‹ De l'administration de Louis 14 (1661-1672) d'après les mémoires inédits d'Olivier d'OrmessonChapitre 49 sur 54 · RELATIONS D OLIVIER D ORMESSON AVEC M"" DE SEVIGNE · texte numérisé non relu

RELATIONS D OLIVIER D ORMESSON AVEC M"" DE SEVIGNE

M. Walckenaer a déjà consacré quatre volumes, pleins de détails curieux , à M"' de Sévigné et à son époque ' . La partie publiée de ce travail s'étend jusqu'en 1673 , et embrasse à peu près le même laps de temps que les Mémoires d'Olivier d'Ormesson. Si M. Walckenaer eût connu notre manuscrit, il y eût puisé quelques renseignements qui auraient complété ses recherches. D'Ormesson, parent de M"' de Sévigné, en parle souvent dans son Journal. Je me bornerai à réunir les passages disséminés. Dès le 7 mars 1644 , il est question de projets de mariage pour Marie de Rabutin \ « M' de Collanges me parla de M' de Sévigné, Breton , pourMad'*'' de Chantai. » Le 26 mai , M. de Sévigné ( qu'il appelle aussi Sévigny ) vint voir André d'Ormesson , père d'Olivier. Son extérieur était séduisant. " Il est beau et cavallier bien faict et paroist avoir esprit \ » Le lendemain , André d'Ormesson et le président Barillon arrêtèrent les articles du contrat * ; mais le mariage

^ Mémoires touchant la vie et les Écrits de Marie de Rabutin-Chatital , marquise de Sévigné ; Paris, 1842-1848 , 4 vol. in -12.

2 Journal d'Olivier d'Ormesson , 1" partie , f" 3:i ( bis) verso.

3 Ibid , f" 40 recto.

> Ibid , vendredi 27 mai 1G44.

21 i APPENDICE.

lie lui célébré que plusieurs mois après. Dans l'intervalle , le marquis de Sévigné se laissa entraîner par la passion des duels , qui devait lui être fatale. Le lundi 29 mai , d'Ormesson apprend « que M' de Sevigny s'est battu en duel contre Chastellet. Le combat s'estoit iaict au Pré- aux -Clercs ; après quelques coups de plat d'espée donnés par M' de Sevigny à Chastellet sur le Pont-Neuf, sur quelques discours qu'il en avoit faict '. » Sévigné fut blessé à la cuisse, et on craignit quelque temps pour sa vie '. Ce fut probablement cette circonstance, dont ne parle pas M. Walckenaer, qui retarda le mariage. Les accords se firent, enfin, le 7 juillet, sans témoins \ et les fiançailles le 1" août '*. » L'apresdisnée ( du lundi 1" août), je fus avec mon père aux fiançailles de M"" de Chantai avec M. de Sévigné ; y estoient M" le Père de Gondy, père de l'Oratoire, le Coadjuteur, l'evesque d'Alby, l'evesque de Chaalons ; de femmes , la duchesse de Rets , etc. »» Le mariage fut célébré le jeudi 4 août ' , à deux heures après minuit , en l'église Saint-Gervais , par l'évêque de Châlons ^. Sévigné ne parait pas avoir été maréchal-de-camp , à cette époque , comme le dit M. Walckenaer ". Olivier d'Ormesson fut chargé de négocier pour lui l'achat d'une

ï Journal d'Oliv. d'Ormesson , l"" paiMic, r"40 verso.

^ Ibid., f" il veiso.

'■' Il)îd., f"42 reclo.

• Ibid. , 1" 44 recto.

' Ibid. , à la date du jeudi 4 août l(i44. —M. Walckenaer ( Memoirt'* ,sur .W'"e de Sévigné, tome I''', p. i!0-2l, première ('dilion), donne pour le niuriai^i; la date du 1" août. 11 a confondu les fiançailles avec le mariage. En général , il parait avoir manqué de renseignements certains pour celte partie de la biographie de M"'« de Sévigné.

