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Telle était la France, ou Smv
plutôt l'Kiiropc I Franco
So'is Louisxi
Sortons des chiffres et voyons quelles sont les cond*tions communes d'existence de la société européenne sous François l"^"^, et de la société américaine aujourd'hui, alors que la vie humaine , dans son enfance ou son adolescence , n'a que 18 ou 20 ans à parcourir. Plus des trois cinquièmes des enfans meurent avant l'âge de puberté ; la virilité moins ardente se développe tardivemennt ; la décrépitude plus précoce coiïimence avant cinquante ans ; mais la mort a frappé les dis-neuvièmes parties de l'espèce humaine avant cette décrépitude et les maladies n'abandonnent guère les uns et les autres qu'au tombeau.
Les communications sont difficiles; les voyages ne s'entreprenaient en Europe que pour les pèlerinages et la guerre, comme ils ne s'entreprennent à présent en Amérique que pour le commerce. On peut juger de leurs difficultés en Europe à cette époque, en vovant dans les Mémoires de Sully qu'il mettait plus de jours à franchir les distances qui le séparaient de Henri IV qu'on ne mettrait d'heures aujourd'hui. Les événemens ou n'étaient pas connus ou ne l'étaient que lorsque les passions qu'ils pouvaient éveiller
étaient amorties par les distances cl de longs iiitei-valles de temps. Ce n'étaient jamais d'ailleurs que des passions secondaires. Un père chargé de famille se passionne d'abord pour elle. Qui pouvait alors émouvoir une pareille société? les villes ne contenaient pas la dixième partie de la population , et les châteaux ou vi!lag(.'S étaient séparés par d'immenses forêts marécageuses. 11 était naturel, pour donner de l'ensemble au corps politique, de rassembler quelquefois les notables des provinces. C'est donc à Tenfance de la société que nous devons l'inslilulioa des corlès d'Espagne, des élats-généraux de France, ou du parleïnent d'Angleterre. Les grands fleuves de l'Aniéi ique et sa découverte moderne des bateaux à vapeur a peut-être amélioré le sort des Américains à cet égard, quoique cependant la plupart d'entre eux soient dispersés dans des espaces immenses.
Voilà tout ce que ces deux sociétés ont de commun , parcourons rapidement ce en qîioi elles différent. Cette partie de la société des Etats-Unis, qui compte atijouidhul un siècle d'établissement, peut être regardée comme dans un état d'adolescence : le reste est encore dans l'enfance ; mais enfin celte çociélé s'est établie riche de notre jurisprudence, de notre tactique militaire, navale et administrative, de toutes les langues, de toutes les littératures et de tous les arts. Elle continue à connaître tout ce que l'Europe imprime, peint, sculpte, dessine ou grave. Riche du passé, riche du présent, qu'ont produit chez elle toutes ces richesses tjui chez nous enf:uitenl encore tant de cho es? tien. Que produironl-oUes? rien et jamais rien, parce que les Américains ont repoussé et repoussent encore le seul jprincipe des créations de l'Europe, la religion calliolique.
L'Europe était aussi dans l'enfance ou l'adolescence sous François i"; d'après les registres , son âge commuii n'était à
. ( ^47 ) celte époque que de dix-huit ans. L'imprimerie n'était découverte que depuis cinquante aus; l'histoire , les mœurs , la littérature de l'antiquité n'avaient pas été commentés et dévoilés comme elles l'ont été depuis. Les langages n'étaient pas encore formés ; le Nouveau-Monde n'était pas découvert; la physique, la chimie, la médecine, la mécanique» oans expérience, n'avaient que des théories incertaines; l'art de l'administration , de la guerre ou de la navigation en étaient à leurs premiers élcmens. Le droit romain à peine connu chancelait encore sur ses bases : tout était à découvrir, à faire; la religion catholique seule était alors ce qu'elle est aujourd'hui , ce qu'elle était il y a mille ans avant, et seule elle gouvernait impérieusement l'Europe. L'ignorance et la mauvaise foi elles-mêmes conviennent qu'alors les ecclésiastiques seuls savaient , que seuls ils enseignaient, que seuls ils étaient écrivains, avaient des correspondans, des bibliothèques, que seuls ils rédigeaient les chartes, enregisti'aient les chroniques de leurs temps et formaient les académies, les univei'silés. Quels furent les effets de cette éducation en Europe ? Nous trouvons, à cette époque, des souverains tels que Léon x et les Médicis en Italie, Ferdinand et Isabelle en Espagne, et François i"^' en France. Des historiens tels que Machiavel , Guichardiu et Benlivoglio ; des junsconsultes tels que Cujas et Eartholc; des poètes ou des romanciers tels que Bocace , Cervantes, Le Dante, Pétrarque, Le Tasse ou l'Arioste; des auteur? dramatiques tels que Lopez de Yéga , Caideroa et Moretto, et en France même où le langage n'était pas encore formé , Amyot, Montaigne et Marot qui sont encore classiques parmi nous; et depuis cette époque avons-nous eu des artistes supérieurs ou même égaux à (ioujon , Maîtie-Roux, et ceux qui ont bâti ou dessine Fontainebleau ? C'est à cette époque qu'ont vécu et fleuri tous ces célèbres chefs d'école
