‹ De l'acide oléique et de ses composésChapitre 4 sur 7 · PROPRIÉTÉS · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS

C’est un liquide incolore et limpide au-dessus de 14°, plus léger que l’eau, de consistance huileuse, sans odeur ni saveur, ne rougissant pas le tournesol, même en dissolution alcoolique lorsqu’il est pur. A—4°, il se concrète en une masse cristalline très dure; il se dépose dans l’alcool sous forme de fines aiguilles. L’acide impur rougit le tournesol, présente une saveur âcre et une légère odeur rance. Insoluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool, soluble en toutes proportions dans l’éther. Il dissout les matières grasses solides, l’acide margarique, l’acide stéarique, etc. Forme, avec la baryte, un sel très-soluble dans l’alcool.

Action oe l’oxygène. — A l’état solide, l’acide oléique n’est pas altéré par l’oxygène, mais l’acide liquide s’oxyde rapidement. A la température ordinaire, l’acide liquide peut absorber jusqu’à vingt fois son volume d’oxygène, sans qu’il se dégage une trace d’acide carbonique ni d’eau. L’acide oléique qui a subi l’action de l’air froid paraît avoir perdu un équivalent d’hydrogène et gagné un équivalent d’oxygène.

L’équation suivante représente la transformation de l’acide oléique en acide oxyoléique.

C 3 »lI 33 0 3 ,HQ+0 * = CWHWQ* t HO+n O Acide oléique. Acide oxyoléique.

A 100° au contact de l’air, l’acide oléique absorbe do l’oxvgèno, mais avec dégagement d’acide carbonique.

Action de la chaleur. — Lorsqu’on distille l’acide oléique, il se décompose en donnant beaucoup de gaz carboné, de l’acide carbonique, des acides acétique, caprylique, caprique et une huile hydrocarbonée chargée d’acide sébaciquo; on obtient également un résidu de charbon. La formation de l’acide sôbacique, par la distillation, est la propriété caractéristique de l'acide oléique et sert à le distinguer d’autres acides gras liquides. L’acide oléique altéré à l’air cl l’acide oléique pur fournissent une quantité à peu près égale de ces derniers acides caprique et caprylique; l’acide oxyoléique donne beaucoup moins d’acide sébacique. Ce dernier, étant très soluble dans l’eau bouillante, peut être

séparé des autres produits à l’aide de ce liquide ; par le refroidissement, il ne dépose prosqu’enlièrement a l’étal de cristaux qui présentent beaucoup de ressemblance avec l’acide benzoïque.

Action du chlore et du brôme. — RI. Lefort a démontré que le chlore et le brôme attaquent l’acide oléique et produisent deux acides particuliers :

Acide chloroléiqüe. C 3 <5H 3S C1 S 0 3 ,H0

Acide bromoléiquo.. C^H^BrWjHO

Action des acides. —- L’acide nitrique concentré attaque vivement l’acide oléique avec dégagement de vapeurs rouges; suivant la durée de la réaction, on trouve, dans le résidu, des acides fixes tels que l’acide subérique, pimélique, adipique, tandis qu’il distille les acides volatils acétique, propionique, butyrique, valérique, caproïquu, œnanlhylique, capryliqueel pélargonique.

L’acide nitreux transforme l’acide oléique pur en acide élaïdique, isomère de l’acide oléique. Quand on fait agir un excès de vapeurs nitreuses sur l’acide oléique, il se produit, en môme temps que l’acide élaïdique, une matière rougeâtre, ce composé ne se forme pas si l’on se sert d’acide nitreux liquide. Cette transformation s’opère sans que la matière change de composition ni de poids, peut-être celle transformation est-elle le résultat de l’action de l’acide nitreux sur quelques traces de matière organique, d’une altération facile; on a constaté, cependant, dans celte transformation, la production d’une petite quantité d’azotate d’ammoniaque, ainsi que celle d’un corps huileux et indifférent.