^ Jacques Nuchèze, évêque de Chàlons, était oncle (le M"'« de Sévigné. Sa mère, Marguerite Fremyol , était la sœur de M™" de Chantai, aïeule de M-"» de Sévigné.

■ .Ménjoire? rilé?. I . 21.

OI.IVIEK IJ OUMESS()^ ET M"" l)K SKVICM:. Zlo

compagnie. "Le matin (lundi 8 aoiil), M'"" de Sevigué me vint prier de sçavoir si M"" de Rogmont voulloit vendre la charge de cornette des chevaux-légers ; je luy promis que dans deux fois vingt quatre heures , j'en parlerois ' . " On voit, en effet , par le Journal d'Olivier d'Ormesson \ qu'il s'occupa de cette affaire pendant que les deux époux se rendaient en Bretagne , d'où ils ne revinrent qu'au mois de décembre 1644 \ Les négociations pour l'achat d'une charge continuèrent au commencement de 1645 ' ; mais la famille de M"* de Sévigné, et principalement les deux Coulanges, qui devaient servir de caution à M. de Sévigné, réinsèrent leur garantie, et l'affaire fut rompue \ Dès cette époque, les défauts du marquis de Sévigné, un instant cachés par des dehors brillants, se révélaient. «L'abbé (de Coulanges) se plaignoit de M' de Sevigny , qui l'avoit engagé, et Mad. de la Trousse, contre leur intention. »

Le 10 octobre 1646, M"" de Sévigné accoucha d'une fille ^ " Le soir , M""* de .Sevigny accoucha heureusement d'une fille, où ma mère et ma femme furent , n'ayant personne auprès d'elle. « W Walckenaer a donc été mal renseigné, lorsqu'il dit que M""" de Sévigné n'eut d'enfants que trois ans après son mariage ". Quelle est la fille de M"" de Sévigné dont Olivier d'Ormesson raconte ici la naissance? M. Walckenaer dit ^ qu'on ne sait pas la date précise de la naissance de Françoise Marguerite de Sévigné , qui devint M"" de

' Journal d'Olivier d'Ormesson , ['" partie , f" 4i verso, année lOii. ^ Ibid.

' Ibid., t"51 recto.

< Ibid. , f^s 52 recto et. 53 recto.

' Ibid., f" 53 recto.

■ '' Uiid., f"82 verso.

■ Mémoires cités, 1 , MO.

s Ibid., 183.

Grigiian. S'agirait-il de la naissance de cette femme célèbre? Est -il question d'nne autre enfant, dont ne parlent pas les biographes ? Je ne puis que soumettre mes doutes au savant auteur des Mémoires sur M"" de Sévigné.

Olivier d'Ormesson fréquenta, pendant l'hiver de 1646 à 1 647, M. et M"'* de Sévigné, qui habitaient alors à Paris, où ils étaient rétenus par un procès ' . D'Ormesson était leur conseiller : " Je fus disner chés M' de Sévigné; l'apresdinée, je fus avec M' et M"'" de Sévigné chés M' du Verger pour leur affaire ; ils soupperent ce soir là au logis et fusmes voir après soupper, chés M' de Novion, le ballet des Rues de Paris, qui n'estoit pas grand' chose '. » — « Le samedy 2 mars (1647), je fus avecMad. [de Sévigné] chés M" Bataille et du Verger ; après, au Palais Royal, pour voir la représentation de la grande comédie , où , après avoir attendu une heure et demye , j'entray par le moyen de M' de la Mothe. C'est l'histoire d'Orphée et Eurydice , qui se représente en chantant ; les voix sont belles ; mais la langue italienne , que l'on n'entendoit pas aisément , estoit ennuyeuse. ♦» D'Ormesson continue , pendant les mois de mai , juin et juillet 1647 , de s'occuper du procès de M""" de Sévigné '\ Je dis à dessein de Madame de Sévigné ; car ce procès la concernait personnellement. C'est pour elle que d'Ormesson obtient un arrêt d'évocation au Conseil , le 9 juillet 1647 \ Malheureusement il existe une lacune , pour les derniers mois de 1 647 , dans le Journal d'Olivier d'Ormesson , et l'on n'y trouve point l'issue du procès.