<lc prinluro, (rarchttccturo, de sculpture cl do gravure: Léonard de \inci, Michel-Ange , Raphaël, Le Titien, Corrègc, \îrgilc et P.illadio. 0.>craî-je parler d'un homme dont les vues ont embrassé la civilisation de l'univers, du fondateur des jésuites , et d'un autre homme encore qui , comme un flambeau a éclairé la marche de la société dans son enfance, et dont la théologie philosophique finira par gouverner notre postérité mieux avertie, saint lliomas. Voilà l'enfance et l'adolescence d'une société, et qu'on ne manque d'observer que ceux des peuples qui ont eu la jeunesse la plus vigoureuse et la plus brillante sont ceux où le pouvoir catholique a eu le plus d'intensité, d'abord l'Italie, ensriile l'Espagne, puis la France, et quel est le lecteur qui osera nielfre en parallèle de ces hommes et de ces temps les Etats-Unis de l'Amérique? Leurs habitans ne soupçonnent pas même la possibilité de tant de prodiges, et tandis que la France, par exemple, sur looo personnes , en a 332 au-delà de quarante ans, une société, dont l'âge commun n'est que de dix-huit ans, n'en a que gi , et ces 91 personnes n'ont en perspective que quatorze ans d'une vie languissante. Quels souvenirs, quelles traditions, quelle suite d'iJées peut avoir un pareil peuple , s'il abandonne les progrès et l'enseignement des sciences et des arts à des forces individuelles? Qui peut se refuser à celte conviction , c'est que, dans cette jeunesse de la société , les arts cl les sciences ne peuvent avoir de prospérité et même d'existence que lorsque leur sort est confié à des ordres monastiques qui ne meurent ni à dix-huit, ni à trente , ni à cent ans? Ce sont elles et elles seules qui ont fait l'éducation de rEuroj)e, même de l'Anglelerre. Que nous importe qii'clli' nie ce fait ' Le peu qu'elle vaut aujourd'hui est exclusivement dîl à ces corporalions. Qu'on revoie le tableau que je viens de donner de l'enlancc des nations, on
verra que sur looo înulvidus, il v eu a G97 au-UL'ssous (If Tage de vingt ans; d'après leur faiblesse physique , ils doivent être plus particulièrement soignés, conduits et enseignés. Qui les enseignera? la société n'a pas, comme dans sa maturité ou sa vieillesse, de trois à quatre cents personnes au-dessus de l'âge de quarante ans. Elle n'en a , comme nous l'avons vu, que quatre-vingt-onze, isolés les uns des autres par de grandes distances, d'une sanié précaire et la plupart, faut -il le dire? sairs instruction ni éducation.
Si mon lecteur veut réfléchir sur les divers âges de la société, il verra qu'à diverses époques, elle éprouve des besoins différens , et que le célibat religieux a donc toujours des rapports différens avec les populations, rapport toujours, je ne dirai pas d'une excessive utilité, mais d'une excessive nécessité. Ce sont donc moins les malheureux qui, pour leur soulagement, demandent des corps religieux dans les Etats-Unis. Quiconque peut travailler trouve de la terre, du travail; et quiconque ne le peut pas trouve rhospitalité. Ce n'est pas non plus le nombre des criminels q;ii pèse sur la société dans son enfance. D'ailleurs les doruiers rangs du peuple sont esclaves dans ce gouverneiîient , qui sert de modèle à la philosophie ; et quoiqu'ils n'y soient pas en même nombi'e que dans l'antiquité , ils ne laissent pas de former les deux cinquièmes de la population dans les Deux-Cai'olines , la \irginie, la Géorgie, la Louisiane, le Maryland, et un peu plus du cinquième sur l'ensemble des Etats-Unis.
C'est donc sous le point de vue de l'éducation que l'enfance de la société a besoin à tout prix de ces corps religieux qui, tels que les jésuites, les bénédictins et tant d'autres congrégations savantes ont vivifié les arts et les sciences dans notre ingrate Europe. Ou bien les Etats-Unis
les adopteront, ou Lien ils sont condamnes à ne former jamais qu'une tourljc de gros.^icrs individus.
