‹ De l'acide borique et des boratesChapitre 5 sur 10 · C 8 H 4 0 10 KO ASO · texte numérisé non relu

C 8 H 4 0 10 KO ASO

De plus ces composés, lorsqu’ils ont été bien desséchés, jouissent comme les émétiques, de la curieuse propriété de perdre encore deux équivalents d’eau, lorsqu’on les chaude è 200°. Pour qu’un pareil changement puisse se produire il est certain qu’il faut que la constitution intime des corps constituants soit profondément modifiée. Car ordinairement l’acide tartrique ne peut pas perdre ses deux derniers équivalents d’eau sans être détruit définitivement, tandis que dans ce cas, un simple contact prolongé avec l’eau suffit pour que le premier composé soit régénéré.

Pour expliquer ce phénomène, les partisans de la théorie atomique s’appuient sur les liens de parenté qui unissent l’acide tartrique à l’acide succinique. On peut en effet faire dériver l’acide tartrique de l’acide dibromosuccinique par la substitution de deux groupes (HO 2 ) à deux équivalents de brome ; il suffit pour cela de faire réagir de l’acide dibromosuccinique sur de la chaux éteinte.

Voici du reste la formule atomique qui rend compte de la réactiou.

C 8 H*Br s O‘ 1

C s H s (HO s ) s O*

0* + CaHO 2

= 2CaBr -f

Acide dibromo¬

Chaux.

Bromure

Ac. dioxysuccinique

succinique. |

de calcium.

(tartrique).

On admet alors

que non-seulement les deux atomes d’hydro-

gène basique, peuvent être remplacés par un métal mais que les deux atomes d’hydrogène qui font partie des groupes (HO 2 ) 2 peuvent aussi être remplacés par un métal, quoique plus difficilement que les deux premiers ; d’après cela l’acide tartrique qui ordinairement est bibasique, deviendrait quadribasique dans cette circonstance. A l’appui de cette théorie on peut citer un tartrate de plomb qui renferme quatre équivalents de plomb, et qui a pour formule

C 8 HW0 12 .

En appliquant cette manière de voir au tartrate borico-potassique, on admet que lorsque ce corps a perdu deux équivalents d’eau par l’action d’une température de 200°, il forme un composé dans lequel un équivalent de bcre triatomique s’est substitué à trois équivalents d’hydrogène.

La formule atomique est représentée par

C 8 H*B”’K0 lî .

Pour.préparer le tartrate borico-potassique, qui, en pharmacie, est encore appelé crème de tartre soluble, on opère de la manière suivante :

On prend :

Crème de tartre pulvérisée.4 gr.

Acide borique cristallisé. 1 gr.

Eau. 4 gr.

On fait bouillir l’eau dans une bassine d’argent, puis on y fait dissoudre la crème de tartre et l’acide borique; il faut alors entretenir la liqueur en ébullition jusqu’à ce que la plus grande partie de l’eau soit évaporée. Lorsque la solution a la consistance sirupeuse, on ralentit le feu et on agite continuellement jusqu’à ce que la matière soit devenue pâteuse, il faut alors la couler dans des assiettes et la faire sécher complètement à l’étuve.

Lorsque la crème de tartre est sèche, on la concasse en petits morceaux et on la conserve dans des flacons bien bouchés. La crème de tartre soluble est entièrement soluble dans l’eau froide, mais elle n’est pas formée de tartrate borico-potassique pur, on y trouve toujours une certaine quantité d’acide borique libre, qu’on pourrait en séparer par des lavages à l’alcool. C’est pour que la combinaison des deux corps soit plus complète, que l’on recommande d’entretenir l’ébullition du liquide aussi longtemps que possible.

La réaction chimique qui se passe dans cette préparation est des plus simples. L’acide tartrique est un acide bibasique, donc il contient deux équivalents d’eau susceptibles d’être remplacés par deux équivalents de base, la potasse qui est déjà combinée avec lui en remplace un et l’acide borique se substitue au second.

C 8 H*0 10 , KO, HO + BoO 5 = C fi H*O 10 KOBoO 3 + HO.

Crème de tartre. Acide Crème de tartre Eau.

borique. soluble.

Soubeiran a observé une modification isomérique qui se produit quelquefois dans ce composé, et qui le rend insoluble dans l’eau. 11 conseille alors de délayer le sel dans deux fois son poids d’eau et de le faire évaporer de nouveau. L’eau bouillante, paraît-il, détruit le changement qui s’était opéré dans le corps.