M"" de Sévigné fut absente de Paris une grande partie de l'année 1648 \ Peu de temps après son retour, d'Ormesson la

' Journal cVOliv. d'Ormesson, W partie , f" 86 recto et verso.

■■>■ \h\a., f" 85 verso, 21 février 1G47.

' Ibid. , fo 87 ( bis ) recto , f" 88 verso.

i Ibid., I- 88 verso.

• M. WalcKenaer, Mémoires ('ilés, l , p. 182-183,

OLIVIER d'oKMESSON ET M" DE SÉVIGNÉ. il 7

conduisit au Parlement , qui était , à cette époque, le centre des affaires politiques. Le il décembre 1648 \ il était avec elle dans la lanterne pour entendre plaider un procès, lorsque les députés des Enquêtes envahirent la Grand' Chambre et demandèrent l'assemblée générale. « Le Premier Président demeura ferme à dire que la Grand' Chambre en delibereroit le lendemain. »> Le 13 décembre , il dînait chez M"* de Sévigné , et l'accompagnait chez le heutenant civil \ Le dimanche 20 décembre , il dîne encore chez M"' de Sévigné, avec le chevalier Renaud de Sévigné', qui arrivait d'Italie \ Le 5 janvier 1649, les familles d'Ormesson , de Fourcy, de Coulanges et de Sévigné , se réunissent pour fêter les Rois. M"' de Sévigné amena à ce repas de famille le poète Marigny, qui fut roi \ Le lendemain , " 6 janvier, feste des Roys, à sept heures. M"" de Sevigny m'envoya dire que le Roy estoit parti la nuict. Jamais nouvelle ne me surprit tant. J'allay chés M' de Lamoignon , où la mesme chose me fut confirmée, et que la porte Saint-Honoré estoit gardée. Le peuple avoit forcé le bagage du Roy de rentrer dans le Palais Royal. Je revins donner ordre pour avoir du pain pour huict jours. » La guerre civile commençait ; le marquis de Sévigné y prit une part active ; il accompagna M. de Longueville en Normandie \ « Je l'avois sçeu de M"" de Sévigné qui me dict que M' de Longueville avoit receu nouvelles que le Parlement ( de Rouen ) s'estoit déclaré pour le Roy, et que M' d'Egtot , fils de M' de Reuvron , s'estoit , dans le Vieux Pallays , déclaré de mesme , et qu'il ( M. de Longueville ) avoit résolu d'y aller aussytost ; que M' de Sévigné estoit allé avec

* Journal d'Oliv. d'Ormesson, l'« partie, f" 125 recto. » Ibid.

3 Ibid., f" 127 verso.

* Ibid., f'^ 128 verso. - Voyez, dans M. Walckenaer, les vers adressés à M"»* de Sévigné par Marigny; Mémoires cités, I, 183-184.

^ Journal d'Oliv. d'Ormesson , ibid., f" 135 verso.