L’acide sulfurique concentré le dissout sans altération à froid; en ajoutant de l’eau, l’acide oléique se sépare; si l’on chauffe, la dissolution noircit cl il se dégage de l’acide sulfureux.

Action de l’hyurate de dotasse. Transformation en palmitate et acétate de potasse. — L’acide oléique, chauffé avec de l’hydrate de potasse en fusion en excès, se convertit en un mélange de palmitate et d’acétate de potasse, et il se dégage de l’hydrogène :

Ç36H84Q4 + 2KBü‘ = G a2 Il 31 KO* + C 4 11 3 K CH -f 2H Acide oléique, Palmitale de potasse. Acétate «Je potasse.

Cette découverte, duc à M. Varrentrapp, Comme nous le verrons plus

loin, peut être appliquée à l’industrie. L’acide élaïdique subit aussi cette transformation.

Action des alcalis. — Quand on traite l’acide oléique par la chaux, dans une cornue, on recueille un produit distillé qui est liquide, même dès le commencement de l’opération. Cette matière, appelée oléone, qui n’est pas acide, non saponifiable, obtenue par M. Bussy, est considérée comme l’acétone correspondant à l’acide oléique.

Jusqu’à présent, il n’a pu être obtenu à l’état pur. Vohl nomme oléone une matière grasse destinée à l'éclairage, préparée en précipitant les eaux de savon par du chlorure de calcium et en distillant le sel de chaux à acide gras avec de la chaux.

En soumettant l’acide oléique à la distillation sèche, en présence de la chaux sodée, l’acide oléique, renfermant le carbone et l’hydrogène dans un haut état de condensation, l’oxygène tend à se séparer, et se sépare en effet sous forme d’acide carbonique, et on obtient une série de carbures volatils tels que l’éthyléne, le propyléne, le butylène, l’amyléne, le caproëne, l’œnantyléne, etc.

OLÉATES

L’acide oléique est monobasique; les oléates neutres ont pour formule générale MO.C 30 H 33 O 3 . Les oléates acides par MO.(C 30 H 33 O 3 ) 2

Les oléates neutres, à base d’alcali, sont solubles à froid dans l’eau, l’alcool absolu et l’éther. Les oléates acides sont liquides et insolubles. Ce caractère, de se dissoudre dans l’alcool et l’éther, les distinguent des margarates et des stéarates qui sont insolubles dans ces liquides.

L’acide oléique s’oxydant facilement au contact de l’air, il faut, pour obtenir les oléates à l'état de pureté, avoir recours à la méthode suivante :

On introduit dans un flacon un mélange intime d’oléale de baryte et du sulfate de la base que l’on veut faire entrer en combinaison avec l’acide oléique. Après avoir recouvert ce mélange d’alcool à 83°, on ferme le flacon et on le maintient pendant quelque temps à une douce chaleur. Il se produit du sulfate de baryte insoluble, et l’oléate formé

reste dissous dans l’alcool. La liqueur, évaporée dans un atmosphère de gaz hydrogène, laisse pour résidu une oléate pur.

Oléate neutre de potasse. — Ce sel est blanc, friable, déliquescent à l’air, soluble dans l’alcool et dans i parties d’eau.

La dissolution aqueuse d’oléale de potasse se trouble quand on l’étend d’eau, et dépose un bisel gélatineux.

On le prépare généralement en chauffant un mélange formé de parties égales de potasse et d’acide oléique avec une petite quantité d’eau. Le sel ainsi produit est purifié par des dissolutions successives dans l’alcool.

Oléate neutre de soude. — L’oléate de soude cristallise facilement dans l’alcool. Il n’est pas déliquescent et se dissout sans altération dans 10 et 12 parties d’eau. On l’obtient comme l’oléate de potasse.

Oléate neutre d’ammoniaque. — Ce sel est gélatineux, soluble dans l’eau. On le produit en faisant digérer à froid l’acide oléique avec une dissolution aqueuse d’ammoniaque.

