‹ De l'Accouchement Prématuré ProvoquéChapitre 2 sur 31 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'accouchement prématuré provoqué est défini par Cazeaux (1) : « Un accouchement provoqué par l’art avant le terme de la grossesse, mais à une époque où le fœtus est déjà viable. »

« Il a pour but », dit M. le professeur L. Dumas(2), « dans certains cas particuliers et bien déterminés, ou bien de délivrer la femme d’une grossesse qui menace sa vie, ou bien de soustraire le fœtus à certaines influences que l’on sait devoir entraîner fatalement sa mort; mais, sans que l'intérêt de l’un entraine aucune mesure capable de léser les intérêts de l’autre. »

Comme on le voit par cette double définition, l’accouchement prématuré provoqué diffère à la fois de l’accouchement forcé et de l’avortement provoqué. Ses caractères essentiels sont les suivants :

1° Expulsion du fœtus à une époque où celui-ci est apte à jouir de la vie extérieure ;

2° Mise en jeu, pour cette expulsion artificielle, des seules ressources de la nature, de simples moyens physiologiques.

Dans l'accouchement forcé, autre variété d’accouchement artificiel exigeant la garantie de viabilité du fœtus,

(4) Cazeaux. Traité théerique et pratique de l'art des accouchements, 10° éd., revue par Tarnier, 1883, p, 1043.

(2) L. Dumas. Compte-rendu de la clinique obstétricale de Montpellier, Montpellier médical, 1880, t. XLIV, p. 68.

on extrait rapidement celui-ci du sein de sa mère, au lieu de provoquer son expulsion ; on ne recherche pas la mise en jeu régulière et progressive des contractions utérines ; l’art se substitue entièrement à la nature. Cette méthode, qui remonte à Louise Bourgeois et Guillemeau, consiste, on le sait, à pratiquer la dilatation forcée du col, introduire la main dans l'utérus et extraire le fœtus par la version podalique. Ritgen (1) à bien fait ressortir la différence qui existe entre les deux procédés : « Dans l’accouchement provoqué, la nature fait presque tout; l'art ne lui communique qu’une impulsion légère, mais sûre ; tandis que dans l’accouchement forcé, l’art agit presque seul, et, tout ce que la nature cède, il faut le lui arracher par de nouveaux efforts. »

Quant à l'avortement provoqué, qui consiste à déterminer artificiellement l'expulsion du produit à une époque où il n’est pas viable, il a pu à juste titre être appelé « une thérapeutique de désespoir ». Dans cette opération, dont les indications sont si délicates à établir, et dont la légitimité a donné naissance à de si vives controverses, l’homme de l’art se préoccupe uniquement de l’intérêt de la mère, et sacrifie impitoyablement au salut de celle-ci un enfant dont la vitalité, quoique souvent compromise, ne peut résister à l'intervention mise en usage.

L'accouchement prématuré provoqué, au contraire, ne sacrifie aucun des deux êtres ; il répond à toutes les sollicitudes, et réalise, dans les cas heureux du moins, l’idéal invoqué par Levret : « L’excellence de l’art de l’accoucheur consiste à sauver, deux individus à la fois » ; c'est donc la meilleure de toutes les opérations obstétricales.

(1) Ritgen. Die Anzeigen der mechanischen Hülfen bei Enthindungen ; Giessen, 1820, S. 342.

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