luy et qu ils estuient partis à miuuict à clieval. » l*eiidaiit ce temps , le chevalier Renaud de Sévigné , un des affidés de Paul de Gondy , commandait le régiment de Corinlhe , levé par le Coadjuteur, archevêque deCorinthe inpartibus. Le 30 janvier 1649, on reçut la nouvelle que Renaud de Sévigné venait d'être battu à Longjumeau ' . « Je fus chés M"" de Sevigny , où j'appris que n'estant sorti qu'avec cent quatre vingt chevaux , il avoit esté attaqué par huict cent chevaux et cinq cent mousquetaires : qu'après la première décharge , tous ses gens s'en estoient fuy, et, son cheval s'estant abattu , toute la cavalerie luy avoit passé sur le corps , dont il estoit tout moulu et sans autre blessure. Je le vis chés luy. " Cette déroute s'appela la première aux Corinthiens. On attribuait les défaites des Frondeurs aux généraux. « Le mardy, 9 febvrier (1649), l'estonnement estoit grand parmi le peuple, qui disoit qu'il estoit trahi par les généraux , et M' d'Elbeuf estoit dans l'indignation generalle ; le matin , [j'allai] chés M"" de Sevigny, où une blanchisseuse nous dict que Clanleu avoit trahi , et qu'il avoit esté tué par les siens ; tout le monde crioit contre les généraux '. » Les détails des combats rempUssaient tous les entretiens. « Le jeudy, 1 1 febvrier % je fus chez M"" de Sevigny, où je vis Marigny, qui me dict le détail du combat d'hier, et que le mareschal de Grandmont, avec deux mil chevaux et deux mil hommes de pied, leur avoit coupé chemin, en sorte que M' de la Mothe estant arrivé audevant de M' de Beaufort, ils s'estoient battus ; que M'deBeaufort avoit poussé dans Vitry partie de la cavalerie , où il avoit combatu nue teste et sans armes , avoît failli d'estre tué par NerUeu , que M' de Narmoustier (ouNoirmoutier ) avoit prévenu en le tuant d'un coup de pistoUet, en sorte que les trouppes du Roy s'estant

' Journal d'Oliv. d'Ormesson , l' pnvi'u' , l" \:i\) recli). ^ Ibid., f' IH mio.

< Ibid., f" lil Aci>o.

OLIVIEK d'oKMESSOA ET M- DE SÉV'IGM-;. 219

retirées , et , eux ayant taict passer les beut's et les porcs du convoy , ils n'avoient pas voullu les poursuivre , et qu'il n'estoit point entré de farines ny bled. " ('es détails sur le combat d'Estampes ne se trouvent pas , à ma connaissance , dans les autres Mémoires du temps.

M"" de Sévigné et la société qui l'entourait s'intéressaient vivement au succès de la Fronde , le poète Marigny surtout. 11 alla jusqu'à insulter un membre du Parlement qui ne partageait pas ses opinions, » Le dimanche, 1 4 febvrier ( 1 649) ' , chés Madame de Sevigny, qui me dict comme Marigny, ayant rencontré Boisleve , conseiller d'Eglise , il s'estoit resjoui de la resolution du Parlement ( de ne pas traiter avec la Cour), ayant aprehendé qu'ils ne délibérassent sans les généraux, et [ dit] qu'il y avoit de grands coquins dans cette compagnie. Sur quoy, Boisleve s'estant offensé et [ayant dit] qu'il estoit un coquin d'en parler ainsi , Marigny luy avoit donné un soufflet , et, après quelques coups , s'estoit sauvé ; que M. le Coadjuteur l'avoit abandonné entièrement; mais qu'il avoit trouvé assés d'amys pour empescher Boisleve d'en avoir parlé le samedy au Parlement ; ainsi que l'affaire s'accomoderoit. »

Pendant les dix années ( 1 651 -1 661 ) qui présentent une lacune dans le Journal d'Olivier d'Ormesson, M""" de Sévigné perdit son mari , tué en duel par le chevalier d'Albret. Restée veuve dans tout l'éclat de la jeunesse , de l'esprit et de la beauté , elle échappa aux séductions, sans fuir les plaisirs. Elle résista à Fouquet , alors tout-puissant , et le défendit dans le malheur. A l'occasion du procès du Surintendant, elle reparait dans le Journal d'Olivier d'Ormesson '. « Le dimanche 20 avril ( 1664) , je vis le père d'Ormesson (Nicolas Lefebvre , minime , frère d'Olivier ), sur ce que le jour

