‹ De L'acte D'administration En Droit Civil FrançaisChapitre 7 sur 51 · OO EL · texte numérisé non relu

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seul, si possible, englobant, dans une expression extrèmement concise, l’universalité des solutions. Il y aurait une seule idée, et une multitude d’applications de cette idée, de corollaires. La formule générale contiendrait virtuellement toutes les autres formules, si spéciales, si infimessoient-elles. Detoutes les vérités dégagées on pourrait, pour ainsi dire, dresser un grand arbre généalogique, l’idée-mère formant la tête, et les idées descendantes lointaines constituant les rameaux inférieurs. Une science qui progresse tend de plus en plus à présenter cet aspect idéal. La science est par essence générale et méthodique. Elle est générale, parcequ'elle recherche ce qu’il y a de constant et de commun dans les faits et dans les vérités de même espèce, parce qu’elle veut les expliquer par une même raison et les embrasser tous dans une même formule. Elle ignore les phénomènes particuliers, les cas spéciaux et isolés, les individus ; ou, tout au moins, elle ne les étudie pas pour eux-mêmes, mais seulement pour les indications qu'ils peuvent lui fournir en vue de la détermination d’une loi, de la fixation d’un principe. Elle ne s'attache pas aux singularités propres à chaque être, résultats de causes accidentelles et passagères, produits d’influences exceptionnelles et temporaires ; elle retient seulement les traits caractéristiques, les qualités permanentes et universelles du genre, de la famille. La science est méthodique, parce qu’elle ne pose pas isolément chaque vérité dégagée

par elle ; les notions qu’elle éclaircit ne sont pas étran-

gères les unes aux autres, il y a un lien qui les unit toutes, ce ne sont pas des pièces détachées, des morceaux décousus, au contraire, elles se compénètrent et s'expliquent mutuellement, il y aentres elles un enchaînement logique et ordonné. La science comprend que les êtres et les faits ne sont pas simplement juxtaposés, mais qu'ils sontreliés par certains rapports; ces relations, elle cherche à les pénétrer et à les reproduire. En résumé, la science constituée se présente comme un ensemble de vérités, certaines, générales, reliées entre elles par leurs causes et par leurs principes. — Et de cette définition il nous est permis de tirer lecorollaire suivant : il est possible (toute question de facilité et de méthode d'enseignement mise de côté) de commencer l'étude d’une science par l'explication de ses grands principes, des définitions fondamentales, des distinctions et divisions primordiales, d’envisager ensuiteles sous-principes et les sous-distinctions, et de terminer par l’examen des difficultés de chaque espèce, des détails et des curiosités. On peut débuter par l’analyse des notions les plus vastes, et finir par l'indication despoints les plus particuliers, prendre la première vérité et en exprimer progressivement tout ce qu’elle contient, tirer de chaque idée ses conséquences immédiates et médiates, proches et lointaines, extraire d’une proposition générale les propositions spéciales ou moins générales qu’elle renferme. On peut, pour l’étude d’une science, user largement, presque exclusivement, du procédéde travail que la logique appelle déduction.

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Ainsi donc la science est générale, méthodique, et pour la pénétrer, la méthode déductive est un instrument d'investigation utile et efficace. Mais seule la science constituée, épanouie, présente ces caractères, seule elle laisse prise à ce procédé de travail. À la vérité notre expression de science constituée est assez critiquable. Par science constituée, nous entendons ici celle suffisamment travaillée et finie, pour former un ensemble de connaissances méthodiquement reliées, harmonieusement combinées, celle assez vaste et assez approfondie pour être indépendänte et avoir sa vie propre, celle étayée sur des preuves multiples et solides, capables d’engendrer la certitude, celle non limitée à l'examen d'espèces et de faits isolés, mais aboutissant à une théorie d’ensemble, à un système, en un mot la science pénétrant à fond une portion de l'immense domaine inconnu, que l'homme cherche chaque jour à explorer plus avant. Or comme nous avons établi que la science est par essence générale et méthodique, il suit que toute science est nécessairement constituée (au sens que nous attribuons au mot) et qu’une science non constituée ne serait pas une véritable science. Science constituée est donc un pléonasme. Et cependant nous aflectionnons cette expression. C'est qu'à notre avis elle éveille clairement dans l'esprit cette idée universellement reconnue vraie : qu'avant d'arriver à sa période d'épanouissement, la science passe par une phase de formation, d'élaboration,

