AVANT-PROPOS
En présence des résultats vraiment remarquables obtenus avec l'acide phénique dans le traitement de certaines affections oculaires, nous nous sommes attaché, pendant que nous suivions la consultation de la clinique ophthalmologique des Quinze-Vingts,
à l'étude des malades soignés par l’acide phénique
et nous avons pensé qu’il y aurait quelque intérêt à publier nos observations.
Avant d'aborder cette sen qu’il nous soit permis de témoigner toute notre reconnaissance à
= D ee M. le D' Fieuzal qui a bien voulu nous donner l’idée de ce travail. Nous ne saurions trop le remercier du bienveillant accueil qu’il nous a toujours fait et des précieuses leçons que nous avons puiséos dans son enseignement.
Que M. le professeur Richet veuille bien accepter toute notre gratitude pour l’honneur qu'il a bien voulu nous faire en présidant notre thèse inaugurale.
et
CONSIDERATIONS GENÉRALES.
- Après avoir vu l'acide phénique si largement em-
* ployé à la clinique des Quinze-Vingts dans Foph-
thalmie des nouveau-nés, dans les conjonctivites purulentes, dans les conjonctivites granuleuses, en un mot dans toutes les affections à forme sécrétante; après avoir suivi attentivement les malades dont nous prenions les observations, nous avons été étonné qu'un traitement si efficace et si peu complvré, si facile à suivre, n’entraïnant jamais par 1.2 même des complications, ne fût pas plus généralement répandu.
in effet, en dehors d’une thèse réremment sou-
tenue à la Faculté de Paris, sur le traitement de
je
l’'ophthalmie des nouveau-nés par l'acide phénique, thèse conçue et publiée en présence des résultats obtenus dans le service d’accouchements de M. Pinard, à Lariboisière, par les irrigations faites dans les yeux malades avec une solution à 1/300 d'acide phénique, nous avons en vain parcouru les thèses ou les travaux publiés dans ces dernières années sur le traitement des ophthalmies purulentes, des conjonctivites granuleuses, des aflections septiques de la cornée; il n’est question qu'incidemment du traitement par l’acide phénique, si toutefois encore il en est fait mention.
Dans une thèse sur le traitement de la conjonctivite purulente grave, soutenue il y a un an à peine, l’auteur s'exprime ainsi à propos des solutions anti— septiques : « Les lavages avec les solutions antiseptiques sont d'une réelle utilité dans les conjonctivites qui s’accompagnent d’une suppuration abondante, ils diminuent la sécrétion purulente mais ne constituent qu'un moyen adjuvant du traitement. »
En retour, il fait l'éloge du traitement par les cautérisations avec la solution de nitrate d'argent répétées toutes les douze heures; traitement qui serait d’après lui le seul sûrement efficace. Certainement, nous ne voulons pas prétendre que les cautérisations au nitrate d'argent n'aient leur utilité, mais nous croyons que dans bien des cas il est impossible d'utiliser la solution de nitrate d'argent, et que toujours il peut être dangereux et amener des complications graves lorsqu'il est mal appliqué. (
Une conjonctivite purulente grave compliquée d’abcès et d’ulcères de la cornée se trouvera très mal, nous le croyons, des cautérisations répétées avec le nitrate d'argent. Les pulvérisations fréquentes d'acide phénique ne peuvent jamais amener de complications ; elles peuvent certainement guérir à elles seules l'affection et la durée de la maladie, fût-elle plus longue, ce que nous ne croyons pas, il serait toujours préférable d'employer un traitement qui guérit aussi sûrement et qui entre toutes les mains n'offre aucun danger. Le renversement des cartilages tarses ayant pour but de mieux cautériser les culs-de-sac de la conjonctive et d'empêcher par la couptation des deux culs-de-sac la solution de nitrate d'argent d'arriver au contact de la cornée, est une manœuvre en certaines circonstances très difficile. <a à
Si elle n’est pas bien pratiquée, des complications du côté de la cornée peuvent rapidement survenir, et nous sommes convaincu que dans les ophthalmies des nouveau-nés beaucoup de perforations de la cornée ont pour point de départ un ulcère occasionné par les cautérisations, ou bien encore par des instillations fréquentes d’une solution de nitrate d'argent sans neutralisation immédiate par le chlorure de sodium.
Dans une autre thèse soutenue sur la prophylaxie et le traitement de la tonjonctivite granuleuse, l’auteur aurait obtenu de très bons résultats des lavages
fréquents avec une solution phéniquée.