Après avoir indiqué le point de vue matériel sons lequel une société dans son enfance a surtout besoin des corps religieux et célibataires, il faut indiquer pourquoi ils sont également indispensables à une société dans sa virilité ou sa maturité. Sous François V' plus des trois cinquièmes des enfans mouraient avant l'âge de puberté, disons 20 ans; il n'en meurt pas à présent les deux cinquièmes; leur virilité est plus précoce et néanmoins se prolonge plus avant dans la vie. Un neuvième de l'espèce humaine arrive à l'âge de soixante ans et a encore quatorze ans à vivre ; sous François i*"^ autrefois , commedans les Flats-Unîs aujourd'hui, les parcns, mourant jeunes, laissent des habitations vacantes et des fortunes disponibles; leurs enfans peuvent tous se marier dès l'âge de puberté; dans ces sociétés, il n'y a de célibataires que ceux qui s'y vouent par un sentiment religieux. Je conçois maintenant qu'on ait insisté sur le mariage des clercs; la population s'avançait probablement moins que les moyens de la nourrir ; se marier paraissait un devoir public.
Ces philantropes, qui regardent la mystérieuse institution du mélange des deux sexes comme le seul instrument de bonheur en ce monde, s'aftligeront en apprenant que les privations du célibat sont dans l'ordre de la Providence tout aussi bien que les jouissances du mariage ; et que plus la société obtient de force, de santé et de longévité, plus elle est obligée de restreindre le nombre des mariages et de condamner ses membres au célibat. Bornons nos exemples à la France , en jugeant de ce qu'elle était, d'après ce que sont aujourd'hui les Ktals-Unis d'Américjue.
En i5oo, tout le moiulc était dans le cas de se marier dès l'âge de vingt ans; en 1600, sous Henri l\ , tout le monde
• ( :>-3i ) pouvait encore se marier, mais six ans plus tar.l; en 1700, ie célibat clait forcé pour la dixième partie de la population ; en 1800, il l'était pour le quart et il Test a présent pour le tiers. La vie des hommes s'est donc ainsi nécessairement prolongée; de plus ils se sont fait de nouveaux besoins qui ont augmenté leur coasomination ; et il est prouvé que l'iadustrlehumainen'apu, pendant le même intervalle de temps, augmenter ses créations en logement, nourrilare et vetemens. Le nombre des m^ariages s'est donc tellement restreint qu'en France , par exemple , il n'y en a qu'un toutes les années sur cent trente-deux personnes vivantes, tandis que cinquante ans avant notre époque, il y en avait un sur cent dix; le nombre des célibataires a donc augmente dans la proportion de cent dix à cent trente-deux, et prenant la société dans l'état où elle se trouve aujourd'hui en France, sur cent personnes âgées de plus de vingt-cinq ans, il y eu a trente-trois de célibataires, tandis qu'autrefois il n'y en avait pas, et ce nombre s'augmentera dans la proportion que l'air se purifiera par le dessèchement des marais ou le défrichement des terres. A oyons les chiffres, ils s'expriment plus clairement que les mots.
Rélevé du nombre des mariages célébrés en France.
177 I à 1775. Nombre annuel 208,430
Ce dernier relevé vient d'être publié par le gouvernement, le précédent l'a été par l'Assemblée constituante, et les deux premiers par M. Neckcr; mais comme ce ministre nous dit que les mariages d'une partie des j;iifs , de tous les protestans, des habitans du Glermontais , de la Corse, ne sont pas compris dans soa état, et que nous savons qu'il en était
de même <le jMuIliausen «t du coinlat d'Avij^non , puisqu'alors ils n'appartenaient pas à la France, nous voyons clairement que depuis soixante ans le nombre des mariages n'a pas augmente en France, quoique la population se soit accrue d'un quart.
Il est un autre phénomène que le lecteur doit obser\er, c'est que chaque dix mariiges de l'année 1771 à 1780, ont donné quaranle-trois enfans et que, de l'aiii.ée 1817 à 182G, ils n'en ont plus donné que trente-neuf. Ce n'est pas que nos Françaises aient perdu de leur fécondité ; mais forcés d'attendre leslogcmcns etla fortune, les mariages v ont été plus tardifs, et au lieu d'y avoir, comme autrefois, une vingtième partie de mariages de théâtre , tels que ceux qui sont contractés avec des femmes de quarante ans, il y en a aujourd'hui un cinquième. Le rapport fait à l'Académie des Sciences, d'après les archives de Paris, établit que l'agc moyen des femmes dans le dix-huitième siècle, au moment où elles se sont mariées, était de vingt-quatre ans neuf mois; d'après les relevés que j'ai pu faire dans diverses parties de la France, elles ne se marient aujourd'hui qu'à vingt-luiit ans. Ce qui prouve ce fait en France , c'est que dans les pavs cultivés depuis long-temps, tels que les cinq départemens de la Normandie, la longévité humaine y a tellement retardé les unions que dix mariages n'y ont annuellement donné que trente -deux enfans pendant celle dernière période de 1817 à 1826, tandis qu'ils en ont donné quarante-six dans les quatre départemens de la Bretagne. Mais si nous prenons les deux extrémités dans chacune de ces provinces , nous voyons que dans le Calvado> , le déparlement le plus riche, le mieux cultivé el par conséquent le plus sain de la France, dix mariages n'ont donné que vingt-six enfans, tandis qu'ils en ont donné cinquantecinq dans le Morbihan. Supposons que la Brelagne, cons—
thuée en main-morte, soit dans les corps, soit dans les familles , se défrichât sur un système de grande culture , la nourriture dans ce cas fournirait à la longévité et à la multiplication des hommes; les Bretonnes, surtout celles du Morbihan , pourraient entretenir la légitimité de leurs feux, et conserver sur les autres Françaises cet avantage de fécondité qu'elles ont soutenu depuis dix ans, sans exception et qu'elles peuvent prouver officiellement.
