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départements, les provinces, pourraient seuls intervenir d’une manière profitable, non seulement par l’influence de leurs conseils désintéressés, mais encore par l’action régulière de leurs pouvoirs établis.
Les administrations locales et gratuites exigeant le concours d’hommes éclairés et indépendants par leur position sociale, leur établissement pourrait, jusqu’à un certain point, favoriser les débris de l’ancienne aristocratie, lesquels s’offriraient naturellement au suffrage des électeurs. Serait-ce un bien? nous le pensons, quoi qu’en puissent dire de prétendus amis de la liberté qui répudieraient volontiers les doctrines et les intérêts populaires, si ces doctrines pouvaient servir la classe aristocratique. C’en est fait en France des privilèges de la naissance et de la faveur. Cette multiplicité ridicule de nobles sans fonctions et sans vraie noblesse, ces charges acquises à prix d’argent, tous ces abus d’une société décrépite que Voltaire considérait avec raison comme un effort de démence, ont disparu sans retour. Les mœurs jalouses de notre siècle repoussent également, et les faveurs delà noblesse de cour, et les monopoles de la noblesse vénale ou héréditaire. De toutes les ruines qu’a amoncelées la révolution, aucune peut-être n’offre de plus irréparables débris que l’aristocratie nobiliaire.
On essaie, à la vérité, depuis plus de quarante ans, sinon de reconstituer l’ordre de la noblesse,
SUR LA CENTRALISATION
du moins d’établir un pouvoir aristocratique qui en soit comme le simulacre.
C’est ainsi que, fatigué d’une turbulente démagogie, le législateur créa en l’an ni (i) le conseil dit des anciens, seconde édition du conseil des cinq-cents, dont le 18 brumaire fit justice comme du reste.
P uis vin t le règne du sénat conservateur, recru té, à l’exception de quelques grands noms militaires , dans les débris de la convention et les anti-chambres de Bonaparte (2). Ce sénat, assez semblable à celui de Rome sous les empereurs, encensa le maître dans sa puissance, le délaissa dans le malheur et ne conserva que scs sinécures.
La pairie héréditaire de 1 8 1 4 (3) , assemblage de notabilités individuelles, mais dépourvue comme corps de traditions et de principes, simula ensuite pendant quinze ans l’aristocratie anglaise : institution factice, sans racines dans le pays, que le vent populaire a dispersée du premier souffle. Et voici maintenant le règne de la pairie viagère, telle que l’ont faite les mœurs jalouses et démocratiques du siècle (4).
Mais quel que soit l’avenir de ce pouvoir aristocratique, associé par les lois modernes a la
(1) Constitution du 5 fructidor an lit.
(2} Loi du 22 frimaire an VIII.
(3) Charte de 1814, art. 24.
(4) Charte de 1830, art. 20.
ESSAI
puissance législative, il ne saurait rendre la vie à l’ordre de la noblesse. Réunissez dans une assemblée toutes les illustrations, chamarrez-les de titres, gorgez-les de biens et d’honneurs, vous n obtiendrez jamais qu’une oligarchie de riches. II faut autre chose pour créer une véritable aristocratie; ü faut surtout des traditions et des souvenirs : un corps d’aristocratie ne saurait être ni créé ni rétabli par imposition des mains. Les siècles préparent et confirment sa puissance, les siècles la minent sourdement, et l’arrêt de mort prononcé par eus est définitif et irrévocable.
Ce seraitdonc pour les débris de notre ancienne noblesse un rêve absurde que celui des anciennes prérogatives de l’ordre; mais le réiablissementdes libertés provinciales leur donnerait un moyen facile de reconquérir, comme individus, la haute considération et la puissante influence qui s’attachent à l’indépendance de la position sociale et à Fil lustration des souvenirs.
La réaction démagogique, qui s’est si long- temps acharnée contre les grands noms, a fait place à des sentiments plus équitables; êt c’est du sein de la démocratie elle-même que s’échappe le cri qui demande une aristocratie réelle au lieu des vaines et dangereuses fictions qui en avaient usurpé le titre. Que les rejetons des grandes familles, cessant de considérer les honneurs comme un patrimoine, cherchent donc à les conquérir par le mérite personnel; qu’au lieu de se pavaner dans