis le dessus de la tête au passage, « c'est-à-dire à l'orifice interne de la matrice.
Viardel fit doncune substitution: il transforma la présentation de la face en présentation du sommet et c'est ainsi qu'il opéra cet accouchement. (Viardel, Observations sur la pralique des accouchements, Paris 1748).
Avec Portal, en 1685, une opinion tout autre apparaît; après avoir regardé non seulement comme exceptionnel, mais encore comme impossible l'accouchement par la face, Portal dit que le seul danger qui puisse arriver à l'enfant, c'est de souffrir, d'avoir la face noire, tuméfiée, « à cause qu'elle a souffert de grandes violences à la sortie ».
Deventer et Louise Bourgeois s'appesantissent surtout sur la conduite à tenir et la gravité du pronostic.
Mauriceau dans son Traité des maladies des femmes grosses (7° édition), dit ceci : « D'autres fois, l'enfant « se présente la face la première ayant la tête renver- « sée en arrière, en laquelle posture il est encore diffi- « cile qu'il vienne ; et s’il y demeure longtemps, le vi- « sage lui devient si livide et si bouffi qu'il en paraît « tout à fait monstrueux dans l'abord; ce qui arrive « tant à cause de la compression qui s'en fait à cette « Situation, que pour avoir été quelquefois trop sou- « vent et trop vivement touché avec les doigts, en « tâchant de lui faire prendre une meilleure situa- « tion. »
Mauriceau veut parler aussi de cette manœuvre sur, R. 2
laquelle nous nous étendrons plus loin et qui consiste à amener la tête de la déflexion en flexion.
Suivent quatre observations de Mauriceau sur la face, dans lesquelles nous n'avons rien trouvé digne d’être noté.
Smellie, en 1740, dans son tome II des Observations sur les accouchementis, raconte qu'une fois il fut mandé près d’une femme qui était en travail depuis plusieurs heures. La poche des eaux était rompue, la dilatation complète, la tête petite : « On me demanda « s'il pouvait y avoir du danger, sur quoi je répondis « avec un peu trop de précipitation qu'il n'y en avait « que pour la vie de l'enfant qu'on pouvait encore « sauver en délivrant la mère de bonne heure. »
La famille ne jugea pas à propos de permettre l'intervention; la femme expulsa spontanément son entant, plusieurs heures après le départ de Smellie, mais l'enfant était mort.
Le Boursier du Coudray (Paris, 1759, ch. xt) conseille de remonter la tête du fœtus et de la faire basculer de manière à avoir un sommet ou bien de pratiquer la version.
Jusqu'à cette époque, l'accouchement par la face était regardé comme dangereux et pour la mère et pour l'enfant; c'était un objet de terreur pour les accoucheurs. Voilà pourquoi, dès qu'ils se trouvaient en présence d'un cas semblable ils avaient recours d'emblée à la version. Or, dans le cas oùils ne réussissaient pas, ils laissaient faire la nature qui la plupart du temps, du reste, se chargeait de l'expulsion du fœtus.
Aussi cette crainte des anciens accoucheurs nous paraïtelle exagérée.
Zeller, en 17809, dit que l'accouchement par la face est simple et naturel.
Puis viennent M“: Lachapelle et Boër qui professent la même doctrine, tandis que Capurou, nous dit M. Charpentier dans sa thèse de Paris (1876), s'ef- « forçait de démontrer par des calculs géométriques « que les accouchements par la face sont impossibles « si l’art n'intervient. »
Que conclure donc d’opinions si diverses, émises par des maîtres d'une compétence si reconnue? Aujourd'hui on est d'accord pour reconnaître que ces: accouchements ne sont pas aussi terribles que l'ont bien voulu dépeindre les anciens accoucheurs, et la majorité des auteurs modernes est d'accord pour dire, avec Mme Lachapelle, que le plis souvent la nature mène à bonne fin un accouchement se présentant dans de telles conditions.
Bien des thèses ont été soutenues à la Faculté de Paris, par Crousse, Gaynon, Decazis, Charpentier, Forcade, Caillet, Lamelle, Gravier. pour ne citer que les plus importantes; bien des travaux ont paru en France signés des protesseurs Tarier, Budin, Pinard, Farabeuf, Varnier et d'autres encore. ainsi qu'en Allemagne et en Angleterre. Tous ont contribué beaucoup à fixer d’une façon plus nette, plus précise, les
cas où une intervention devient nécessaire. C'est aux ouvrages de ces maitres que nous aurons recours dans notre modeste travail, ce sont les idées professées par eux qui nous serviront de guide.