Denis, 2
‘€ Un moyen, dit-il, qui est aussi bien prophyläctique que curatif, ce sont les irrigations soigneuse-, nient faites sur la surface de la muqueuse et surtout dans le cul-de-sac inférieur où le muco-pus vient s’accumuler. Dans les cas où les sécrétions étaient abondantes, nous avons employé avee succès la solution suivante :
En See soc css ss: lUUD PTAMIMES Glycérine pure......ss.00e. 20 és Acide phénique.,....se.s..s 2 a:
Quoique, d’après l’auteur lui-même, ce traitement fût aussi bien prophylactique que curatif, les malades étaient tous les trois ou quatre jours touchés soigneusement au crayon de sulfate de cuivre; tous les jours, matin et soir, on faisait dans l'œil une instillation d’une ou deux gouttes de collyre ‘au sulfate de zinc (10 centigrammes pour 30 grammes d’eau). |
En outre la blépharite ciliaire, peut-être occasionnée par ce traitement irritant, était combattue par la pommade suivante, encore plus irritante :
Huile de Cadet Cr SR : 2 grammes, NASCTUC Ress rssstes eee . 8 LT
Nous aurions été heureux de savoir quelle était la durée de temps nécessaire à la guérison des malades soumis à un traitement si énergique; il aurait-elé intéressant de rapprocher des observations citées dans la thèse nos observations personnelles et de les comparer au point de vue de la durée des soins
= ‘donnés. Estce à dire pour cela que nous croyions “nécessaire de supprimer le traitement mentionné ci-dessus, traitement classique, recommandé dans tous les ouvrages et par tous les auteurs. Loin de nous cette idée et cette prétention. Nous croyons, au contraire, que dans beaucoup de cas les cautérisations au nitrate d'argent et au sulfate de cuivre peuvent rendre de grands services. Mais ce traitement n’est pas exempt de danger, son application n’est pas si facile qu’on le croit généralement, et de graves complications peuvent être la couséquence de cette application mal entendue. |
Dans un mémoire sur la prévention de la ébité, lu au congrès international de Genève, M. le D' Fieuzal s'exprime ainsi: dd ei
Pendant une période de dix ans nous avons em-
ployé durantles premières années le traitement classique qui consiste à retourner les paupières et à ‘cautériser les culs-de-sac en neutralisant aussitôt le caustique employé. Les catarrhes conjonctivaux et les ophthalmies purulentes étaient traités par la ‘ cautérisation tous les deux jours,sicen’est dans quelques cas exceptionnels où la cautérisation avait lieu tous les jours. Les granulations étaient touchées de “la même façon avecle sous-acétate de plomb et tour à ‘tour nousavons employé le sulfate de cuivre, la pierre ‘divine, l’acide phénique cristallisé, etc. Par cette -méthode de traitement, le malade revient à la con- “sultation pendant une moyenne de douze à quinze ‘jours pour le catarrhe conjonctival aigu; pendant
trois ou quatre semaines pour une ophthalmie purulente simple, aiguë, et pendant un temps indéterminé, au moins deux mois, pour les granulations aiguës. Quant aux formes chroniques de ces diverses ophthalmies, il serait difficile d’en établir la durée d’une façon précise. Cette méthode, en usage chez la plupart des ceulistes, a été la nôtre pendant six ans, au bout desquels nous avons été amené à la modifier par suile d’une cruelle expérience personnelle et de la constation bien évidente des faits de contagion observés à notre -clinique. Nous avons eu plusieurs fois à regretter que des malades, en traitement pour un simple catarrhe, aient contracté des ophthalmies graves; car ilest à remarquer qu’une ophthalmie bénigne peut donner lieu, selon la préparation du terrain sur lequel se fait la contamination, à une ophthalmie des plus malignes.
« D'autre part, quelques faits bien observés ayant ébranlé chez nous la croyance à la nécessité ou même seulement à l'utilité des cautérisations substitutives dans tous les cas, nous avons commencé par traiter sur le même maladeun œil par l’ancien procédé, tandis que l’autre, atteint de la même maladie, élait soigné seulement par des lavages désinfectants; choisissant d’abord des ophthalmies catarrhales avec sécrétion, puis bientôt des vraies ophthalmies purulentes, nous n'avons pas tardé à acquérir cette convictiditout à fait jnespérée, que le plus grand nombre des ophthalmies purulentes que nous traitions par la cautérisation
tous les deux jours, et qui dans toutes les cliniques auraient été traitées de même pouvaient dans beaucoup de cas guérir par de simples lotions avec un liquide désinfectant. »
La solution qui a toujours été emnloyée de préférence par M. le D'Fieuzal, la solution avec laquelle nous avons nous-même soigné les malades dont M. Fieuzal nous abien voulu laisser prendre les observations, est l’acide phénique à 1/250 coupé avec moitié eau tiède, c’est-à-dire à 4/500,
D’après M. le D' Fieuzal, l'acide phénique ne doit jamais être prescrit dans les maladies des yeux aux doses auxquelles il est généralement employé en chirurgie pour détruire les microbes. C’estpour avoir cherché à l’employer à des doses trop concentrées que la plupart des oculistes l'ont rejeté de leur pratique, ou ne lui ont pas accordé la place que selon nous il mérite si justement d'occuper dans la thérapeutique oculaire. Même à la dosé de 1/500, il est encore un modificateur très actif de la sécrétion purulente et il n’est pas l’équivalent de simples soins de propreté. Nous ajoutons qu’il est dans cette proportion de beaucoup préférable à l'alcool ou à l’eau alcoolisée et en général à tous les collyres, dits collyres forts ; en outre il se trouve partout, il est inoffensif, très bon marché et facile à employer, soit par les parents des malades, soit par les malades eux-mêmes, dans l'immense majorité des cas. La seule contre-indication de l'acide phénique dans le traitement des ophthalmies à forme sécrétante, est
la un à l'eczéma ou à à l'herpès des paupières, ce qui est assez rare. Î1 sera préférable dans ce cas de faire usage d'une solution d’acide borique à 4 0/0.