Jouninl d'Oliv. d'Ormesson, 1"" partir . 1" Ii3 recto. Ibid. , 2'"« partie . f" ;}4 redo^

du disiier de M" Berricr, Foucault et Pecol , aux Minimes , t'rere Charles avoit dict que Madame de Sevigné me gouvernoit en faveur de M^ Fouquet , contre le sentiment de mon père , et des sottises de cette force, et l'on m'en avoit adverti ducostédelaCour; je luy parlé de cela avec mespris, etneantmoins qu'il ne falloit plus tenir tels discours. » Cependant Olivier d'Ormesson u entra pas encore au conclave , pour me servir de l'expression de M"" de Sévigné '; il continua de voir sa parente. Le mardi 13 mai 1664 ' , elle l'entretenait des fêtes de Versailles, auxquelles elle venait d'assister. «' M"" de Sevigné nous conta les divertissements de Versailles, qui avoient duré depuis le mecredy jusques au dimanche , en courses de bagues , balets , comédies , feux d'artifices et autres inventions fort belles ; que tous les courtisans estoient enragés ; car le Roy ne prenoit soin d'aucun d'eux , et M" de Guise , d'Elbeuf, n' avoient pas quasi trou pour se mettre à couvert. » Le ton de ce passage indique assez que M"" de Sévigné et d'Ormesson voyaient avec peine le caractère nouveau de la Cour, la puissance absolue des ministres et les fêtes magnifiques qui enchaînaient la noblesse au trône de Louis XIV. D'Ormesson pria M"' de Sévigné de ne le plus voir \ lorsqu'il commença le résumé du procès. Mais , après sa disgrâce , M"" de Sévigné lui témoigna une vive affection. Elle était heureuse des témoignages d'estime que d'Ormesson recevait , même de la Cour. « M"" de Sevigné me dict * qu'elle iroit l'apres-disnée veoir Madame de Montausier, qui s'estoit explicquée fort advantageusement pour moy , et [avoit dit] que le Roy se faisoit tort à manquer à sa parole. »> Elle assistait aux repas traditionnels de la famille. « Le jour de

^ LeUre du 5 décembre 1664.

2 Journal d'Oliv. d'Ormesson , 2"" partie, f» 38 verso.

3 LeUre de M""= de Sévigné, 5 décembre 16G4.

i Journal d'Oliv. d'Ormesson, 2'"« partie, f" 95 verso, mardi 10 mars 1665.

OLIVIER d'oRMESSON ET M" DE SÉVIfINÉ. 221

Pasques, 5 avril (1665), nous donnasmes le soir à souper, suivant l'usage de mon père ', à toute la famille , et s'y trouvèrent M" de Colanges , Sanzé et d'Arouis , Mesdames do Sevigné mère et fille. »» Peu de temps après, d'Ormesson alla visiter M"" de Sévigné à Livry , où elle passait le mois de mai avec l'abbé de Coulanges, son oncle '. Elle y était encore au mois d'octobre. « Je fus à Livry, écrit Olivier d'Ormesson, à la date du U octobre (1665) \ veoir Madame de Sevigné , qui s'estoit blessée à l'œil. " L'hiver ramena M"" de Sévigné à Paris, où elle continua ses relations d'amitié avec d'Ormesson. « Le mecredy, 3 febvrier (1666) , Mad. de Sevigny m'amena M' Pellisson et M"" de Scudery, qui me tesmoignerent toute l'estime et l'amitié possible sur l'histoire du procès de M' Fouquet *.»♦ Au mois d'août 1666 , M""' de Sévigné partit , avec l'abbé de Coulanges , pour la Bretagne '. Je note cette date , parce que M. Walckenaer a cru que M"* de Sévigné ne s'y était rendue qu'à l'automne de la même année ^ Nous retrouvons , l'année suivante , M"" de Sévigné à Livry. « Le lundy, 25 aoust (1667) \ je fus à Livry veoir M' l'abbé de Colanges et Mad. de Sevigné ; y arrivèrent M' d'Andilly et Mad. Duplessis de Guenegaud. M' d'Andilly m'embrassa, croyant saluer l'abbé. Apres avoir appris mon nom et replicqué si j'estois le vray d'Ormesson , il me fit mille nouvelles embrassades avec des témoignages d'estime et d'amitié les plus obligeants du monde. M^ d'Andilly me dict avoir quatre vingts ans ; il se porte bien et il agit avec un feu admirable.

