‹ De l'administration de la justice criminelle en Angleterre, et de l'esprit du gouvernement anglaisChapitre 1 sur 26 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

JtiNvoYÉ en Angleterre par le gouvernement pour y étudier le système et la marche du jury, je publie aujourd'hui le résultat de mes recherches. L'institution du jury anglais, ainsi que l'on en pourra juger par la lecture de cet ouvrage , se trouve tellement liée à toutes les autres institutions politiques , qu'il m'a paru impossible de la connaître avec quelques détails, sans me pénétrer d'avance de l'esprit général de la constitution anglaise. Mon premier soin a donc été de chercher à m'approcher des personnes les plus versées dans la connaissance des lois de leur pays; et ce fut alors que je sentis plus particulièrement le prix des lettres d'introduction qui m'avaient été données pour M. le marquis de Lansdown. Cet illustre pair, dont la mai-

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son offre la réunion des personnages les plus distingués , eut la bonté de me mettre en relation avec M. Scarlett,Tun des premiers avocats du circuit du nord, aujourd'hui membre du parlement, et appelé, par ses talens , à y remplacer un jour son illustre ami sir Samuel Romilly. M. Scarlett m'engagea à suivre son circuit, comme le moyen le plus assuré de mf instruire de tous les détails que je désirais connaître; et il me promit de m'aider de ses conseils, et de m'éclaircir toutes les obscurités que je pourrais rencontrer dans Tétude que je me proposais. Le gouvernement anglais voulut bien aussi me recommander à MM. les juges Wood et Bailey, qui devaient tenir les assises du circuit du nord; et ces magistrats, outre les attentions particulières qu'ils me témoignèrent, donnèrent les ordres nécessaires pour que l'on me communiquât toutes les pièces que je désirais examiner. MM. les avocats du circuit se firent aussi un plaisir de m'offrir

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toutes les explications dont je pouvais avoir besoin. Enfin, le fils de M. Scarlctt eut l'extrême complaisance de me servir d'interprète, de m'accompagner chez les undershe'rifs pour y prendre connaissance des livres des jurés, et de visiter avec moi les différentes prisons qui se trouvèrent sur mon passage.

Le travail que je soumets aujourd'hui au public est donc moins le fruit de mes propres réflexions, que le recueil des opinions qui m'ont été données par les hommes les plus instruits sur les matières que j'ai- traitées. J'ai tout fait pour ne pas me méprendre sur le sens de leurs paroles ; je leur ai soumis séparément les mêmes difficultés; et j'ai eu soin d'éclaircir les points sur lesquels ils étaient d'avis différent. Enfin, après avoir terminé mon travail, je l'ai confié à l'examen de M. Gray , l'un des jeunes avocats qui donne les plus grandes espérances^ je l'ai communiqué ensuite à M. Scarletty

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qui voulut bien s'arracher un instant à ses nombreuses occupations pour relever les erreurs qui m'étaient échappées , et pour me fournir même quelques notes sur l'esprit de la constitution anglaise.

Je puis donc présenter cet ouvrage au public avec la confiance de n'avoir rien négligé de ce qui dépendait de moi, pour le rendre digne de son attention ; et je crois pouvoir l'assurer, qu'à défaut de tout autre mérite , il y trouvera celui d'une grande exactitude. Je puis dire encore, dans toute la sincérité de ma conscience, que je ne crois point avoir flatté les Anglais; et que si j'ai témoigné pour leur caractère et leurs institutions une estime qui paraîtra peut-être exagérée , d'après les préventions que nous avons contre eux; cette estime a été le résultat de mon intime conviction que ce peuple a porté plus loin qu'aucun autre la science de la véritable liberté, et les vertus civiles nécessaires pour la maintenir. Dans

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la comparaison que j'ai été appelé à faire de son système criminel avec le nôtre , j'ai dû dire la vérité telle qu'elle paraissait à mes yeux, sans examiner si elle était, ou non, de nature à fortifier ou à ébranler la haute opinion que tant d'autres avantages nous donnent si justement de la grandeur de notre nation. Je ne concevrai jamais que la flatterie considérée comme un vice si bas à l'égard d'un particulier, devienne un de*voir à l'égard de son pays.

J'ai cru encore qu'il serait utile de tracer une esquisse légère des mœurs publi* ques et privées de la nation anglaise, parce que ce n'est pas connaître les lois d'un peuple que d'ignorer l'esprit dans lequel elles sont exécutées. Ce que les mœurs des Anglais ont d'ailleurs de recommandable, étant plutôt l'effet de l'influence de leur constitution que de celle de leur climat, il m'a semblé que ce tableau pourrait avoir pour nous un intérêt particulier. Il nous montrera ce

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que, par l'action journalière de nos nouvelles institutions, nos mœurs actuelles devront nécessairement devenir un jour; ou bien si ces institutions devaient trouver de trop grands obstacles à vaincre dans nos anciens préjugés, il nous présentera les mœurs nouvelles que nous devons adopter par un courageux effort sur nous-mêmes , afin de conserver notre liberté.

J'ai terminé par un exposé rapide des améliorations qu'il me semblait que l'on pouvait apporter dans nos lois criminelles. J'ai signalé sans ménagement tous les abus qui existaient, et ne me suis point laissé arrêter par la crainte des mécontenlemens , et peutêtre des animosités que j'allais exciter contre moi. J'ai voulu qu'au moment où l'attention des cbambres allait être appelée sur la révision de la procédure criminelle , elles en connussent le véritable état. Je ne me suis pas dissimulé que si ce travail paraissait, sous quelques rapports, digne de lin-

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tërèt public , il serait probablement l'objet de la critique de tous les partis. Les uns y verront une intention de préparer les esprits au joug d'une aristocratie nouvelle: les autres le regarderont au contraire comme écrit dans le dessein d'exciter le peuple à demander à la couronne de nouvelles garanties; mais je me consolerai par la pensée que j'aurai fait un acte de bon citoyen ; et que peut-être l'exemple d'une nation soumise depuis si long-temps à un système criminel rempli de douceur et de commisération pour les accusés, aura quelque influence sur nos vieilles et barbares habitudes: qu'il adoucira notre rigueur, et nous portera a des changemens que l'honneur de notre caractère national réclame impérieusement. Si je me suis trompé dans l'espérance des avantages que nous trouverions à adopter certaines formes de la procédure anglaise, je l'ai fait de bonne toi et sans aucune espèce d'engouement pour des institutions étrangères. Mais la

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marche rapide de ces institutions , comparée à la difficulté que les nôtres ont à se mouvoir, a produit sur moi une impression si vive, que je n'ai pu m'empêcher de dé-

sirer avec ardeur que nous pussions nous les approprier en partie , afin que notre instruction criminelle pût devenir à son tour un objet d'envie et d'émulation pour les étrangers.

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