Oléate neutre de baryte. —Ce sel est cristallin et infusible à 100° lorsqu’il est pur. S’étant altéré, il fond au-dessous de 100°.

Les oléales de chaux et de strontiane présentent beaucoup d’analogie avec l’oléale de baryte.

Oléate neutre de magnésie. — Ce sel est grenu, mou et diaphane.

Oléate neutre de chrÔme. — Ce sel est amorphe et de couleur violette, il devient tout-à-fait dur par son exposition à l’air sec.

Oléate neutre de zinc. — Se présente sous forme d’une poudre blanche.

Oléate neutre de cobalt. — Ce sel est pulvérulent et d’un vert bleuâtre.

Oléate neutre de nickel. — L’oléate de nickel est d’un vert pomme.

Oléate neutre de plomb. — Ce sel est blanc, pulvérulent, très léger, soluble dans l’éther, l’huile de naphte et l’essence de térébenthine. Il fond à 80°. On le prépare en introduisant successivement dans un ballon, de l’alcool et de l’acide oléique ; lorsque cet acide est dissous, on additionne la liqueur d’un excès de carbonate de soude sèc, en ayant soin de chauffer doucement le ballon, afin de produire des vapeurs

d’alcool, qui chassent l’air et empêchent ainsi l’oléale de soude formé, de s’altérer. Dès que la dissolution présente une réaction alcaline, on la filtre, on l’étend d’une petite quantité d’eau, et on l’abandonne à ellemême après avoir bouché le ballon. En y versant, quand elle est refroidie, une dissolution neutre d’acétate de plomb, on obtient un précipité d’oléate de plomb pur. On le lave rapidement à l'eau froide, s’altère à l’air et devient gluant.

Oléatede cuivre —Précipité vert extrêmement fusible, entièrement liquide à 100°.

Oléates de mercure. — Sel mercurique ; flocons blancs devenant gris par la dessication ; peu solubles dans l’alcool froid, plus solubles dans l’alcool et l’éther chauds.

Sel mèrcureux. — Flocons gris devenant bleuâtres par dessication, insoluble dans l'alcool fioid. soluble dans l’alcool chaud et dans l’éther.

Oléates a radicaux alcooliques. — Ether oléique , C^fPO 4 . — Il est incolore soluble dans l’alcool et décomposable par distillation. L’azotate de protoxyde de mercure le transforme dans l’espace de vingtquatre heures en éther claïdique. Pour l'obtenir, on dissout l’acide oléique dans trois fois son volume d’alcool, puis on fait passer rapidement un courant de gaz acide chlorhydrique dans la dissolution. L’éthérification s’opère en quelques minutes et l’éther produit se sépare de la liqueur.

Oléates glycériques ou Oléines. — L’acide oléique forme avec la glycérine trois combinaisons neutres : la monoléine, la dioléine et la trioléine qui est l’oléine naturelle. Je ne retracerai pas ce travail dé à M. Berthelot, et qui est tout entier dans sa chimie organique. La formule de la trioléine est :

CiuHiwO 1 * = 3C»«H 34 0 4 + C 6 H 8 0 8 — H*0-

M. Berthelot en fit la synthèse en passant par deux phases successives. On commence par chauffer la glycérine à 200° avec son poids d’acide oléique. Après réaction, on décante la couche de matière grasse ; on la mélange avec quinze on vingt fois son poids d’acide oléique et on chauffe de nouveau le tout à 240° pendant quatre heures. On

extrait la matière neutre par la chaux et l'éther ; on traite la dissolution éthérée par le noir animal, on la concentre et on la mêle avec huit ou dix fois son volume d’alcool ordinaire : la trioléiue se précipite. On la recueille sur un filtre et on la dessèche dans le vide. Elle est neutre, demeure liquide à 10° et même au dessous.

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