1 André d'Ormesson, père d'Olivier, était mort depuis quelques mois.

2 Journal d'Oliv. d'Ormesson, 2"'« partie, f» lOO recto, 30 mai 1666.

3 Ibid. , f" 116 verso.

4 Ibid., f" 130 recto.

^ Ibid., f" 136 recto, 12 août 1666.

^ Mémoires cités, tome III, p. 39.

: Journal d'Oliv. d'Ormesson , f" 161 verso.

'iii APPENDICE.

Il fallut parler du procès de M' Fouquet et de toutes les circonstances de cette affaire. La conversation fut très agréable ; il retourna à Fresnes avec Mad. Duplessis. " M'"* de Sévigné ne tarda pas à les rejoindre dans cette splendide habitation , dont M. Walckenaer a décrit la beauté et les plaisirs '.

A la fin de l'année 1667, M"* de Sévigné était de retour à Paris. « Le jeudy 22 décembre (1667) % M' de Montmort me dict que l'on avoit faict l'opération de la transfusion du sang sur S -Arnaud , qui estoit à Madame de Sevigny, et qui esloit retombé pour la troisième fois en folie , estoit furieux et couroit les rues ; que l'on luy avoit tiré tout son sang et faict entrer celuy d'un veau ; qu'il avoit dormi la nuict , ce qu'il n'avoit faict depuis six sepmaines , et qu'il en esperoit un bon succès. » Dans l'été de 1668 , M"* de Sévigné se rendit, suivant son usage, à Livry. Ce fut là que se décida la vocation d'un des fils de d'Ormesson , qui entra dans le clergé régulier. « Le dimanche 1 4 octobre , je receu une lettre du père gênerai de S'*-Genevieve , qui me mandoit que mon fils l'estoit venu trouver à Livry et luy demandoit d'estre receu religieux. J'y fus , après le disner, avec mon fils, et vis d'abord M"" de Sévigné et l'abbé de Colanges. "

Le dernier passage du Journal de d'Ormesson où il soit question de M""* de Sévigné parle du mariage de M"* de Sévigné et donne des dates exactes qui manquent dans les biographies les plus complètes : « Le 29 janvier (1669) ^ , le mariage fut faict , à S -Nicolas , de M' de Grignan avec Mademoiselle de Sévigné, et furent coucher à Livry, où je fus le lendemain les veoir. » D'Ormesson avait signé la veille le contrat de mariage '*. A partir de ce moment, son Journal

' Mémoires cités, III, 21 et siiiv., 72 ot suiv.

2 Journal d'Oliv. d'Ormesson, 2"'* partie, f" 156 verso.

3 Ihid., f' 171 reclo.

^ Mémoires sur 3/""- (fc Si ligur , par M. Walckenaer. \U , 184.

OLIVIER d'ORMKSSON ET M" I)K SlUlGNK. H^i

garde le silence sur M"" de Sévigiié. Mais c est précisément l'époque où la correspondance de sa parente va devenir plus active et initier le lecteur à tous les détails de sa biographie. Le Journal d'Olivier d'Ormesson fournit , au contraire , des renseignements sur la partie de la vie de M"'" de Sévigné qui est peu connue, et c'est ce qui m'a déterminé à recueillir les principaux passages. Si je me suis permis de relever çà et là des erreurs ou des omissions dans un ouvrage plein de science et d'intérêt comme celui de M. Walckenaer, ce n'est pas par une ridicule présomption. J'ai seulement voulu prouver que le Journal d'Olivier d'Ormesson pouvait fournir des dates précises et des renseignements certains pour les recherches httéraires, aussi bien que pour les études historiques.