M. Edmond Robiquet a conseillé d’employer de l’acide borique qui ait préalablement subi une fusion tranquille pendant un quart d’heure, pour préparer la crème de tartre soluble. Il donne

pour raison que l’acide borique qui existe dans ce composé au même état moléculaire que lorsqu’il est fondu, et que cet état, en se détruisant à la longue, finit par rendre, le tartrate insoluble. Dès lors, en fondant l’acide borique avant de le faire combiner, on favorise la fixité de son état moléculaire.

Ce sel est incristallisable et insoluble dans l’alcool. Il peut se combiner au bitartrate de potasse et forme alors un composé auquel on donne la formule suivante :

2(KO, 2BoO\ C 8 H 4 0 10 ), (KO, Ho ,0 C 8 H‘O‘°).

La crème de tartre soluble administrée à petite dose peut être considérée comme un acidulé plutôt que comme un purgatif salin ; elle agit à la manière des tempérants. C’est ainsi qu’on l’emploie dans les maladies inflammatoires, dans la jaunisse, les embarras gastriques; à plus haute dose, elle porte principalement son action sur la muqueuse intestinale et détermine des évacuations alvines; elle purge doucement sans déterminer de coliques. (Bouchardat.)

La crème de tartre soluble peut être employée comme tempérant et rafraîchissant à la dose de 5 à 15 grammes pour un litre d’eau sucrée.

A la dose de 15 à 30 grammes, c’est un laxatif très-doux et trèssùr, seulement il est bon de corriger sa grande acidité par une forte addition de sucre.

On l’a employée à l’extérieur pour stimuler des ulcères fongueux et indolents, à la dose de 60 grammes par litre d’eae.

Voici du reste quelques formules dans lesquelles il entre de la crème de tartre soluble :

Bouillon aux herbes purgatif.

Crème de tartre soluble. 30 gr.

Bouillon aux herbes. 1000 gr.

à prendre par verres.

Boisson tempérante..

Crème de tartre soluble.. 10 gr.

Nitrate de potasse. 2 gr.

Sucre. 50 gr.

Eau. 1000 gr.

A prendre par verres.

Limonade à la crème de tartre.

Crème de tartre soluble. 15 gr.

Eau. 1000 gr.

Employée contre les encéphalites.

Mixture résolutive. (Schwartz.)

Crème de tartre soluble. 2 gr.

Extrait de pissenlit. 10 gr.

— de chélidoine. 5 gr.

Eau distillée de mélisse.150 gr.

Une cuillerée toutes les deux ou trois heures contre l’hépatite chronique.

Tartroborate de soude. — On l’obtient en évaporant à sec une solution de bitartrate de soude et d’acide borique. Il est complètement analogue à la crème de tartre soluble, avec laquelle il peut se combiner pour former un composé dont la formule est :

2(KO, 2Bo0 3 , C 8 H 4 0 10 ) (NaO, 2Bo0 3 , C 8 H*O ,0 )12IIO.

(MM. Duflos et Vogel.)

Tartroborate de chaux. — M. Wittstein a préparé ce corps en versant du chlorure de calcium dans une solution de crème de tartre soluble, neutralisée par l’ammoniaque; il est alors combiné à du tartrate de chaux.

Je me suis demandé s’il n’existerait pas une combinaison d’acide borique et d’acide tartrique seuls. Comment l’acide tartrique peut-il empêcher l’acide borique de colorer la flamme de l’alcool en vert, s’il ne se combine pas avec lui? comment de son côté l’acide borique agît-il sur l’acide tartrique, lorsqu’il détruit son action sur la lumière polarisée? de plus : « Les « acides borique et tartrique, broyés ensemble donnent un « mélange qùi est très-déliquescent, ce qui ferait supposer dans « ce produit l’existence d’un composé défini; car l’acide borique « et l’acide tartrique n’attirent pas l’humidité de l’air. » (Meyrac).

J’ai fait quelques expériences pour éclaircir ce sujet, et bien qu’elles ne soient pas concluantes je crois devoir les rapporter

En faisant dissoudre dans l’eau un équivalent de chaque acide et faisant évaporer à une douce chaleur, on obtient une masse

transparente gommeuse, attirant l’humidité, et tout à fait analogue aux différents tartroborates.