où elle n’est réellement pas encore science, mais où elle

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tend à le devenir. La science vit plusieurs états successifs, de même que l'être humain vit l’état embryonnaire, l'enfance, l’adolescence, l'âge mür et la vieillesse.

La connaissance scientifique, au premier stade de son évolution, est particulière et isolée ; et pour la transformer en connaissance générale, méthodique, il faut opérer un travail dit d’induction. L'esprit humain ne découvre pas par intuition, à la simple réflexion, les lois des phénomènes, les grands ressorts de l'organisme de l'univers, les raisons profondes des événements, il ne dégage pas, dupremier coup, les notions fondamentales du droit. Les premières études sont étroitement localisées. L'homme, placé dans le monde, voisinant avec les animaux, soumis à l'influence des forces extérieures, mène d’abord une existence purement matérielle, il subit les événements sans chercher à les pénétrer, mais quand, plus tard, poussé par un instinct de progrès et par un désir égoïste de bien-être, i! s’efforce, pour devenir le maître de la nature, de comprendre la nature, il doit examiner minutieusement les phénomènes, calculer leur fréquence, se rendre compte de leur aspect, établir leurs conditions de manifestation; il cherche à pénétrer les mille petits faits de la vie quotidienne, les scrutant chacun pour eux-mêmes, et isolément des faits voisins ; et ainsi, quoique faisant réellement œuvre scientifique, il accumule, d’abord, une multitude de connaissances particulières et isolées. Il se borne à une étude purement

empirique, spécialisée, timide et superficielle : parce

que, eùt-il même le désir de remonter aux principes et aux lois, il devrait tout d’abord éclairer son sujet, mettre en lumière la chose à expliquer, avant de donner l’explication, parce que cette étude est la seule que son intelligence faible, peu exercée, soit alors capable de conduire, parce que surtout la connaissance sommaire acquise lui suffit, lui permettant de prévoir les dangers quotidiens, et de réduire l'étendue et la gravité des risques courus par lui et par les siens, lui fournissant une explication simpliste des événements, une esquisse grossière des notions qu’il commence à entrevoir, des principes qu’il pressent, mais satisfaisant son esprit encore peu éveillé et peu curieux. La première science est la science des faits individuellement envisagés. Mais l'homme comprend vite l'insuffisance de ses premières explications; il sent que leur faiblesse provient de leur spécialité et de leur isolement, il voit que les phénomènes ont d’étroites relations les uns avec les autres, que beaucoup appartiennent au même type, et que les étudier tous et séparément est un travail à la fois inutile et incomplet. Il comprend qu’il doit, pour être maître! de la nature, ne pas se contenter de l'examen des effets, mais qu’il lui faut pénétrer les causes elles-mêmes; les faits ne lui apparaissent plus comme produits au hasard, mais comme se succédant dans un ordre et sous une forme rigoureusement déterminés, par une loi universelle. Alors il s'élève de l'individu au genre (induction

socratique); il affirme de la collection entière ce qu'il a

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reconnu convenir à chaque individu de cette collection. (induction aristotilicienne) ; il généralise un rapport de causalité entre deux phénomènes, ne l'eût-il constaté qu'unnombre de fois relativement restreint, et il conclut du rapport causal à la loi (induction baconienne). Il passe du particulier au général, de quelque à tous ; il fait (en prenant le mot dans un sens large, et non:technique) de l'induction. Il] construit des théories d'ensemble, des systèmes, il pénétre le mécanisme intime des forces de la. nature, il. précise les grandes notions abstraites, et. dégage des principes de morale et de droit. Peu à peu il rend sa connaissance scientifique, en la faisant générale et méthodique.