RELATIOÎVS D OLIVIER 1) ORMESSON AVEC FLEIRY.

." Le vendredy, 14 janvier (1667), j'appris la mort de M' Fleury père , dont le fils avoit promis à mon fils qu'il viendroit loger avec moy après la mort de son père. Je fus veoir le fils après le disner et mon fils l'amena le soir coucher au logis pour prévenir M' Le Pelletier , chés lequel M' Fleury ne vouUoit pas aller.

" Le samedy, 1 5 janvier, le matin, au Conseil , où la cause entre M' de la Pesseliere et M' d'Auroué fut remise à huictaine. Au sortir, je fus au service de i\r Fleury à S*-Mederic. J'appris que M' de Machault estoit très mal et avoit receu l'extrême onction. Apres le disner, je fus chés M' Le Pelletier pour raisonner si je demanderois cette place ', et nous convinsmes qu'il estoit bon de le faire. Apres je luy parlé que M' Fleury s'estoit engagé à mon fils et que , par ce moien , nous en jouirions ensemble ; car il en disposeroit avec la mesme hberté qu'il faisoit auparavant. Sur cela , il s'emporta avec une extrême chaleur , accusant M' Fleury d'ingratitude, le père Cossart de fourbe, et moy mesme de peu d'honnesteté à son esgard , sçachant qu'il souhaitoit l'avoir, et, en quelque lieu qu'il fust , il romproit avec luy ; qu'il perdoit sa fortune ;

' La plaoe de MachauU au Grand-(:oii!5«Ml.

(juil aiiroit esté secrétaire de M' Le Tellicr, lorsqu'il sera Cliancellier, et me répéta dix lois que son estoile estoit qu'il estoit recompensé d'ingratitude de ceux qui luy avoient le plus d'obi ipjation. Luy ayant replicqué que M' Fleury se prelendoit libre , qu'il estoit chés moy comme chés sa mère , et ne pouvant luy dire la meilleure raison qui estoit que M' Fleury, connoissant son humeur domestique , ne voulloit en façon quelconque demeurer chés luy, et , pour cela , s'estoit engagé , afin d'éviter le relus qu'il estoit résolu de lui faire. Liifin, sa chaleur ne diminuant point et parlant toujours d'ingratitude , je luy demandé s'il entendoit parler de moy , et , m'ayant respondu entre ses dents , je me levay en colère et sortis sans lui dire adieu. De là je fus en faire la relation à M' le Premier Président, etje le dis le soir à M' Fleury qui estoit au logis , qui me dict la visite que M' Le Pelletier lui avoit faicte avec presque les mesmes reproches et chaleur.

» Le dimanche, 16 janvier, je fus le matin chés M' de Machault, et il mourut après le disner. M' Le Pelletier, qui avoit esté chés M' le Premier Président , qui luy avoit dict ma colère , m'escrivit une lettre pleine de satisfaction, de desaveu. Je pris cette occasion pour le retourner veoir le soir. Je luy rendis sa lettre et la jette au feu, et nous nous raccomodasmes , et il me conseilla d'aller à S'-Germain porter mon placet; etc. De là je fus chés le Pr. Président qui me confirma cette pensée , et me parla des sentimens de M' Pelletier sur M' Fleury comme d'un homme oultré , ne pouvant souffrir cette préférence, et M' Fleury luy estant très nécessaire, et que l'on luy avoit enlevé ne pouvant comprendre que cette démarche de M' Fleury, qui estoit homme d'esprit et sçachant se conduire, estoit une marque qu'il ne voulloit point loger avec luy.