En faisant la même expérience avec de l’alcool qu’on laisse évaporer à l’air sec, on obtient de petits cristaux très-blancs et qui attirent aussi l’humidité. Ces cristaux sont très-solubles dans l’alcool, et en ajoutant à cette solution alcoolique de la potasse caustique dissoute elle-même dans de l’alcool, il se forme un précipité blanc identique avec la crème de tartre soluble, seulement il n’y existe pas d’acide borique libre.

J’aurais voulu examiner la quantité d’eau que ces petits cristaux peuvent perdre lorsqu’on les chauffe à 200°. Je regrette que le temps me manque pour faire cette expérience, qui aurait pu donner une preuve certaine de la combinaison de l’acide borique avec l’acide tartrique.

L’acide borique dissout par fusion les oxydes métalliques avec lesquels il forme des masses vitreuses différemment colorées qui servent à caractériser ces oxydes.

L’acide borique peut également dissoudre une forte proportion de silice, lorsqu’il est chauffé à une température très-élevée.

Composition. — L’acide borique se décompose trop difficilement pour que l’analyse puisse servir à trouver sa composition. Alors on se sert de sa synthèse.

On peut faire brûler un gramme de bore amorphe dans de l’oxygène, et voir combien il a absorbé d’oxygène pour se transformer en acide borique. Seulement ce procédé laisse à désirer. Le bore brûle dans l’oxygène, mais la surface qui brûle d’abord forme une couche d’acide borique qui préserve l’intérieur de l’oxydation.

Pour cette raison, on préfère brûler le bore avec de l’acide azotique ; à mesure que l’acide borique se forme, il se dissout, et par conséquent n’empêche pas l’action de l’acide azotique, on fait ensuite bouillir la liqueur avec un poids connu d’oxyde de plomb, et on calcine le résidu, pour détruire l’azotate de plomb qui s’était formé. L’augmentation de poids qu’a subi l’oxyde de plomb indique la quantité d’acide borique qui s’est formée.

On trouve ainsi que 1 gramme de bore absorbe 2 grammes 3

centigrammes d’oxygène, pour se transformer en acide borique.

La composition de l’acide borique est donc :

Oxygène. 68,78

Bore. 31,22

ioo,o<7

Dosage. — Aucun borate n’étant assez insoluble pour pouvoir servir à doser l’acide borique, on est obligé de le doser par différence. Je vais du reste indiquer les procédés les plus connus.

1° L’acide borique en dissolution aqueuse ou alcoolique ne peut pas être dosé par l’évaporation à siccitédu liquide, même en présence de l’oxyde de plomb, car la vapeur d’eau ou d’alcool l’entraîne en quantité sensible. Dans ce cas, il vaut mieux opérer comme il suit : on ajoute à la dissolution contenant l’acide borique une quantité exactement pesée de carbonate de soude; on évapore le liquide, on fait fondre le résidu, puis on le pèse.

Ce résidu est un mélange de borate et de carbonate de soude. Le poids du carbonate de soude ajouté fait connaître celui de la soude. On dose directement l’acide carbonique qui reste, et la différence est égale au poids de l’acide borique. (M. IL Rose.)

Dans ce procédé l’acide borique est dosé à l’état anhydre.

2° Un autre mode de dosage consiste à combiner l’acide borique à la potasse, à ajouter un excès d’acide fluorhydrique pur, et à évaporer à siccité dans une capsule en platine. Il faut ajouter assez d’acide fluorhydrique pour que, pendant l’évaporation, les vapeurs qui se dégagent rougissent le tournesol. Le précipité gélatineux de fluoborale de potasse (KFL, BOFL 3 ), qui se forme d’abord, se dissout à chaud, et se dépose pendant l’évaporation en petits cristaux durs. La masse saline sèche est abandonnée à la température ordinaire avec une dissolution d’acétate de potasse à 20 p. 100. Cette dissolution dissout les fluorures, fluorhydrate de florure, chlorure, azotate, et phosphate de potasse, et même un peu de sulfate de potasse. Les sels de soude s’y dissolvent également, quoique moins facilement ; quant aux autres bases qui pourraient être combinées avec l’acide borique, il faut les séparer préalablement en calcinant les combinaisons basiques à analyser avec du carbonate de potasse, après quelques heures de contact,

on rassemble le dépôt sur un filtre pesé, on lave avec une dissolution d’acétate de potasse, et finalement avec de l’alcool à 84° centésimaux. Le fluoborate préalablement desséché à 100°, est pesé; c’est un sel dense qui occupe un très-petit volume, (M. Stromeyer.)

