De l'action du Marasmius Oreades Fr. sur la végétation
station de Herreruela située en pays désert, couvert à perte de vue de Cistes, de Bruyères, d’arbustes à feuilles persistantes. En une journée j’y récoltai 198 espèces, dont plusieurs nouvelles pour l’Espagne ou pour cette région.
Ranunculus Broteri. Nouveau.
Batrachium cæspitosum Cistus populifolius, etc.
Helianthemum hirsutissimum. Nouveau.
Lychnis læta Dianthus laricifolius Malva hispanica Anthyllis lotoides Arthrolobium durum Trifolium gemellum
— cernuum. Nouveau.
Callitriche cæspitosa Daucus crinitus
Conopodium flexuosum. Nouveau.
Thapsia minor
— maxima
Pterocephalus papposus Nouveau.
Centaurea exarata
Serratula bætica?
Filago pyramidata Pulicaria hispanica Senecio desquamatus Andryala allochroa. Nouveau.
— dissecta Nouveau.
Crépis lusitanica
Helminthia lusitanica. Nouveau.
Hypochœris adscendens
Thrincia psilocalyx
Tolpis barbata
Campanula Duriæi
Myosotis s icula
Nepeta multibracteata. Nouveau.
Juncus Wehvitschii. Nouveau.
Agrostis pallida Holcus setiglumis Vulpia Broteri Nardurus tenuiculus.
(A suivre.)
M. Molliard développe au tableau la communication sui vante :
par M. Marin MOLLIARD.
On connaît depuis longtemps sous le nom de Ronds de Sorcières ces cercles qui apparaissent sur certains prés et pelouses, vont en s’élargissant et sont caractérisés par une végétation particulièrement active ou au contraire par une couronne complètement dénudée ; le phénomène est en relation évidente avec le développement de certains Basidiomycètes et surtout du Marasmius Oreades qui forme précisément ses appareils sporifères dans la zone où on voit se modifier la végétation phanérogamique. J’ai eu l’occasion d’observer depuis plusieurs années de nombreuses formations de cette nature à Saint-Cast (Côtes-
MOLLIARD.
du-Nord) soit sur des landes très maigres, soit sur des pelouses arides situées au-dessus de falaises. Je ne m’attarderai pas à décrire en détail leurs caractères morphologiques qui viennent de faire l’objet d’un travail très consciencieux de P. Kallion 1 , constituant une excellente mise au point de la question; rappelons simplement ce qui est nécessaire pour la compréhension du mode d’action du mycélium.
Si on considère vers le mois de septembre un de ces cercles de centre O (fîg. 1), on constate qu’il est formé de 3 couronnes très distinctes, une interne II où la végétation phanéroganique tranche nettement sur le fond général, une moyenne III où 1 herbe est brûlée et où se développent de nombreux chapeaux
Fig- 1- — Coupe schématique radiale d’un Rond de Sorcière produit parle
Marasmius Oreades.
de Marasmius, et enfin une externe IV, plus large que la zone II, dans laquelle le gazon est beaucoup plus vert et plus élevé que dans les régions situées à l’intérieur (I) ou à l’extérieur (V) du cercle mycélien, et qui présente par conséquent, mais à un degré plus marqué, les mêmes caractères que la couronne II. La végétation du gazon en question était constituée par plusieurs espèces de Graminées et par diverses Dicotylédones telles que Plantarjo lanceolata, Achillea Millefolium, Bellis perennis; la Planche V reproduit des exemplaires moyens de ces trois espèces correspondant, l’échantillon de gauche à la zone V qui n’a pas encore été intéressée par le Champignon, l’échantillon de droite à la zone IV.
Si on fait une coupe dans le sol sous-jacent on constate qu’au niveau de la couronne dénudée III la terre est profondément modifiée; de noire et d’humide qu elle est normalement elle est devenue blanchâtre, poussiéreuse, sèche et imperméable. Au niveau de la zone IV cette allure n’existe qu’assez profondé-
1. P. Ballion, Recherches sur les cercles mycéliens (ronds de fées) (Procèsverbaux Soc. Linn. de Bordeaux, 1906).
SÉANCE DÜ 28 JANVIER 1910.
ment (p), la région superficielle (s) gardant les caractères ordinaires; j'ai marqué sur la figure le contour de la région ainsi transformée par le développement du mycélium dont on reconnaît de nombreux cordons enchevêtrés.
Ajoutons que l’allure que présentent au printemps les cercles mycéliens peut être moins complexe; ils sont alors souvent constitués par une bande unique caractérisée par une exubérance de la végétation superficielle; en d’autres termes, les deux couronnes II et IV n'en font qu’une, la plage dénudée n’apparaissant qu’au moment de la poussée estivale et automnale des
chapeaux.
Geci posé, arrivons à
successivement données pour interpréter les faits observés, à savoir l’action fertilisante du mycélium, et son action destructive inverse. En ce qui concerne le premier point, on a surtout invoqué la fumure résultant de la décomposition des anciennes fructifications; c’est ainsi qu’on lit dans le Traité de Botanique de Van Tikghem 1 : « La région centrale meurt progressivement; à la périphérie, pendant qu’une certaine zone vient d’être épuisée par le thalle dans sa position actuelle, la zone qui la touche au dehors, ayant reçu l’engrais produit par la décomposition rapide des fructifications, est devenue plus fertile : de là le contraste signalé plus haut ». De même Patouillard 2 s’exprime de la manière suivante : « En été et en automne un grand nombre de Champignons pourrissent sur place et apportent aux Graminées un engrais puissant qui accélère leur croissance ». Dans une lettre qu’il a adressée à ce sujet à P. Ballion, Giard combat cette manière de voir et fait remarquer que les Bonds de Fées sont aussi beaux l’année qui suit celle où l’on a procédé à la cueillette des chapeaux; Ballion fait d’ailleurs observer avec raison, et j’ai pu vérifier le bien fondé de son objection décisive, que l’action du Marasmius se produit d’emblée dans les ronds de nouvelle formation, avant toute production de réceptacles, d’autre part on ne voit pas comment les produits de décomposition des chapeaux agiraient sur la végétation d’une zone assez éloignée du point d’apparition des fructifications.