Et si on se reporte aux tableaux ci-dessus, on verra que ces phénomènes sont d'un ordre naturel. Les gens de vingt à quarante ans sont tous dans le cas de se marier, et on voit que, sur mille personnes, il y en a deux cent quatre-vingtcinq de cet âge dans le Calvados; mais là, ils ont trois cent quatre-vingt-onze parens ou vieillards qui retiennent les logemens et les fortunes, tandis que dans le Morbihan, il n'y en a qu'un nombre égal à celui des Etats-Unis. Qu'on fouille les registres de toute l'Europe, l'on verra que le nombre des mariages et des enfans qu'ils doivent produire est toujours dépendant de la salubrité du climat ou de la grande culture. La preuve s'en trouve dans ce tableau-ci Il ne constate que le nombre des mariages enregistrés à l'église anglicane : il n'est donc concluant que dans les relations d'époque à époque :
1771 à 1780, année commune 62,^90
îjQi à 1800 73,602
La population de l'Angleterre, dans cette période, a augmenté de 4 à g , et on voit que les mariages n'ont augmenté que de 4 à 6. Cependant les nombres paraîtront en harmonie si on réfléchit que les gens , qui se sont mariô»
C 254 ) de 1821 à 1825, étaient âgés de trente ans, et conséquemnienl r.és à peu près à cette époque où l'Aiiglelen e a pas5é de la pcllle à la grande culture, et où rarcrois.'enient de population, qui n'élait conimc en F.ance que de six \)Okiv cent tous les dix ans, s'est élevé à quinze.
La philosophie moderne attribue tant de gloire et de bonheur à l'état du mariage qu'il s'agit de voir si elle ne se trompe pas dans ses intentions bienveillantes pour la propagation de l'espèce humaine en insistant , comme elle le fait en France, sur la division des terres à raison de l'esprit d'égalité qui en est une des conséquences ; mais les hommes ne sont pas appelés à l'une et l'autre de ces jouissances; car celte petite culture donne aussi bien que la grande culture, la santé et la longévlié; mais elle donne moins de nourriture en donnant plus de travail; elle interdit donc à jamais le mariage aux uns et l'iulenlit prescjuà tous dans leur jeunesse , c'est-à-dire dans l'âge où l'on représente le célibat comme le plus difficile à supporter. Voici la preuve du plus ou du moins de relard qu'ils éprouvent : suivant les relevés du gouvernement de 1817 à 182G, dix mariages ont donné dans le Calvados, 26 enfans.
Suivant les mêmes pièces , dix mariages, qui dans toute la France donnaient, en 1770, quarante-trois enfans, en ont donné depuis dix ans 89
D'après les recensenjens faits en Angleterre , dix mariages qui , en 1775, donnaient quarantecinq enfans, en donnent encore aujourd'hui, connue la France sous Louis xiv 45
Suivant le recensement des Etals-Unis, d'mariages en donnent aujourd'hui , comme dans le Morbihan , et connue la France .sous Henri iv. 55
Kt dans l'état de Vermont, connue la France sous François i" 62
C'est pour clablir chez mon lecteur la conviction que j'éprouve que je lui analyse toutes les parties du corps social , et que je parais peut-être sortir de mon sujet ; mais il y va rentrer de lui-même , et voir comment la révolution a mutilé la France et créé la nécessité d'un clergé célibataire dans un ordre physique , il faut le dire , quelque honte qu'il y ait à regarder ce que Dieu nous a donné de plus élevé sous un point de vue tout matériel.
Sur cent personnes de vingt ans et au-dessus , c'est-à-dire arrivés à l'âge de virilité , il y a dans Vermont , célibataires ou veufs lo
Dans l'ensemble des Etats-Unis i8
En Angleteri^e 24
Dans l'ensemble de la France 33
Dans le Calvados. 4-5
Voici donc l'état approximatif de la société en France , telle que l'a faite la petite culture : elle a trente-deux millions d'habitans ainsi divisés.