Tout ce que nous venons de dire, nous pouvons le résumer en trois propositions précises :

4° La science constituée est générale et méthodique ;

2 La science en formation est particulière et isolée ;

3° La science se constitue par induction.

L’exactitude de nos idées nous apparaît singulièrement manifeste, quand nous considérons les transformations successives de la science du droit, quand nous retraçons dans leur suite chronologique les. progrès petit à petit réalisés. Combien simplistes, brutales, superficielles, peu nombreuses, sont les premières notions juridiques des vieux. jurisconsultes romains ? Aux âges anciens, après. avoir péniblement séparé l’idée de droit de l'idée de force, on,se contente de trancher les conflits d'intérêts

au fur et à mesure qu'ils se présentent, de régler le mécanigme et de limiter la portée des actes des hommes, de défendre, par des armes à usage restreint, Les intérêts légitimes successivement reconnus, contre les dangers révélés chaque jour plus nombreux et divers. Plus tard seulement on cherche à étayer les solutions admises par des argumentsrationnels, on analyse les accords conclus, on donnela raison intime de leur efficacité, on forge une armature protectrice unique fournissant une sécurité absolue, on construit un système d'ensemble. Peu à peu le droit devient un agrégat de connaissances générales et méthodiques, dominé pär de grands principes, peu à peu il devient une science. Il ne règle plus par des dispositions spéciales des cas particuliers, il classe les problèmes variés qu’il doit éclaircir, il réunit ceux présentant des difficultés identiques en une même catégorie, et au lieu d’établir la solution de chaque difficulté séparément, il prépare seulement la solution de chaque groupe de difficultés ; il explique par une même raison les phénomènes de même nature; il élabore des théories générales rendant facilement compte des espèces infiniment variées, qui se présentent journellement. Ainsi le juriste, tout d’abord, voyant dans la forme l'élément générateur du contrat, règle un petit nombre de procédés d’engagement, ayant leur individualité nettement marquée, constituant chacun une petite procédure particulière, il ignore le contrat en général, il connaît seulement le nexum, la

stipulatio etc. ; lorsque son esprit s’est assoupli, s’est

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habitué à l'étude, il remarque que l'accord de volonté est réellement la seule cause productrice de contrat, il laisse alors les parties imaginer, selon leurs besoins, les types de contrats leur permettant d'atteindre le but qu’ils désirent, et il élabore seulement la théorie générale du contrat, il fixe les éléments essentiels et accidentels, il règle les eflets et prévoit les modes de dissolution, posant des règles applicables, non pas uniquement à tel contrat déterminé, mais à tout contrat quel qu’il soit, dégageant des notions universellement vraies. Aujourd'hui la doctrine, avant d'examiner aucune des particularités propres à chaque contrat, consacre de longs développements à la théorie générale du contrat. De même avant d'aboutir à une théorie générale des risques, on s’est contenté de creuser des espèces déterminées, et c’est même en partant de l'examen de dispositions particulières que l'on s'est élevé à un système d'ensemble ; l'analyse des règles édictées par notre Code Civil au sujet de la chose louée, détruite par cas fortuit pendant la durée du bail (article 1722), au sujet de la perte du bien promis comme apport à une société par un associé, et anéanti avant d’avoir été apporté (art. 1867), au sujet de l'objet vendu venant à périr avant d’être livré, l'examen des solutions adoptées a permis à la doctrine de préciser le droit commun de la matière et de tracer les exceptions qui y dérogent (1). Encore la vaste étude géné-

(1) C£. Planiol, Traité élémentaire de droit civil, tome II, n°° 1334 à 1352.

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