‹ De l'action du clergé dans les sociétés modernesChapitre 2 sur 21 · DU CLERGE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DU CLERGE EN ANGLETERRE

Non , rien sur le globe ne peut donner une idée de la magnificence et de la somptuosité des élablissemens que le clergé catholique fonda jadis en Angleterre. L'architecture profane y était encore dans l'enfance que le clergé avait couvert ce royaume de monumens religieux égaux à tout ce qu'avait fait alors le reste de l'Europe catholique. Il n'est pas nécessaire d'avoir des yeux d'artiste pour rester saisi d'admiration en apercevant l'abbaye de Westminster, le mausolée d'Edouard-le-Confesseur qu'elle rea ferme et celui du fondateur de l'hôpital de Saint-Barthélémy ; encore les richesses de la capitale de l'Angleterre , en ce genre , ne peuvent-elles se comparer à celles dont surabondent ses provinces. L'intérieur de la France n'a rien à offrir de plus splendide que les cathédrales d'Yorck et de Salisbury , que les tombeaux des cardinaux Beaufort, \enlleet et de l'évêque Fox à AVinchester; les trois croix de cette cathédrale, de cinquante pieds de haut, sont regardées comme les colonnes les plus élégantes du genre gothique , ainsi que celles qu'on a élevées en mémoire de la reine Éléonore à Northampton , à Gedington et à Waltham-Abbey. Je ne puis faire ici la description de toutes les églises, abbayes ou autres fondations du clergé catholique anglais du douzième au quinzième siècle , et je n'en parle que parce que les marbres et les pierres seules ont pu résister aux volcans de la réforme et dire ce qu était la noble Angleterre avant cette époque désastreuse.

On pense bien que le clergé catholique ne s'élail pas

(B) livre à des entreprises d'un tel luxe sans avoir préalablement et amplement satisfait aux besoins des fidèles en maisons d'éducation religieuse , en hospices, hôpitaux et autres monumens de charité ou d'hospitalité.

Il semblerait qu'à cette époque lui seul existait, vivait : on peut en juger en voyant cette partie du centre de Londres qu'on appelle la Cite. Elle ne contient aujourd'hui que soixante mille âmes ; divers entrepôts de marchandises ont pris la place des habitans. Peut-être , dans ces temps reculés, a-t-elle eu une population plus nombreuse ; mais enfin elle était divisée en quatre-vingt-treize paroisses et avait conséquemment autant d'églises. Malgré l'incendie de 1666 qui en a détruit mie partie , de nombieux clochers désignent encore au ciel l'endroit qui fut catholique ; ils paraissent rester là comme un monument de honte et de remords à un million d'habitans nouveaux qui les entourent , et dont les bâtimens modernes n'ont pu s'élever au-dessus des vapeurs de leur charbon ou des miasmes de leuis éeouts.

Depuis quarante ans, époque de la révolution française ^ la population de Londres et de sa banlieue s'est élevée de sept cent cinquante mille âmes à quinze cent mille ; j'y ai \ai bâtir cent cinquante mille maisons et pas une seule église anglicane; les quatre-vingt-treize paroisses Je l'ancienne ville ont chacune six cents habitans, el encore étaient-elles aidées de plus de cent chapelles succursales. La nouvelle ville el ses environs ont vingt paroisses de vingt-cinq , de cinquante et même de plus de cent mille âmes ; les églises de ces mêmes vingt luroisses n'avaient cependant été bâties que pour le besoin de leur population , qui alors n'était pas de plus de mille habiians, et encore le service anglican ne se fait-il que le dimanche , une seule fois dans la journée. Il ne se mulliplie pas à chaque heure comme le service divin des catholiques. Londres n'est pas le seul siège de ce

(9) scandale ; la population de l'Angleterre a , depuis quarante ans , augmenté dans la proportion de cent à cent soixante , c'est-à-dire de plus de quatre millions d'habitans. Des raisons , trop longues à déduire ici , ont porté la plus grande proportion de cet accroissement dans les villes. Vingt cités» qui jadis n'avaient pas dix mille âmes de population , en ont aujourd'hui trente, cinquante, cent mille. Liverpool, Manchester, Glascow, Birmingham dépassent même ce dernier nombre : y a-t-on formé une nouvelle paroisse ? A peine quelques succursales pouvant contenir cinq cents fidèles. La totalité du royaume n'en a que quinze cent cinquante , presque toutes antérieures à la réforme. Eh ! comment fonderait-on de nouvelles paroisses lorsque , sur les io,8oi anciennes, il en est un si grand nombre qui, faute d'entretien , ont laissé périr leur église , surtout dans les campagnes ? Les enclos , les pierres , les marbres sont bien encore là ; mais si la foi des habifans n'a pas été assez puissante pour réparer, comment le serait-elle assez pour construire ? Certes , ce n'est pas faute de fortune ; pasteurs et ouailles , tous en regorgent ; le vice inhérent d'une institution protestante est donc d'être inhabile à toute création dont le salaire ne serait pas évident, et cela même dans l'ordre matériel.

Je dois dire cependant qu'en 1818 on a formé une société religieuse prise dans les plus hauts rangs de la société , pour bâtir des églises, et en bâtir par centaines. Depuis, il a également été rendu une loi pour en bâtir soixante , sous la condition de laisser un tiers de la superficie, libre de tout banc, à la disposition gratuite et conséquemment humiliante du reste des fidèles pauvres. Un zèle si nouveau et si brûlant a-t-il été réveillé par quelqu'une de ces grandes calamités ou de ces grandes prédications qui viennent secouer les peuples dans leui' morbide apathie?

( lo ) lïôlas! non. Une exubérance de population riche a élevé le prix des bancs d'église jusqu'à 5oo francs par an. Une succursale, qu'on bâtirait et qu'on encombrerait de bancs, produirait un intérêt élevé à l'entrepreneur el au pasteur. On a commencé, et je dirai bientôt comment on a fini: le lecteur peut déjà présumer que les bancs seuls ont .*urtout encombré les églises.

L'Angleterre était divisée en fiefs , mais il n'en était dévolu aucun au clergé. Les dcfrlchemens qu'il entreprit, les bàtimens qu'il construisit relevaient donc d'un seigneur laïque. Le clergé séculier, occupé par son ministère, ne put (iiive et ne fit que peu de fondations.

Les monuuicns, dont je viens de parier, furent presque tous élevés par les ordres réguliers. Fondateurs de plus des trois quarts des paroisses, ils avaient la nomination des curés. Dispersés et confisqués à l'époque de la réforme , la couronne donna successivement leurs terres à ses favoris ou les rendit aux seigneurs dont ces ordres relevaient ; il en fut de même des nominations aux cures , dont cependant elle s'est to'.ijours réservé une partie. Les grands prirent donc possession des immeubles du clergé régulier, des privilèges du clergé séculier, el ensuite de ses personnes ; s'arrogeanl le droit de se faire suivre par leurs ecclésiastiques, ils eurent nécessairement celui de les exempter de toute résidence. Ainsi aujourd'hui même , chaque duc ou archevêque a le droit de dispenser six curés de résider sur leur cure; chaque niar<juis ou comte, cinq; les vicomtes ou évcques , quatre; les membres de la famille royale , les barons et les chevaliers de la Jarretière, trois; les veuves des pairs, les ministres el les juges, un ou deux. Ces curés , ainsi dispensés de résidence, sont ce qu'on appelle les pluralistes. Chacun d'eux peut avoir el a en elTet , deux nu trois cures sans obligation de résuleiice. 11 en est de même des fils de pairs, des

Page 1