D'un jour à 20 ans 11, 33, 000
Femjtnes mariées de 20 ans et au-dessus. . . . 6,88,000
Hommes mariés 6,88,000
Femmes célibataires 3, 45, 000
/ de 20 à 3o ans. 875,000
Hommes céliba- I de 3o à 4o 8o5,ooo
talresdontun6'=est < de 4o àSo 665,000)- 3,45o,ooo
veuf. I de 5o à 60 53o,ooo
\ de 60 et au-des. 565, 000
La France est donc surchargée de trois millions quatre cent cinquante mille célibataires , c'est-à-dire que sur cent honnues arrivés à l'âge de virilité , il y en a trente-trois qui ne peuvent jamais se marier ; et ce nombre proportionnel
( 23G ) augmente et peut augmenter successivement jusqu'à ce quf sur cent hommes , il ne s'en marie plus que vingt-cina. En effet, en 1808 il est né neuf cent soixante-cinq mille enfans; déduisons les trente-cinq pour cent qui ont péri avant l'âge de vingt ans , ensuite la moitié pour les femmes , nous trouvons qu'il est arrivé en 1828, à l'âge de virilité , 3i4,ooo hommes, et comme il n'y a eu cette année que deux cent trenle mille mariages, c'est donc 84,000 célibataires ajoutés annuellement à la masse effrayante qui existe déjà. Et si successivement d'ici à vingt ans , la Bresse , le Eerry, la Bretagne et tant d'autres provinces, qui à présent servent de déversoirs aux pays plus sains, sont assainis par le dessèchement des marais et le défrichement des landes, la perte des cnfans peut se réduire à un cinquième, et le nombre des célibataires s'accroître dans cette proportion.
La providence nous a-t-elle donné un movon d'arrêter cette marche? oui, elle en a donné, surtout aux peuples catholiques; mais elle ne les leur accorde qu'à la condition d'augmenter les forces de leur système religieux dans la même proportion que celle de leur âge ; si le corps politique a des âges différens, il doit aussi avoir une discipline , un régime , des lois différentes à différentes époques, et ces lois doivent être d'autant plus fermes, plus sévères qu'il acquiert plus' d'âge, et néc<?ssairement plus de force; car plus il acquiert de force, plus il aura de privations à supporter.
El quelles privations? celles du mariage , celles des jouis- .«ances qui nous paraissent les plus naturelles, les plus légitimes, les plus douces, celles dont les moralistes nous faisaient un devoir. Et quand nous ne pouvons les satisfaire, «ini accusons-nous , sinon nos supérieurs , sinon le gouvernemeni !
( 257 ) Il faut observer que, de tous les états de l'Europe, la France est le plus resserré , et que par conséquent sa séciu-ité exige en faveur de ses célibataires des fonctions qui, par les dignités, le pouvoir et la fortune, puissent consoler ceux qui s'y dévouent. La France n'a pas comme l'Espagne une immense étendue de terres à diviser entre sa nouvelle population ; elle n'a pas comme l'Allemagne un voisinage désert, tel que la Pologne; elle n'a pas comme l'Angleterre cent colonies qm, en excitant l'ambition de ses célibataires, leur coûtent la vie. Et la France, d'ailleurs, recevant annuellement dans ses hospices cinquante mille f<;mmes enceintes, sauve et élève cinquante mille en fan s ; que deviennent-ils en Angleterre ?
Franchissons l'espace qui sépareFrançois 1'='^ de Louis xi v. Combien de difficultés nouvelles dans la discipline de la société dès que les communications, devenues fa.ciles, ont rendu les voyages communs! Qu'on se représente, avant Ja révolution , près de trois millions de célibataires dans la force de l'âge et l'effervescence des passions, qui aspirent à former des établissemens, des alliances, des fortunes, et dont les espérances étaient trompées, lesefforts repoussés par une force de choses dont ils ne pouvaient rendre compte ; ({u'on les voie ensuite enflammés par des écrits tels que ceux de Montesquieu, de ^ oltaire et de cette école qui accuse les moines d'arrêter la population, l'église d'arrêter la circulation des richesses; la noblesse, la cour, la royauté de dissiper les deniers de l'étal; et comment la société, dans son malaise, irritée de tant de prétendues malversations, excitée à des vengeances d'une si juste apparence, auraitliie résisté aux tentatives de la révolution pour tout rélormer? Ils ont confisqué , chassé, détruit le clergé, la noblesse, la royauté, et ensuite ont été trop heureux de îiouver un Corse pour régler leurs mouvemens tumultueux,
( 258 ) el 11 n'y a réussi que par une guerre qui a détruit deux millions (le célibataires, el qui, en épuisant lasociélé, Ta sauvée momentanément.