" Le 1 6 febvrier i 672, ayant esté adverti fort incertainement que le Roy prenoit >r Fleury pour le mettre précepteur auprès

Uig.ATlONS d'oMVIKH l)'ORMKSS()^ WKC FLKIUY. IH

(les princes deConty,qui avoieiit perdu Mad. leur niered'uu transport au cerveau peu de jours auparavant, et que le Roy vouloit faire eslever auprès de M' le Dauphin, et ayant s(;eu depuis que cet advis cstoit certain, je fus le mecredy, 17 febvrier, veoir le père Ferler avec mon fils, qui nous dict comme la chose s'estoit passée ; que M' de Monlausier en avoit faict la première proposition et de M" Flechier; que le Roy lui en avoil demandé advis et dict d'en communiquer avec M' de Condom , et que le Roy s'estoit déterminé à M' de Fleury ; qu'il sçavoil qu'il logeoit avecmoy, et qu'il avoit dict que je ne serois pas fasché de lui donner, et qu'il me conseilloit d'aller veoir le Roy sur cela.

'» Levendredy, 19 febvrier,jefusàS'-Germainavec mon fils, etallasmes d'abord veoir M. de Condom, me plaindre de ce qu'il ne m' avoit pas adverti de cette proposition. Il nous explicqua comme cette affaire s'estoit faicte ; que M' de Monlausier avoit nommé d'abord M' Flechier et aprez M' Fleury ; qu'il avoit faict au Roy l'affaire de M' Flechier, difficille et que le Roy, croiant que c'estoit un homme qui faisoit le difficile pour se faire mieux achepter, avoit pris la resolution de choisir M' Fleury ; qu'il avoit sçeu qu'il logeoit chez moy ; qu'il luy en avoit parlé et enfin il me fit connoistre qu'il n' avoit eu part à cette affaire que par l'advis que le Roy luy en avoit demandé, et enfin nous nous separasmes avec bien de l'amitié. Je fus chez le Roy, et prenant le temps qu'il regardoit au miroir son tour de cheveux , je luy dis que le père Ferler m' avoit dict l'honneur qu'il faisoit à M' Fleury de le mettre ' auprès de M" les princes de Conty, et que je venois luy offrir et luy tesmoigner ma joie qu^il y eut quelque chose dans la maison qui luy fust agréable ; que M' Fleury estoit un homme de grande probité et de capacité ; qu'il y avoit cinq ans qu'il estoit avec moy et que j'esperois que Sa M^^' seroit contente de sa conduite. Le Roy entendit cela agréablement et me dict

i'IH APPENDICE.

qu'il cstoit bien aise du bon tesmoignage que je luy rendois de Fleury et que je luy avois fait plaisir de luy en parler. W le C^' de Bouillon et quelques autres me dirent après qu'ils avoient remarqué que le Roy m'avoit parlé agréablement, et le Cardinal me dict, ayant sçeu ce que j'avois dict au Roy, qu'il avoit grande envie d'avoir Fleury et luy en avoit faict parler. Je vis, après, M' de Turenneset M. Le Tellier, qui sçavoient le choix de M' Fleury. Nous vismes aussi M' de Montausier qui nous parla de cette proposition comme l'ayant taicte; etc. Je mangé un morceau chez M' de Turennes, vis M' de Pomponne , et ensuite revins de bonne heure à Paris.

'» Le lundy 22 febvrier, le soir, M' de Gondom estant venu à Paris pour parler à M' le Prince sur l'aflaire des princes de Conty, je luy menay M' Fleury, et ensuite nous fusmes veoir M' le Prince , auquel je présenté M' Fleury ; il le receut bien et me fit beaucoup d'amitié , et M' le Duc aussy.

» Le mardy, 23 febvrier. M' Fleury estant allé voir M' Lancelot faire la leçon aux princes de Conty, je le fus quérir et salué ces deux petits princes qui me parurent avoir bien de l'esprit. De là , je le menay chés Mad. de Longueville , qui le reçeut assés froidement , estant faschée de ce que la princesse de Conty luy ayant laissé par son testament Teducation de ses deux enfants , le Roy les luy ostoit et faisoit maison neufve , ne pouvant souffrir M' Lancelot ny aucun Janséniste auprès d'eux \ "

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