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De l'action du clergé dans les sociétés modernes

Cet ouvrage , d'après son titre , sera attribué aux ordonnances qui , dans le mois de juin dernier , ont menacé ou plutôt frappé le clergé. Certes, elles étaient bien faites pour réveiller les réflexions et le zèle des gens même les plus calmes. Ce n'est cependant pas précisément à ces ordonnances que cet ouvrage est dû ; elles n'y sont même l'objet d'aucune discussion; elles m'ont seulement décidé à entreprendre enfin un travail que depuis long-temps j'avais promis. Je m'étais engagé à présenter les différences frap'pantes qui distinguent les pays chrétiens où le clergé est soumis au célibat de ceux où il ne l'est pas ; j'avais même déjà publié quelques pages à ce sujet. J'ai eu besoin de les répéter ici; je l'ai fait. Dans tous les cas, le public n'aurait pas échappé à cet ouvrage , mais je retardais toujours de m'y livrer ; il me paraissait inutile d'analyser l'action du clergé au moment où la plupart des Français , las de théories et de sophismes, se jetaient dans ses bras et lui donnaient l'occasion de développer toute son énergie et de briller de toutes ses vertus.

Il suffit de feuilleter l'histoire de l'Eglise depuis sa fon-^

(6) dation pour s'assurer que jamais elle n'eut de jours plus cclafans : jamais l'habit ecclésiastique n'a été porté avec plus de dignité, de dévoûment et de courage; jamais il n"a coûté des peiséculions plus outrageantes et plus continues : les rues de la capitale , qui souvent en sont le théâtre , n'offrent encore rien d'aus.>n scandaleux à cet égard que certaines provinces. La haine , que nombre de gens éprouvent contre le clergé , est aussi profonde que le respect qu'il leur inspire. Il n'est pas d'une âme commune de pardonner à ses bicnfaiteiu^ le mal qu'on leur a fait ; mais il me semble que le gouvernement devait cire étranger à de pareils sentimens. Si, jusqu'à présent, il n'avait pas aidé le clergé autant que l'intérêt de la monarchie l'exigeait , du iii<>ins ne s'était-il jamais livré à des attaques aussi A'iolentes.

Il ne faut, pas beaucoup s'en alarmer : faire , défaire, refaire n'est pas chose sans exemple chez nous depuis quarante ans; l'obéissance n'est pas non plus d'une telle promptitude qu'elle ne laisse au repentir le temps de s'expliquer. Je dois d'ailleurs, comme laïque , rester muet sur les matières ihéologiques; mais comme laïque aussi, il m'est permis d'analyser l'influence du clergé sur les différens ordres de la société, et de donner ainsi aux jeunes ecclésiastiques quelque idée de la haute importance de leurs fonctions et de leurs droits dans le corps politique.

Dans les six premiers chapitres , je montrerai combien les peines des classes inférieures de la société sont diminuées par l'action d'un clergé célibataire; dans les trois suivans, combien cette même action augmente les jouissances des classes supérieures; et enfin, dans le dernier, je Irailerai de son action sur la sécurité de l'ensemble.

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