Comment ont péri ces antiques nations savantes dont les ouvrages publies nous paraissent si gigantesques, ces nations pour qui les arts et les sciences n'avalent plus de secrets? L'iniiTiensilé de leurs travaux hydrauliques avait assaini le climat et prolongé la vie humaine; le nombre des célibataires s'était accru hors de toute proportion avec le nombre des gens mariés et avait renversé l'harmonie de la société. De toutes les nations de l'antiquité , la Chine seule existe ; l'air y est arrivé au plus haut degré de salubrité par la perfection où l'agriculture y est portée; l'espèce humaine y a atteint une telle longévité qu'à peine pourrionsnous croire leurs registres : un tiers des gens nés en Chine parvient à l'âge de soixante ans. Comment donc la société s'y est-elle maintenue et s'y maintient-elle? par la destruction desenfans; et dans celle partie de l'Asie anciennement habitée et aussi salubre que la Chine? en faisant des eunuques. Comment se maint ienl-elle dans les parties saines de nos colonies, où la population se multiplie plus que les nourritures? en vendant des esclaves aux habltans des parties malsaines. El encore de nos jours et sous nos yeux , la Suisse elles états proteslans de l'Allemagne n'ont absorbé leurs célibataires qu'en vendant des troupes, surtout à la Hollande, dont le climat en Europe et dans ses possessions des deux Indes, les consommait promptcment. L'Allemagne catholique n'a jamais été obligée d'user de ces odieuses ressources , parce qu'elle avait un clergé célibataire. Les Alpes, r Auvergne et les Pyrénées, où les produits de l'agiiculture ne sont plus susceptibles d'aucune augmentation, envolent leurs habltans dans les plaines,
Lc.^ nalions savautos n'ont péri que parce qu'elles n'a-
( 259 ) valent pas de fonctions attachées au célibat. Elles n'ont pas su que les sociétés, comme les individus, avançaient forcement en âge, et il faut vraiment que les Français modernes f oient, en fait déconomic politique, aussi ignorans qu'ils le sont, pour s'imaginer qu'il leur ail été loisible de saccager les institutions morales qui régissaient le clergé et la noblesse, leurs propriétés et leurs privilèges, sans mutiler la France, comme ils l'ont mutilée dans l'ordre physique. Nous avons vu précédemment les désordres dont l'Angleterre est la victime pour avoir détruit le célibat des prêtres, institution sur laquelle s'était fondée la société; mais celte destruction n'a produit que des -calamités intérieures ; elle présente à ses rivaux, ou à ses ennemis, un aspect formidable. Mais si en France, depuis la resfaui'ation , l'ordre s'est rétabli, grâces au clergé, dans quelques objets de détail , l'ensemble n'en est pas moins attaqué d'une dissolution dont le l'esté de l'Europe n'offre pas d'exemple. Divers étals de l'Allemagne , la Pologne , la Russie , l'Espagne , l'Angleterre impriment des statistiques; si on y trouve, relativement au nombre des naissances et des mariages le même désordre qu'en France , on pourra ajouter foi aux somptueuses prospérités que nous annoncent nos nouvelles écoles de législation. Ces développemens demanderaient un volume, mais ils n'appartiennent pas à mon sujet.
Qu'on lise l'histoire ; il n'y a eu de petite culture que chez les peuples qui y ont élé forcés par des localités monsirueuses; mais dans ce cas, ils sont défendus de toute invasion étrangère par les difficultés que présentent leurs montagnes. Les peuples à petite cultm-e , dans les plaines, ont toujours été vaincus et envahis par les peuples à grande culture. Ces derniers seuls peuvent soutenir et remplacer avec persévérance leurs perles en hommes et en chevaux, en vivres et en matériaux. Tel est le cas de l'Angleterre avec l'Irlande ,
( oGo)
<]e l'Autriche avec l'Ilalîe , et tel a été dernièrement le cas de celle monarchie avec la France : insensible à vingt ans de défaites, d'invasions, de perles de provinces, de pénurie de finances, de découragement des peuples, l'Autric he a toujours pu recommencer le conflit; quimt à la France, un seul revers, après tant de succès, l'a rendue inerte.
Dans loul ceci , que de sources de désordres ! combien de principes de dissolution ! et nous devons d'autant plus les déplorer que la France, à l'époque du retour des Bourbons, était avide de rentrer dans son antique religion et ses antiques lois ! 11 était épuisé le venin que , depuis cent ans, la philoso[>hie avait inoculé dans les veines du corps politique ; deux millions d'honmics étaient tombés victimes sous la main du plus célèbre des exécuteurs ; mais le pouvoir a douté de sa force. Certes , on doit avouer que depuis un siècle il paraissait affaibli dans toutes ses hiérarchies : les papes n'ont plus sur les sou\erains, les souverains sur leurs sujets, les parens sur leurs enfans, ou les maîtres sur leurs domestiques, la même autorité qu'ils avaient autrefois. Pourquoi? parce que les mœurs s'étaient adoucies, que l'obéissance était plus volontaire, et que la persuasion avait suppléé à la force. Le pouvoir d'ailleurs peut-il faire autre chose que s'affaiblir et se détruire , lorsqu'il agit en sens contraire de l'ordre naturel ? Nous en avons pu juger à l'époque de la lestaura^ion ; les vendeurs, les acheteurs, enfin tous les brocanteurs des biens de l'église éprouvèrent alors une terreur subite , des remords tardifs et jetèrent un cri d'effroi ; il se forma un parti tel que celui des >vhigs en Angleterre. L'un et l'autre , se sentant les mains souillées du pillage des biens dun clergé prêt à se recruter et à rentrer paisiblement dans ses fonctions, seffravèrent de cette perspective et se lignèrent à toutes ces clameurs surannées contre la superstition; jamais, non jamais, mcmc aux jours les