3° Lorsqu’il s’agit simplement de déterminer la richesse commerciale d’un acide borique brut, on peut employer le procédé suivant. Le poids de l’eau est déterminé par une dessiccation à 40° ou 45° dans une étuve ou dans le vide; puis l’acide borique est dissous dans l’alcool ; le résidu pesé donne à un centième près le poids des matières étrangères, formé de chlorures et de matière organique. On pourrait transformer l’acide borique de la dissolution alcoolique en borate neutre par l’addition de l’équivalent de soude caustique, BoO 3 , NAO. Le borate lavé par l’alcool et pesé, indiquerait la quantité d’acide pur renfermé dans l’acide borique commercial. (M. Payen.)

D’après ce procédé on dose l’acide borique avec son eau de cristallisation. Il faut donc en tenir compte.

4° On met dans une capsule de porcelaine ou de platine pesée d’avance une quantité connue de la dissolution d’acide borique à analyser, on ajoute ensuite un poids déterminé d’oxyde de plomb pur et récemment calciné. On évapore doucement à sec ; puis on chauffe au rouge faible le résidu, qu’on tient pendant quelque temps à cette température. Le résidu est un borate de plomb et d’oxyde de plomb libre, en soustrayant du poids total de ce résidu celui de l’oxyde de plomb qu’on y a introduit, la différence en plus indique le poids de l’acide borique qui se trouve dans la liqueur employée. Cette méthode fournit des résultats parfaitement exacts, lorsqu’on ne calcine pas le sel à une température plus élevée que celle qui a été indiquée. (M. Fresénius.)

Il ne faut pas perdre de vue que le poids que l’on obtient représente de l’acide borique anhydre. M. H. Rose prétend que la présence de l’oxyde de plomb, ne suffit pas pour empêcher la perte de l’acide borique pendant l’évaporation du liquide.

On peut avoir à doser de l’acide borique en présence d’acide sulfurique, il faut alors aciduler la liqueur avec de l’acide

chlorhydrique, puis précipiter tout l’acide sulfurique au moyen du chlorure de baryum, on dose l’acide borique dans la solution.

Pour le doser en présence de l’acide phosphorique, il faudrait doser ce dernier acide en le transformant en phosphate amraoniaco-magnésien. Dans la liqueur filtrée on doserait l’acide borique.

Pour analyser un mélange d’acide borique et d’acide silicique, il faut encore doser l’acide borique par différence. On précipite la silice par un acide, on la calcine pour la rendre insoluble, en reprenant ensuite par l’eau, on lui enlève l’acide borique qu’elle peut contenir, et on la pèse.

Usage. — Maintenant que la Toscane fournit de grandes quantités d’acide borique, il est surtout employé pour préparer le borax.

En solution au centième et mélangé à un tiers ou un quart de son poids d’acide sulfurique, il sert à imprégner les mèches des bougies stéariques, qui alors se recourbent en dehors de la flamme, se charbonnent et forment un petit globule vitreux par suite de la fusion de l’acide borique. Ce petit globule se détache à mesure que la bougie brûle. On l’emploie aussi pour attaquer certaines roches dans lesquelles on veut doser la soude ou la potasse, il agit alors comme fondant.

L’acide borique entre encore dans la composition de certains verres, du strass, et dans l’émail de certaines poteries, pour cela on l’ajoute à un enduit qu’on applique à l’intérieur des cazettes (par corruption gazettes), la forte chaleur en fait volatiliser une partie, qui en se combinant aux bases que contiennent ces poteries forme des borosilicates, qui constituent une bonne couverte.

En pharmacie on emploie peu l’acide borique : la crème de tartre soluble est à peu près la seule préparation dans laquelle entre cet acide. Jadis cependant, il a été beaucoup vanté comme calmant et rafraîchissant. On l’emploie encore en gargarisme à la dose de h h 8 grammes pour 125 grammes d’eau miellée, dans les affections gangreneuses des amygdales et du larynx. J’ai reconnu que l’acide borique ingéré était éliminé à l’état de biborate alcalin par les urines ; et je n’en ai jamais trouvé à l’état libre.

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