FORMATION DE LA CITÉ ROMAINE
A Porigine, Rome formait un État dans lequel les membres d’une caste supérieure, gouvernés par un roi électif, assisté d’un conseil, jouissaient seuls de la plénitude des droits de cité.
Quoique égaux entre eux, les patriciens n'étaient ni de même souche, ni de même origine. Ils appartenaient à trois races : les Ramnes, qui étaient les véritables Romains, fondateurs de la citadelle carrée du Palatin, de l’antique Roma quadrata, — les Titienses, d’origine sabine, vaincus et
assimilés aux Romains, en même temps que leur chef G. "
LA pre éponyme Titus Tatius était associé au pouvoir ; — les Luceres, qu'on pense être de race étrusque.
Ainsi les premiers Romains s’assimilèrent deux nations soumises, et les admirent à partager tous leurs droits ; mais dans la suite, ils ne procédèrent plus de même à l'égard des vaincus. À mesure que la cité romaine, devenue plus vaste et plus puissante, eut mieux conscience d’elle-même, l'esprit de caste se fortifia et, l'influence religieuse aidant, on en arriva à considérer les ennemis, les étrangers, comme des hommes de race inférieure qu'il fallait dominer et gouverner, mais non élever jusqu’à soi. Les peuples vaincus formèrent ce qu'on appela la plèbe: on leur concéda les droits civils, mais on leur refusa les droits politiques, ainsi que le connubium, ou droit de contracter mariage avec des personnes de race patricienne. Quelques familles plébéiennes seulement furent de temps en temps admises au patriciat, on les appela patres minorum gentium. Mais la grande masse des plébéiens demeura à l’état de multitude sans chefs et sans Jois, subissant l’ascendant de la noblesse. « À cette époque Rome était alors une véritable aristocratie, si on la prend dans son ensemble, puisque les droits, les honneurs, les foncuüions publiques et souvent aussi la richesse étaient le privilège des anciennes familles patriciennes. Entre eux les patriciens avaient une organisation démocralique, el nommaient un roi qui n'était guère qu'un premier magistrat à vie, On trouve, d’ailleurs, dans beaucoup de républiques de antiquité des institutions semblables, ‘dues à des causes analogues. À Sparte, par exemple, les
EN Spartiates qui s’appelaient les égaux, qui s'étaient partagé le sol de la Laconie, avaient réduit à l’état de plèbe les anciens maîtres du sol, qui, sous le nom de périèques, représentent assez bien les plébéiens de Rome.
Mais Rome eut cette heureuse fortune pour sa puissance et son rôle dans le monde, que les plébéiens ne demeurèrent pas dans cet état de vasselage, et arrivèrent peu à peu à une complète assimilation avec les patriciens, au pot de vue du moins des droits et des fonctions publiques. La lutte dura pendant plusieurs siècles : pas à pas les plébéiens arrivèrent aux plus hautes magistratures, jusqu’au moment de la nomination de Tiberius Coruncamius à la dignité de grand pontfe, en l’an de Rome 502. Il ne resta plus que quelques fonctions religieuses, d’interrex, et de flamen dialis par exemple, fonctions sans aucune importance politique, qui ne fussent pas accessibles aux hommes de la plèbe.
Ainsi fut complétée à l’intérieur la cité romaine : patriciens ou plébéiens jouissent dorénavant de la plénitude du droit de citoyen, c’est-à-dire, qu’à côté des droits civils le connubium et le commercium, ils ont encore les droits politiques, la participation aux fonctions publiques, le jus honorum et le jus suffragi. Mais en même temps que $’opérait cette transformation intérieure dans les mstitutions, Rome avait fait de nouvelles conquêtes. Quelle était la situation légale des vaincus ?
Rome n’a jamais eu de règle fixe, en ce qui concerne la
gi condition juridique des vaincus. Suivant le droit des gens de l'antiquité les vaincus étaient corps et biens la chose des vainqueurs ; les richesses étaient emportées à titre de butin, les personnes à titre d’esclaves. C'était même la principale source de l’esclavage antique. Mais autant Rome était disposée à réduire en esclavage des barbares demeurant dans des pays lointains, autant il lui paraissait dangereux d’asservir des peuplades italiques, qui eussent laissé le sol en friche et dont l’asservissement eût été un appauvrissement plus qu’une source de richesses. En général elle accordait des droits plus ou moins complets aux villes soumises à sa puissance. On a vu que les Romains vainqueurs des Titienses les avaient admis à lisopolitie la plus absolue, et que les Luceres avaient été eux-mêmes adjoints plus tard à la cité. De pareils avantages ne furent pas souvent accordés aux citoyens des pays conquis : la situation qui leur était faite le plus habituellement était assez voisine de la condition des plébéiens avant leur assimilation aux patriciens, les vaincus recevaient en conséquence le droit de cité. ivitas, avec ou sans le jus suffragü, avec ou sans le connubium. « Lanuvinis civitas data, lit-on dans Tite- Live (1)... Fornuanis civitas sine suffragio data. Hornicorum tribus populis… leges redditæ ; connubium inter ipsos permissum. Anagninis quique arma Romanis intulerant, civitas sine suffragui latione data : concilia connubia que adempta, el magistratibus prœterquam sacrorum