( 2Gl )
plus sinistres <le la révolution, les professions religieuses n'ont été l'oLjet de sarcasmes plus amers. Vaines clameurs! l'ordre naturel ramenait forcément d'abord les congrégations religieuses de femmes. La présente génération avait perdu deux millions d'hommes de l'âge de vingt à quarante ans. Les femmes d'un rang élevé de la société et d'une fortune indépendante avaient perdu leurs pères ou leurs frères, leurs fils, leurs maris ou leurs prétendus ; elles ne pouvaient comme telle femme du peuple se distraire par un travail manuel. Leur éducation distinguée les rendait d'autant plus sensibles à des pertes si vives; de pareils chagrins épurent l'âme ; il était naturel que la leur cherchât en Dieu ce qTi'elles perdaient chez les hommes; elles lui ont fait un nouveau sacrifice, celui de la fortune que tant de morts prématurées leur assuraient ; elles ont fait vœu de pauvreté alors qu'elles étaient le plus riches, et malgré les contrariétés du pouvoir, la France a vu en un petit nombre d'années s'établir trois mille deux cents congrégations religieuses do femmes, et ce qui est encore aussi naturel, c'est que ces mêmes sectaires, qui vomissent tant de blasphèmes contre tant de vertus , se sont présentés tout d'un temps pour confier à ces saintes femmes l'éducation de leurs filles ; éclairés par leur paternité, ils se jugent et savent bien que d'après leurs préceptes et leurs exemples, leurs enfans ne pourraient se maintenir dans l'innocence et acquérir cette droiture d'esprit et cette élégance de manières qui, grâce aux couvens et aux couvens seuls, ont toujours distingué les Françaises du rang mitoyen de la société de toutes les femmes de l'Europe.
Le même ordre naturel , qui a immédiatement formé des congrégations de femmes à l'époque de la restauration, a dû empêcher qu'il ne s'en formât d'hommes; la tuerie, qui s'en faisait depuis près de vingt-cinq ans, avait laissé vacantes une partie des professions de la vie ; à la paix , le
petit nombre «le ceux qiil avaient écliappé à la mort a trouve facilement àcmbrasscr un état relatif à son éducation, et à faire un mariage avantageux, puisque les femmes restaient héritlèrçs. Il n'est donc pas étonnant que le sacerdoce se soit recruté difficilement; les mêmes homn»es, qui autrefois se dévouaient au niarlyre, pouvaient seuls se présenter. Mais les choses ont changé et les jeunes gens, qui avaient quinze ans à la paix, en ont trente aujourd'hui et im tiers d'entre eux sont forcés de rester célibataires. Nous pouvons donc prévoir que , malgré les vociférations infernales des détenteurs des biens de l'église, la France verra s'établir un clergé contemplatif, une fois que le clergé actif sera arrivé au nombre réclamé par les besoins des fidèles. Que le pouvoir ne s'abuse donc point sur sa nature ; il est aujourd'hui bien moins un droit qu'un devoir et le plus sacré des devoirs. On a reproché aux souverains leur despotisme; et la postérité, éclairée par nos malheurs, et probablement par les siens , ne leur reprochera jamais que leur abnégation et leur inertie depuis plus d'un siècle. Si les lîourbons, à l'époque de cette prétendue restauration, n'eussent fixé aucunes bornes à leurs prérogatives jusqu'à ce que le temps eût rétabli leur clergé et organisé la noblesse, eussent-ils osé en murmurer, ceux qui étaient restés muets devant un Corse? Qui, ;»w contraire, n'eût pas joui de la plus douce .sécurité ? Où sont donc les principes de stabilité que nous a donnés la restauration, car par restauration on entend une espèce de retour à ce qui existait, et quelque chose d'antique raffermi sur ses bases? En quoi, pour la France consistait ce quelque chose d'antique? Un clergé gardien et propagateur des croyances et des doctrines de léLit, en formait le premier ordre. Une noblesse chargée de sa défense contre l'étranger et de la haute magistrature dans rintérieur, en formait le second. Un tiers-état accaparant
toute l'influence que donnent rinJustrie , les voyages , !"s arts , les sciences , en foi'mait le troisième ; il était le plus riche et te plus puissant ; toute celte organisation , belle , sublime, certes, avait été violemment attaquée depuis cent ans , •quoiqu'elle eût formé sans aucune espèce de comparaison , le premier peuple de l'univers. Qu'est venu tenter la restauration ? de réduire en poudre un monument qui faisait l'objet de l'admiration universelle ; en voulant tout réunir, elle a tout séparé ; en voulant tout confondre, elle a tout isolé ; et à qui a-t-eiîe donné le pouvoir, les fonctions qu'exerçaient le clergé, la noblesse, la magistrature, les corporations , chacune dans leur sphère ? Aux propriétaires de terres; et cela, dansun pays où il venait de se faire pour des milliards de confiscations de terres, et où ces propriétaires se partageaient en deux classes, d'abord celle de la noblesse irritée d'une révolution qui l'avait dépouillée de la presque totalité de sa fortune ; ensuite la classe des détenteurs de biens nationaux , irrités d'une restauration qui les humiliait et les menaçait , c'est-à-dire que les deux classes d'hommes qui , d'après leurs passions et leu^s haines respectives, devaient être écartés du sanctuaire des lois, y ont été exc'usivenient admis , et se trouvent perpétuellement dans tfn contact immédiat les uns avec les autres, sans aucune force ireutre qui puisse servirderégulateurà leurs mouvemens réciproques. Quelle est donc la mesure qui a marqué de tant de gloire l'administration de M. Pitt ? l'extinction du parlement irlandais. La chambre des communes , avec celle des pairs s'y composait de cinq cents propriétaires de terres; leur tenure , quoique vieille alors de plus de cent cinquante ans , n'était pas plus qu'aujourd'hui regardée comme légitime et surtout par eux-mêmes. Irrités de cette fausse position , leur joug pesait surtout sur les malheureux catholiques dépouillés : l'Irlande, depuis dix ans, avait été ensanglantée
par trois guerres civiles; le gouvernement aiiglais , plus jas (le vaincre que les catholiques d'être vaincus, voulul traiter : que demandé rent-iisr' d'écarter à jamais de leur soi celle odieuse assemblée. Cette dissolution eut lieu et 128 membres des communes ou des pairs, admis dans 1^ parlement anglais, ne purent lui inoculer leur venin. G?lte concession a procuré trente ans de paix; à présent que les catholiques se sentent en force , ils redemandent un parlement Irlandais; il sera refusé.
Oh ! quelle profonde combinaison pour subvenir aux besoins de l'état et guérir tant de plaies sanglantes que d'aller sonner le tocsin jusque dans les dernières paroisses pour ameuter les détenteurs honteux et inquiets des biens nationaux et leur demander de nous élire des maîtres, attirer ceux-ci dans Paris, étaler devant eux les pompes de la cour, les honneurs et la fortune accumulés sur la trahison ou la servilité, et vouloir ensuite qu'ils soient de froids législateurs! Mais sil est sept ou huit cents personnes en France dont vous vouliez connaître les opinions et les besoins, employez le télégraphe : l'appel nominal se fera;-,d'une manière prompte et décente par ce nouveau président, et du moins celui-ci ne sera pas taxé de partialité.
Nos provinces avaient encore vingt nulle familles de gentilshommes qui, pour s'opposer à loutes les frénésies de la France, avaient hasardé leur existence et sacrifié leurs fortunes, et vous allez les dégrader de leur rang, de leurs privilèges pour lem* substituer un corps étranger à la province , méconnu à la capitale , suspect à lui-même , sans lien a\ ec notre passé, sans plan pour notre avenir, n'appartenant à aucun règne, à aucun élément de notre inonde moral, et n'affectant nos organes politiques que comme la machine de Vaucansou!
Les fermentations politiques avaient formé un caput mor^tuum. C'est là que cent cinquante individus du premier rang de la noblesse française sont venus s'associer et flctrir le charme et la vénération qu'inspirent des noms attachés à notre histoire. Ils s'imaginent ensuite qu'une pareille défection a fait de ce corps la haute aristocratie de l'état. Et qu'ont-ils à répondre aux. révolutionnaires q-ii, depuis quinze ans, ne les ont jamais admis à aucune induence, à aucun partage de pouvoir , qui se sont moqués et se moquent encore de leurs prétentions législatives? Ne savent-ils pas, ces cent cinquante gcntil.sliommes , que le clergé était le premier ordre de l'état? que, vivifié par cet esprit qui ne l'a jamais abandonné , il poursuit la révolution dans ses principes et dans ses œuvres , et qu'eux , dans le désordre que cause une latte aussi acharnée, se réduisent au rôle des valets qui , dans le moment du combat , pillent le bagage de l'armée?
Quelles ont été les conséquences de tant de flétrissures? le roi perd son trône , et quand il le recouvre , c'est sous la protection humiliante et onéreuse de trois cent mille étrangers. Ils nous gardent quatre ans, ils partent; l'Europe, que nos guerres comme nos amitiik, nos invasions comme notre séjour, avalent rendue hostile aux préceptes et aux exemples de la révolution, s'émeut tout d'un temps : le royaume de Naples se soulève, puis le Piémont, puis l'Espagne, puis le Portugal; la tige de notre monarchie est coupée par un meurtre que l'assassin fit par un principe désintéressé , par un devoir consciencieux. Alors , il y eut cependant réaction dans l'opinion ; certes , c'était le cas de sortir du sentier fangeux où l'on s'était laissé entraîner. Non , au lieu de purifier rinstilution , c'est elle qui va souiller tout ce que la France contenait de loyal et d'honorable.